C'était un jour de mai très gris, dans un village près de Turin. Les montagnes noyées de brouillard étaient invisibles et, partout, chez l'épicier, au bistrot, dans les journaux, on s'inquiétait de la présence insolite d'une panthère noire échappée d'on ne savait où. Elle était là, invisible et menaçante, perdue dans la brume, prête à dévorer le mouton imprudent ou le promeneur égaré. De retour à Paris, l'idée m'est venue de raconter tout ça : la menace cachée, la peur, l'attente, les folies de l'imagination, le trouble que la panthère noire et invisible semait autour d'elle.
J'entendais les voix de ceux qui m'avaient parlé d'elle. Elles m'ont inspiré ces trois variations - fantastique, théâtrale, policière. Seul manquait le point de vue de la panthère. Son monologue déchirant et déchiré, quatrième variation, clôt ce livre qui joue sur le clavier intime de nos angoisses ancestrales et de nos terreurs d'enfance.
Michèle Gazier
Les courts extraits de livres : 02/12/2008
Pour la énième fois, Martial, le rédacteur en chef de L'Univers, venait de me renvoyer dans les cordes. Non, il ne m'embaucherait pas. En tous cas pas avant que j'ai fait mes preuves. Mes preuves de quoi ?, avais-je été tenté de lui demander ; et, comme s'il avait lu dans mes pensées, il avait ajouté après un bref silence : «Tes preuves d'enquêteur, par exemple».
Nous y voilà. Martial rêvait d'avoir à son service un type génial que le monde entier lui envierait. Ce qui dans sa bouche signifiait un tiers flic, un tiers privé, un tiers écrivain. Une perle en somme.
Moi, j'aime bien taquiner la muse à mes heures perdues, écrire des nouvelles que je ne fais jamais lire à personne de peur qu'on me dissuade de continuer. J'ai par ailleurs, et depuis ma plus tendre enfance, une réputation de fouineur, de curieux, de type qui se mêle toujours de ce qui ne le regarde pas, et qui finit par débusquer le mensonge derrière la plus pimpante et la plus lisse des façades de vérité. Un emmerdeur en somme, doué d'un brin de logique et d'un peu d'astuce. Mais de là à me prendre pour un privé... En réalité, je suis doué pour comprendre la vie des autres aussi compliquée soit-elle, mais nettement moins à l'aise lorsqu'il s'agit de la mienne.
Le courrier des auteurs : 17/11/2008
Chers libraires,
Parce que les variations musicales, les genres littéraires et une certaine errance sont des manières d'explorer des paysages insoupçonnés, je me suis amusée à mêler promenades vagabondes, écriture musicale et exercices de style. Tout cela à partir d'un vrai fait divers : l'évasion d'une panthère noire dans les environs de Turin au printemps 1999.
Plutôt que d'emprunter l'autoroute romanesque et faire le récit des désarrois et des désordres causés par le félin d'autant plus menaçant qu'introuvable, j'ai préféré jouer sur le clavier large des formes d'écriture. En quatre variations : un court récit policier, une mini pièce de théâtre, une nouvelle aux frontières du fantastique et un monologue intérieur j'ai laissé libre cours à l'imaginaire, à la fantaisie. Désir et peur, rire et douleur, angoisse et jeu sont là, simplement, au carrefour de ces histoires animales et humaines. A chacun de retrouver ici l'écho de ses rêves ou de ses cauchemars !