Aladino Garib dit le Turc, petit commerçant palestinien, débarque à Puerto Eden, au plus profond du détroit de Magellan, et c'est de sa lampe que surgissent comme par magie des contes magistraux, de merveilleux romans miniatures et des histoires comme Luis Sepúlveda en a le secret.
On y rencontre des personnages inoubliables dans leur dignité et leur humanité. On y retrouve, entre autres, un dentiste et son ami, vieux chasseur de jaguars et amateur de romans d'amour, une dame grecque d'Alexandrie, un marin de Hambourg amoureux, un fabricant de miroirs dans un hôtel lentement dévoré par la forêt amazonienne, aux confins de l'Equateur et de la Colombie, avant de partir pour une Patagonie que les fantômes de Butch Cassidy et Sundance Kid hantent encore grâce à un chien bien dressé et un astucieux découvreur de trésor.
Luis Sepúlveda est né en 1949 et vit actuellement dans les Asturies, en Espagne, après avoir habité Hambourg et Paris. Il est l'auteur, entre autres, du Vieux qui lisait des romans d'amour, d'Un nom de torero, de Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, des Roses d'Atacama, de La Folie de Pinochet, d'Une sale histoire. Ses livres sont traduits dans 35 pays.
La revue de presse Delphine Peras - L'Express du 15 janvier 2008
Dans la veine de son Vieux qui lisait des romans d'amour, le Chilien Luis Sepulveda livre 12 nouvelles histoires. Drolatique...
Mais l'écrivain convoque aussi son souvenir des «choses de l'amour», aux premières loges du Chili d'Allende, avant que n'arrive «la longue nuit de terreur et de mort». Tour à tour fantasques - voire fantastiques - nostalgiques, drolatiques, ces 12 contes témoignent de la truculence et de l'empathie jamais épuisées de Luis Sepulveda.
Les courts extraits de livres : 13/12/2008
LA RECONSTRUCTION DE LA CATHÉDRALE
A mes amies et amis des Asturies qui m'ont permis de retrouver la terre sous mes pieds
Ce voyage ne commença à avoir un sens qu'à la vue des restes entassés près de la Cathédrale ou, pour être plus précis, de ce qui subsistait de la Cathédrale, hier encore une masure grandiose aux murs de cannes et au toit de tôle ondulée sur laquelle régnait Eladio Galan. Un jour perdu dans les brumes de la mémoire, le Colombien avait amarré son canot au quai d'El Idilio, était descendu à terre avec cette allure de plantigrade qui confirmait sa condition d'homme aux pieds plats et, brandissant les deux précieux objets qu'il transportait - un accordéon et une bonbonne de rhum - avait crié d'une voix de stentor : messieurs, les réjouissances sont arrivées ! Néanmoins cette magnifique affirmation n'avait pas tiré de leur torpeur les quelques villageois qui, à cette heure caniculaire, ne désiraient pas d'autre agitation que le doux balancement de leurs hamacs.
- Eh bien, mon vieux, nous y revoilà, murmura le docteur Rubicundo Loachamin, le dentiste qui, dans un passé trop proche et donc à l'abri de la corrosion de l'oubli, parcourait les hameaux de l'Amazonie qui croissaient et décroissaient sur les berges des fleuves Zamora, Yacuambi et Nangaritza pour calmer les cauchemars dentaires à grand renfort de sermons anarchistes et réparer les sourires grâce aux prothèses qu'il exhibait sur un petit tapis digne d'un cardinal.