La revue de presse Jacques Nerson - Le Nouvel Observateur du 31 mars 2005
Gilles Martin-Chauffier annonce la couleur d'entrée de jeu, il souhaite que la Turquie intègre l'Europe. Ou plutôt la réintègre puisque, selon lui, Istanbul - hier Constantinople, Byzance avant-hier - fut le creuset de notre civilisation : «Bâtir l'Europe sans elle serait un parricide.»
Pour faire valoir son point de vue, il entraîne le lecteur dans tous les coins et recoins de «la Ville des villes». Son commentaire est plus vivant que «les Belles Histoires de l'oncle Paul» dans les «Spirou» de notre enfance. Il sait qu'Alexis Comnène, 76e empereur de Byzance, avait «la grâce d'une cuisinière à charbon» ; définit Dandolo, le cauteleux doge de Venise, comme un «Pierre le Grand se faisant passer pour l'abbé Pierre» ; trouve les soldats francs coiffés «comme des dessous-de-bras».
Quelle effervescence dans sa description des fêtes, complots, orgies, hérésies et supplices sophistiqués journellement pratiqués dans la capitale de l'Empire byzantin... Parvenu à la dernière page de son plaidoyer, Martin-Chauffier se montre tout à coup défaitiste. Il a voulu parler du passé de Constantinople pour montrer que c'est le nôtre. Mais «cela ne servira sans doute à rien, soupire-t-il. On ne nous consultera pas». En attendant, on n'est pas déçu du voyage.
La revue de presse Eric Ollivier - Le Figaro
Ceux qui prenaient notre confrère Gilles Martin-Chauffier pour un frivole décortiqueur des travers franco-parisiens vont être saisis : le voici lancé dans la géopolitique et l'histoire...Oh, sur un ton badin et en surface, mais en belle actualité.
Il a, en effet, entrepris (il faut avoir du nez) de nous rappeler - à gros traits et pour l'énième fois - l'histoire de Byzance (fondée par Byzas, roi de Thrace, six cents ans avant Nous), et Constantinople, au moment où Jacques Chirac argue de l'héritage byzantin pour plaider en faveur de la Turquie, volontaire pour une insolite intégration européenne... Martin-Chauffier brosse la fresque kaléidoscopique et «technicoloresque» des nombreux siècles ensoleillés et sanglants de la porte de la mer Noire. Il s'est bien documenté, et jongle avec aisance avec noms et dynasties, où un pauvre chrétien breton perd vite son latin. Le néo-historien n'est pas avare d'images audacieuses et de métaphores filées... C'est très vivant, j'en conviens, l'auteur a le sens du palpitant qui donnait de l'attrait aux feuilletons, aux beaux temps où chaque journal avait le sien... Mêlant le vocabulaire actuel de ce qu'on appelle la «jet set», à des anachronismes de tournure (confondant charroi et arroi), il distraira les lecteurs soucieux de s'accorder un bon moment en ayant l'impression de s'instruire. Un livre de fantaisie n'est pas à dédaigner quand l'époque est lugubre...