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Auteur : François Mauriac
Préface : Merryl Moneghetti | Jean Touzot
Date de saisie : 05/12/2008
Genre : Littérature, essais
Editeur : Bartillat, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84100-428-7
GENCOD : 9782841004287
Sorti le : 06/11/2008
De 1959 à 1964, François Mauriac tient une rubrique régulière de chronique de télévision, dans laquelle il commente avec beaucoup de vivacité les programmes diffusés à cette époque. C'est l'occasion pour l'auteur du bloc-notes de porter un regard amusé, bienveillant, toujours perspicace sur son époque. La télévision française en est encore à l'âge de l'ORTF et Mauriac sait en saisir le meilleur. A chaque fois, sa chronique est l'occasion pour lui de se livrer à une remarque brillante, une vacherie mémorable ou une méditation enlevée. Les écrivains qui passent à la télévision attirent naturellement son attention (Cocteau, Sagan,...), mais aussi les représentations théâtrales ou les concerts de musique classique. Il s'agit de la veine du meilleur Mauriac, dans la lignée de son bloc-notes, considéré aujourd'hui comme l'une de ses plus grandes oeuvres.
Mauriac, vieux vampire merveilleux, que le sang des images et de l'événement nourrit au crépuscule. Pendant cinq ans, tout en tenant son «Bloc-notes» à l'Express puis au Figaro littéraire, il regarde pour eux la télévision qui s'éveille. Ces chroniques sont aujourd'hui publiées et annotées avec soin par Bartillat...
D'un bout à l'autre, quel que soit le sujet abordé, une chose est remarquable : le naturel et l'unité de ton. Mauriac n'a jamais cessé d'écouter Mozart, et c'est en mozartien qu'il dépeint le monde qui l'attise. Il a 75 ans, 80 ans : plus il est vieux, plus il est jeune, comme s'il avait signé un pacte, non pas avec le diable, mais avec son temps. Dans sa souple dentelle d'air et d'acier, la morale ne limite jamais la curiosité. Il rit sous cape et d'épée...
Sens de l'observation, psychologie instinctive, coups de patte un brin retenus, plaisir de la description, miracle paisible de l'expression : même quand il ne sait rien, il sent tout.
On a du mal à imaginer la scène : François Mauriac regardant "Intervilles" ou "Les cinq dernières minutes", l'air concentré, le stylo à la main. Et pourtant ! En septembre 1959, l'écrivain se fait chroniqueur de télévision à L'Express, où il tient depuis 1952 son célèbre Bloc-Notes. C'est une idée de Jean-Jacques Servan-Schreiber, alors directeur de l'hebdomadaire. Celui-ci a remarqué l'intérêt de Mauriac pour ce média encore très nouveau et plutôt méprisé par les intellectuels...
Quand il rompt avec L'Express, en 1961, il transporte sa chronique au Figaro littéraire où il la tient jusqu'en 1964. Il y renonce seulement après avoir été opéré de la cataracte. Ce sont ces textes qui ont été rassemblés pour la première fois en un volume...
Tout au long de ces années, il reste fidèle à la règle qu'il s'était fixée : "Mon dessein sera beaucoup plus de donner un commentaire aux choses et aux êtres qui apparaissent sur mon petit écran que de faire la leçon à ceux qui me les montrent", affirme-t-il avant même de commencer. "Ce que je préfère à la télévision, ce sont ses hasards", écrit-il encore. Ce que l'on découvre, au fil de ces chroniques souvent incongrues, c'est que celui que de Gaulle avait adoubé comme "le plus grand écrivain français vivant" était aussi friand des programmes les plus inattendus, qu'il était à sa façon, avant la lettre, un formidable zappeur.
Qu'il assiste à la messe télévisée ou condamne l'Eglise stalinienne, qu'il parle d'«Intervilles» ou de «Cinq Colonnes», de Fidel Castro ou de Juliette Gréco, François Mauriac est toujours implacable et souvent drôle...
Mauriac est un psychologue et un moraliste de premier ordre, un romancier immédiat de l'actualité, un portraitiste drôle et acide. Vous ne l'attendiez pas en train de regarder la télévision naissante, en 1959 ? Voici ses chroniques de «l'Express» et du «Figaro» rééditées, une surprise. Dans cette préhistoire médiatique, Mauriac voit immédiatement une mutation de la comédie humaine. Il est curieux, rapide, vif, il s'intéresse à tout.
