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Arendt et Heidegger : le destin du politique

Couverture du livre Arendt et Heidegger : le destin du politique

Auteur : Dana R. Villa

Traducteur : Christophe Munnich | David Munnich

Date de saisie : 02/12/2008

Genre : Politique

Editeur : Payot, Paris, France

Collection : Critique de la politique

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-228-90367-7

GENCOD : 9782228903677

Sorti le : 13/11/2008

  • Les présentations des éditeurs : 04/12/2008

Critique de la politique Payot
Sous la direction de Miguel Abensour

Le trait essentiel de cet ouvrage brillant est de se focaliser sur la théorie de l'action politique. Au-delà d'une phénoménologie de l'action et du domaine public, l'auteur met en évidence l'originalité et la radicalité de cette théorie. En effet, Hannah Arendt dissocie cette pensée de l'action du modèle téléologique, moyens/fins, résultant d'une confusion entre l'agir et le faire. Du même coup, l'action acquiert une portée ontologique : elle est un mode d'être dans le monde. Il ne s'agit de rien moins que d'une révolution de la pensée politique, née d'un engagement passionné envers la pluralité humaine et l'espace d'apparence où elle est appelée à se manifester. Aussi l'oeuvre de Hannah Arendt ne saurait être réduite à un renouvellement d'Aristote (Habermas).
L'horizon dans lequel Dana R. Villa lit Hannah Arendt est celui découvert aussi bien par Walter Benjamin que par Martin Heidegger, à savoir un rapport à la tradition qui se veut une déconstruction, au sens où il importe de retrouver au-delà de la tradition une expérience originaire qu'elle occulte. La question est : Comment l'institution de la philosophie politique - Platon, Aristote - de par la substitution de la poiésis à la praxis a rendu inaccessible l'excellence de l'existence politique, le bios politikos ?
Or, paradoxalement, cette révolution de la pensée politique n'a pu être effectuée qu'à l'aide de Nietzsche et de Heidegger. Hannah Arendt n'est la disciple ni de l'un ni de l'autre. Mais c'est avec Nietzsche et Heidegger qu'elle a redécouvert la complexité de l'action, qu'elle a fait retour au noyau phénoménal de l'expérience de la liberté en tant que virtuosité. L'image arendtienne de la Grèce ne saurait pour autant se confondre avec celle de Heidegger. Elle est centrée sans nostalgie ni illusion sur l'agora, tandis que l'image de Heidegger voit dans la communauté politique le site du dévoilement de l'être.
Deux destin différents du politique donc : l'un n'hésitant pas à participer à la plus catastrophique des entreprises de domination totalitaire, le nazisme ; l'autre gardant foi, en dépit de son pessimisme, dans l'action humaine. Penseur de la résistance agonistique, Hannah Arendt reste en quête de la petite brèche par où s'engager pour barrer la route à la catastrophe.

Dana R. Villa, auteur de plusieurs livres sur Hannah Arendt, est professeur de théorie politique à l'Université de Notre-Dame (Indiana).


  • Les courts extraits de livres : 04/12/2008

Extrait de l'introduction :

Le problème de l'action chez Arendt

«Nous ne pensons pas encore de façon assez décisive l'essence de l'agir.»
Heidegger, «Lettre sur l'humanisme», Q, III, p. 73.

Si l'on s'accorde à reconnaître que la conception arendtienne de l'action politique est originale, on la considère par ailleurs tellement empreinte de nostalgie que sa pertinence pour la poli­tique moderne serait discutable. Ses commentateurs, même les plus bienveillants, lui reprochent de céder à cette nostalgie de la Grèce qui est la déformation professionnelle de la philosophie allemande depuis Kant. Elle irait, poursuivent ces lecteurs, jusqu'à abandonner le paradigme de la polis pour se tourner vers une glorification homérique ou nietzschéenne de la dimension héroïque de l'action. La théorie de l'action politique qui résul­terait de cette attitude aurait donc besoin d'une modification substantielle pour convenir à notre époque.
L'importance et l'utilité de la théorie d'Arendt pour le temps présent sont avérées dans la mesure où elle a opéré ce que Habermas a appelé un «renouvellement systématique du concept aristotélicien de praxis». Ce renouvellement a été important pour toute une série de critiques de l'instrumentalisation de l'action et du déclin du domaine public dans la théorie et la pratique politiques modernes. Nombre de ceux qui ont ainsi contracté une dette envers Arendt s'efforcent néanmoins d'ignorer les aspects de sa théorie qui n'ont pas été largement admis ou défient toute synthèse. Au prix d'une lecture sélective, on peut ainsi «sauver» d'elle-même la théorie arendtienne de l'action politique.
Ce n'est donc pas un hasard si les théoriciens politiques bien disposés à l'égard de l'oeuvre d'Arendt ont souligné son caractère aristotélicien, au point que parler de l'«aristotélisme» d'Arendt est devenu un truisme. Si sa théorie de l'action a une influence aujourd'hui, c'est parce qu'elle a «récupéré» certaines catégories et distinctions aristotéliciennes pour la théorie politique contemporaine. Elle a, par exemple, fourni aux défenseurs de la démocratie participative un vocabulaire leur permettant d'interroger la conception instrumentale de la politique aujourd'hui dominante, à savoir celle du libéralisme. Elle a aussi été d'une importance fondamentale pour ceux qui s'inscrivent dans la tradition de la théorie critique en leur permettant de thématiser à nouveaux frais la nature intersubjective de l'action politique, une dimension qu'avaient recouverte les catégories héritées de Marx et de Weber. Plus récemment, elle a servi à réintroduire une conception ouvertement aristotélicienne de la communauté dans les débats entre libéraux et communautariens sur la question de savoir ce qui, du «droit» ou du «Bien», prime en démocratie.


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