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Auteur : Pierre Birnbaum
Date de saisie : 08/01/2009
Genre : Histoire
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Histoire
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-213-63831-7
GENCOD : 9782213638317
Sorti le : 03/11/2008
En septembre 1669, Raphaël Lévy se rend à Metz pour y acheter un shofar et du vin pour célébrer, le lendemain soir, le nouvel an juif. Ce même jour, à Glatigny, petit village situé sur la route qui mène de Boulay à Metz, Mangeotte Villemin s'aperçoit de la disparition de son fils, le petit Didier Le Moyne, âgé de trois ans. Un cavalier affirme avoir vu Raphaël Lévy portant un enfant sous son manteau. Tout s'éclaire : les Juifs ont enlevé un enfant chrétien pour célébrer leurs fêtes. L'accusation de meurtre rituel surgit ainsi en France, au moment même où s'achève la chasse aux sorcières.
Dans une Lorraine des frontières, au statut politique incertain, traversée sans cesse par des guerres et des famines, le mythe réapparaît intact, alimenté par une Contre-Réforme militante. Au terme d'un long procès, dont les pièces sont pour la première fois ici présentées de manière exhaustive, durant lequel défile une pléiade d'habitants, on s'immerge dans une culture locale faite, en dépit de liens étroits de sociabilité, de préjugés et de fantasmes suscités par une population juive fidèle à ses rituels et à ses valeurs. Non seulement les Juifs sont supposés tuer de jeunes enfants pour s'emparer de leur sang, mais ils s'en prendraient également, le vendredi saint, au cours de cérémonies sataniques, à la sainte hostie.
Raphaël est soumis aux tortures les plus effroyables avant d'être conduit au bûcher. L'État, qui protège fréquemment ses Juifs, intervient trop tardivement, Louis XIV parvenant seulement à faire libérer les autres Juifs emprisonnés. En ce Grand Siècle où s'affirment la raison et la science, un vent de folie s'est brutalement abattu sur Metz. Puis c'est un long silence : il faudra attendre l'affaire Dreyfus pour que l'affaire Raphaël Lévy resurgisse, avant de s'effacer à nouveau de la mémoire collective.
Professeur entérite de science politique à Paris-I, membre de l'Institut universitaire de France, Pierre Birnbaum enseigne actuellement à New York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parus chez Fayard, relatifs à l'État et aux Juifs en France depuis deux siècles (La République juive ; Les Fous de la République ; Le Moment antisémite ; L'Aigle et la Synagogue).
De ce fait divers qui fit grand bruit à l'époque, Pierre Birnbaum livre une chronique impeccablement documentée. L'historien relate une à une les étapes successives d'une "affaire" qui apparaît aujourd'hui comme une scandaleuse erreur judiciaire. L'instruction et le procès, rappelle-t-il, furent littéralement bâclés. Non seulement les témoins à décharge ne furent pas entendus, mais les témoins à charge, eux, ne cessèrent de se contredire. Que Raphaël, face à eux, apparût sûr de lui, qu'il réfutât point par point les accusations proférées à son encontre, qu'il s'acharnât à souligner les erreurs commises par les experts, tout cela ne changea rien : condamné avant d'avoir été jugé, le brave marchand de grains n'avait aucune chance d'être déclaré innocent. Si cet essai de "micro-histoire" est passionnant, ce n'est pas uniquement parce que son auteur est parvenu à ressusciter les différents protagonistes de cette ténébreuse affaire, en particulier ces neuf femmes dont les dépositions, d'une violence inouïe, ont été décisives pour l'issue du procès. Ce n'est pas non plus parce qu'il s'est évertué à refaire l'enquête en démontrant, hypothèse la plus probable, que le petit Didier a sans doute été la proie d'une bête sauvage. C'est aussi parce qu'il a réussi - comme il le fit dans une précédente étude sur l'antisémitisme pendant l'affaire Dreyfus - à mettre en évidence les conditions sociales qui firent de Raphaël un coupable idéal.
La condamnation et l'execution de Raphaël Levy, marchand de bestiaux juif, sans doute accusé injustement du rapt d'un enfant chrétien...
Ouvert pour la première fois dans son intégralité, ce dossier permet à Pierre Birnbaum de peindre ces communautés juives de Lorraine, immergées dans la population chrétienne et pourtant si distinctes d'elle avant que les avancées du pouvoir royal et celles des Lumières ne hâtent leur intégration. Pour l'heure, les juifs messins étaient restés un îlot à part, très pieux, d'une belle activité talmudique et cultuelle, souvent fournisseurs des armées, marchands de bestiaux ou prêteurs. Jamais leur abnégation et leur fidélité n'ont pu franchir le mur de haine ou de mépris qui les isolait, nouveaux Hérode, chez les esprits et les âmes les plus basses.
Extrait de l'introduction :
Rencontre insolite à Montigny-lès-Metz. Février 2001
La scène se déroule dans le cadre d'une paisible maison de retraite de Montigny-lès-Metz, La Sainte Famille. Le 13 février 2001, dans une chambre spacieuse et tranquille où trône une bibliothèque remplie d'ouvrages, une fois passé la porte surmontée d'un christ, confortablement installés dans des fauteuils, trois hommes et une femme se font face. L'émotion est intense, les pleurs ponctuent les paroles échangées. Un lointain passé resurgit brusquement.
Bernadette Lemoine, âgée de quatre-vingt-dix ans, dernière descendante - de la neuvième génération - de Jean Le Moyne, frère de Didier Le Moyne, le petit garçon âgé de quatre ans retrouvé mort après sa disparition dans la forêt de Glatigny, rencontre pour la première fois Pierre-André Meyer, historien de la Lorraine, ultime membre de la onzième génération des Lévy issus de Raphaël Lévy, accusé injustement autrefois, en 1669, d'avoir enlevé et assassiné le petit Le Moyne. Par le plus étrange des hasards, trois cent trente-deux années après ces événements tragiques qui conduisirent Raphaël Lévy au bûcher, ces lointains descendants d'acteurs qui s'affrontèrent durement au cours de cette exceptionnelle affaire d'accusation de meurtre rituel entament un dialogue paisible reposant sur une conviction identique : l'innocence de Raphaël.
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