De 1959 à 1964, dans «L'Express» puis dans «Le Figaro Littéraire», François Mauriac s'impose comme le premier grand éditorialiste de la télévision. Au menu, «Cinq colonnesà la une», «Lectures pour tous», «La Piste aux étoiles», les émissions d'Étienne Lalou, celles d'Alain Decaux. C'est la préhistoire médiatique. Il y a alors une chaîne puis deux à la télévision française. Songez, Guy Bedos joue dans Marivaux et on retransmet à une heure de grande écoute le Festival d'Aix qui donnait La Flûte enchantée. On croit alors que la télévision est une fenêtre sur le monde, sans soupçonner qu'elle est un monde en soi, avec ses lois propres. Pour s'en rendre compte, il faut un écrivain, qui accepte de passer des heures devant son petit écran aux fins de le décrypter. Cet aventurier sur un terrain d'avant-garde ne sera pas un jeune lion épris de technologie moderne, mais un romancier chevronné, âgé de 75 ans, Prix Nobel de littérature. En 1959, pour L'Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber confie à François Mauriac un billet consacré à la télévision. Celui-ci le continuera dans Le Figaro Littéraire sous le titre des «Hasards de la fourchette» qui signifie la subjectivité assumée que l'auteur du Bloc-notes veut mettre dans son point de vue...
Mais un autre point, qui inquiète l'écrivain, ne va pas tarder à imposer ses règles d'airain. Ainsi cette manie de la «nouveauté» qui s'exerce sur les programmes. «Les animateurs se croient condamnés à un renouvellement sans fin. Leur tyran qui a un million de têtes se fatigue vite et comme tous les tyrans, son ennemi est la satiété. Du nouveau ! C'est le dernier mot du dernier vers des Fleurs du mal : «Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau»»... L'audimat jugé à l'aune de Baudelaire. Le ton est donné...
L'actualité, le hasard et la fourchette
Du journalisme de Mauriac on croyait tout connaître : on avait oublié une petite forme, née en septembre 1959, à L'Express, et restée dans l'ombre étouffante du célèbre Bloc-notes : la chronique de télévision, tenue durant plus de cinq ans et qui n'avait jusqu'à ce jour jamais été reprise en volume. En mars de la même année, avant d'être invité par Jean-Jacques Servan-Schreiber à juger les émissions des autres, Mauriac avait fait ses débuts d'auteur. Le soir du vendredi saint, on avait diffusé son Mystère du Fils de l'homme, un «jeu dramatique moderne» mis en scène par Jean-Louis Barrault. Télé Magazine en avait profité pour demander à l'écrivain ce qu'il pensait du petit écran. L'interview mérite d'être citée, qui fixe la position du téléchroniqueur, six mois avant son entrée en fonction. Bien loin de la méfiance ou du mépris qu'affichent tant d'autres membres de la prétendue élite, intellectuels et mondains, l'académicien s'y présente comme un «téléspectateur assidu» devant son nouveau récepteur parisien, un cadeau de J.-J. S-S. Il semble même alors incapable de se priver dudit spectacle, puisqu'au témoignage de son fils Claude, à peine est-il arrivé à Malagar pour la semaine de Pâques, qu'il se précipite à la ville voisine «pour acheter un poste». Il a déjà des idées bien arrêtées sur ce que doit être la télévision idéale : «un merveilleux moyen de diffusion culturelle», pourvu qu'on sache garder «un équilibre entre le divertissement et la culture». Il faut qu'elle soit «faite pour les hommes, en tenant compte de la condition humaine» et il ajoute, ce qui surprend : «y compris ses faiblesses» mais sans préciser lesquelles. Il ne croit pas au «danger d'abrutissement» que dénoncent ses détracteurs ni à la faillite promise au livre, mais redoute une télévision qui serait «au service d'une politique» jusqu'à devenir «un instrument de propagande entre les mains d'un gouvernement, quelle que soit sa tendance». N'est-ce pas s'exposer à la déception ?
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