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Auteur : Maison des écrivains étrangers et des traducteurs à Saint-Nazaire
Date de saisie : 02/12/2008
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : MEET, Saint-Nazaire, Loire-Atlantique
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-911686-56-6
GENCOD : 9782911686566
Sorti le : 14/11/2008
La maison des écrivains étrangers et des traducteurs publie chaque année un recueil de textes sur un sujet proposé à une quinzaine d'écrivains : après Le Lecteur idéal, Les Bonheurs de Babel, L'invention du Livre, Lectures Lointaines, Avoir vingt Ans, voici L'Histoire ou la Géographie, manière de savoir quelle place tiennent ces deux-là dans leur vie, dans leurs livres, quelle place elles tenaient dans leur imagination d'enfant, si l'une des deux joue un rôle particulier, voire principal, dans leur travail et leur intérêt de lecteur, si les rapports qu'ils entretiennent avec elles ont évolué au fil du temps, comment leurs livres et leur vie se jouent de cet équilibre précaire, à la croisée de ces deux réalités, l'une réversible et l'autre non.
DAVID ALBAHARI
LA LANGUE EST DE L'HISTOIRE, ET LE RÉCIT EST DE LA GÉOGRAPHIE
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Dans un de ses poèmes, le poète israélien Yehuda Amihaï parle de notre habitude de toujours évoquer les guerres pour dater des événements ou des souvenirs, et jamais la paix. Tout le monde dira que telle chose est arrivée, par exemple, avant la Seconde Guerre mondiale ou après celle des Six Jours ; personne ne dira que quelque chose s'est passé, disons, avant la paix de 1967 ou avant celle de 2002. Un autre point encore est à remarquer à ce sujet : les guerres reçoivent toujours des noms, parfois même des surnoms, alors qu'une paix reste le plus souvent anonyme. Autrement dit, les guerres sont à retenir, alors qu'on peut tranquillement laisser la paix tomber dans l'oubli. Nous vivons d'une guerre à l'autre, non d'une paix à l'autre.
C'est quelque part par là qu'il faut chercher la raison de l'absence de l'histoire dans les livres que j'ai publiés avant le début des années quatre-vingt-dix. Je suis né après la Seconde Guerre mondiale, or cette guerre, même si j'avais bien compris sa terrible importance (et particulièrement l'horreur de la Shoah), n'était nullement un repère pour moi. Au contraire, vivant dans un pays communiste qui glorifiait son rôle dans cette guerre, celle-ci était devenue un symbole qu'en tant qu'écrivain je tâchais d'éviter. Je voyais la thématique liée à cette guerre comme quelque chose qui appartenait à la précédente génération d'écrivains, à ceux qui avaient adopté les principes du réalisme socialiste et l'idéologie communiste. L'histoire ne disait vraiment rien à ceux qui, comme moi, avaient grandi dans le monde de la culture rock et dont la formation d'écrivain avait eu lieu dans le cadre du postmodernisme. A l'instar de Fukuyama, j'ai cru moi aussi que l'histoire était arrivée à sa fin. J'étais loin de me douter qu'elle allait seulement commencer pour moi.
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