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Auteur : Jean-Marc Hovasse
Date de saisie : 18/12/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Biographies
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 978-2-213-62078-7
GENCOD : 9782213620787
Sorti le : 05/11/2008
Le premier tome de cette biographie racontait la vie d'un grand écrivain français. Ce deuxième tome tente de suivre celle d'un génie. Entre Napoléon le Petit (1852), pamphlet contre Louis Bonaparte, et William Shakespeare (1864), le livre des livres, Victor Hugo publie coup sur coup Châtiments (1853), Les Contemplations (1856), La Légende des siècles (1859) et Les Misérables (1862). À ces dix-sept volumes (508 chapitres, 292 poèmes, 27 000 vers) s'ajoutent deux poèmes colossaux et inachevés, La Fin de Satan et Dieu, ainsi que quantité d'autres titres, et même un album de dessins. Ces oeuvres publiées, commencées ou presque terminées sont plus nombreuses que celles écrites avant l'exil. Cette période sans équivalent dans l'histoire d'aucune autre littérature avait souvent été étudiée par fragments ; jamais encore elle n'avait été présentée dans son ensemble. Pourtant, une quête métaphysique ininterrompue et l'élaboration d'une philosophie complète méritaient bien de ne pas être réduites aux amours ancillaires et aux esprits frappeurs.
Il fallait tout reprendre dans l'ordre ; proposer la reconstitution la plus fidèle possible ; la donner à lire, à voir, et à entendre. Partager l'exil de Victor Hugo ; entrer dans son «goum» composé de son épouse qui veille sur ses intérêts, de son fils Charles qui acclimate toutes les nouveautés (photographie, tables tournantes...), de François-Victor qui traduit Shakespeare, de sa fille Adèle, la musicienne, qui tient son journal et sombre dans une folle passion, d'Auguste Vacquerie, qui supporte mal la vie insulaire, de Juliette Drouet enfin, dont la présence et les lettres offrent un contrepoint spirituel et salutaire.
À Bruxelles et à Jersey, le cercle international des proscrits politiques occupe Victor Hugo au premier chef, tout comme la figure des Etats-Unis d'Europe et de la République universelle appelés à succéder au Second Empire. À Guernesey, il ajoute à ses activités l'aménagement de sa première maison, Hauteville House. Malgré l'exil, il entretient des liens riches et complexes avec la France, l'Europe et l'Amérique. De nouvelles figures élargissent le cercle de ses relations (Flaubert, Baudelaire), d'autres font leur entrée dans son panthéon : Michelet, George Sand, John Brown, Garibaldi, et aussi Eschyle, Job, saint Paul, Dante, Shakespeare... «Collez votre oreille à ces colosses, vous les entendrez palpiter.»
Chercheur au CNRS, Jean-Marc Hovasse dirige le Centre d'études des correspondances et journaux intimes (Université Européenne de Bretagne, UMR CNRS 6563, UBO, Brest). Il a publié le premier tome de cette biographie. Avant l'exil (1802-1851), pour le bicentenaire de Victor Hugo. Le deuxième tome, Pendant l'exil I (1851-1864), paraît l'année du bicentenaire de Napoléon III. Le troisième tome, Pendant l'exil II (1864-1870) et Après l'exil (1870-1885) devrait sortir avant le bicentenaire de Waterloo.
Pour un projet autobiographique, Hugo avait lui-même divisé sa vie en trois périodes, inégales : avant l'exil ; pendant l'exil ; après l'exil. Jean-Marc Hovasse, dans cette biographie à bien des égards exemplaire, a repris à son compte cette division, tout en prévoyant, à l'origine, de la répartir en deux tomes. Mais celui qui paraît à présent ne couvre finalement que les années d'exil, et encore pas toutes : de 1851 à 1864. Il lui en faudra deux autres pour conclure...
Jean-Marc Hovasse, respecte strictement la chronologie - l'ordre qui a le plus de sens dans la construction d'une existence - et ne sépare pas l'oeuvre de la vie, sans jamais tenter une interprétation. Il entremêle en une tapisserie épique le récit factuel, les citations et le compte rendu précis de la genèse, de la publication et de la réception des oeuvres successives. Sans oublier bien sûr les projets en cours, souvent abandonnés et dont les vestiges ne seront publiés qu'après la mort de l'auteur.
Les études et biographies sur Hugo pullulent. Cependant jamais on n'avait effectué un travail aussi méthodique et renversant que celui de Jean-Marc Hovasse. Le travail de toute sa vie, c'est Hugo. C'est son homme, son chantier, sa folie, sa bataille définitive. Et quelle réussite ! Il nous offre plus de mille pages serrées sur l'histoire vraie, au jour le jour, du grand proscrit réfugié sur les deux petits cailloux que sont les îles Anglo-Normandes...
Il nous fait partager les années d'exil du grand écrivain, qui tonne et gronde sur son rocher face au second Empire. Ce travail est si précis, méthodique, minutieux, extravagant de détails concrets, qu'on vit littéralement, jour après jour, avec Hugo...
Le livre nous introduit au plus profond : il s'enfouit dans un travail acharné pour oublier qu'il est dans un cachot océanique. On partage son inquiétude religieuse, sa peur d'être arrêté par les Anglais, son érotisme (main leste sur les servantes, séances de dessin). L'effroyable piétinement de l'exilé dans sa prison-rocher se compense par la formidable poussée des grandes oeuvres, «Les contemplations», «Les misérables», qui le rendent riche...
Troublant et magnifique.
Le fait de s'attaquer à cet Himalaya de la littérature est un travail énorme. L'exil de Victor Hugo fut vraiment un atelier d'écriture, Hovasse nous donne une idée de l'ampleur du labeur...
Songez à l'énormité du travail que représente le fait de s'attaquer à cet Himalaya de la littérature qu'est Victor Hugo pour narrer, presque jour par jour, une vie qui occupa la quasi-totalité du dix-neuvième siècle. Qui l'occupa dans le temps (1802-1885) mais aussi, et surtout, dans une palette de thématiques, de genres, de perspectives et de préoccupations qui firent de notre poète national une totalité à lui tout seul...
Hugo fut de tous les combats pour les libertés, visionnaire de l'Europe unifiée, pacifiste avant les grandes guerres, et, surtout, une inlassable plume déversant sur l'époque un torrent tantôt majestueux tantôt intime, usant de tous les moyens de l'écriture : poésie, roman, théâtre, correspondance, discours, etc. Il fallait, face à cette «force qui va», un biographe au souffle long, à la patience immense et à l'érudition passionnée et méthodique. Comme, en plus, le talent d'écriture de Jean-Marc Hovasse fut attesté dès le premier volume de cette immense biographie (près de mille trois cents pages pour le deuxième tome qui ne couvre que quatorze années...), on n'hésitera pas à dire qu'il se passera sans doute des décennies avant qu'une ambition aussi ample se manifeste à nouveau.
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