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Auteur : Mariusz Szczygiel
Traducteur : Margot Carlier
Date de saisie : 05/11/2008
Genre : Littérature, essais
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Du monde entier
Prix : 21.80 € / 143.00 F
ISBN : 978-2-7427-8068-6
GENCOD : 9782742780686
Sorti le : 05/11/2008
Gottland, c'est ainsi que le brillant journaliste polonais Mariusz Szczygiel nomme la République tchèque, en jouant avec le nom d'une vedette de la chanson.
Sur ses voisins, qu'il chérit et dont il parle la langue, il signe un livre érudit et magistralement composé où l'on trouve des personnages et des histoires insolites : l'édification du plus grand monument de Staline au monde ; l'ascension et la chute d'une star du cinéma tchèque dont Goebbels était tombé éperdument amoureux ; l'épopée de la dynastie Bata ; les subterfuges de la nièce de Franz Kafka pour garder l'anonymat.
Sous couvert de merveilleux petits contes cruels, Gottland est une radioscopie subtile de la dérive du totalitarisme - le récit d'un "avenir radieux" raconté par les victimes qu'il a engendrées.
Mariusz Szcztgiel (né en 1966) est journaliste et réducteur à la Gazeta Wyborcza, le plus grand quotidien indépendant en Europe centrale.
Il habite à Varsovie, mais se plaît à dire que son esprit se promène à Prague. Gottland est traduit dans de nombreux pays et a été primé, dans sa patrie, par les prix les plus prestigieux.
Mariusz Szczygiel, né en 1966, est déjà un des grands noms du reportage littéraire polonais. Gottland, le premier de ses livres traduits en français, est composé de seize textes sur la République tchèque où il a longuement séjourné. Il nous raconte la kafkaïenne histoire d'un entretien impossible avec Véra S., 83 ans, nièce de Kafka, qui vit toujours à Prague, ou encore l'hallucinant destin des frères Bata, fondateurs de la célèbre marque de chaussures...
Dans tous ses textes, Szczygiel réussit à découvrir, dans des faits-divers ordinaires ou des événements historiques qui ont déjà été racontés cinquante fois, la matière de fables hallucinantes, drôles et inquiétantes.
PAS UN PAS SANS BATA
à Egon Erwin Kisch
L'ANNÉE 1882 : LA PUANTEUR
"Pourquoi ça pue autant ici ?" demande le petit Tomá Bata, âgé de six ans, à son père Antonîn. Il montre ainsi pour la première fois son envie d'organiser la réalité.
Nous ignorons ce que le père lui répond. De manière générale, il est plutôt taciturne.
Le cordonnier Antonín Bâta en est à son deuxième mariage. Il a épousé chaque fois une veuve avec des enfants. Et il a fait des bébés à chacune de ses épouses. En tout, douze enfants issus des quatre mariages grandissent dans le petit atelier de cordonnerie à Zlín. De plus, Antonín emploie sept personnes. Sa deuxième femme n'aime pas les courants d'air.
DOUZE ANS PLUS TARD : LA REVENDICATION
Trois enfants du premier mariage se présentent devant leur père quinquagénaire : Anna, Antonín et Tomá, âgé de dix-huit ans. Ils réclament l'héritage de leur mère. Ils suggèrent au père de leur donner également ce qui leur reviendrait après sa mort. Ils ne veulent plus attendre de longues années, d'autant que la maison est bien trop petite.
Ils obtiennent huit cents zlotys en pièces d'argent et engagent quatre ouvriers.
UN AN PLUS TARD, 1895 : LE PRINCIPE
Ils se retrouvent avec huit mille zlotys de dettes. Ils n'ont plus les moyens d'acheter de nouvelles peaux et ne peuvent même pas payer les anciennes. Antonín reçoit une carte d'enrôlement, Anna s'engage comme domestique à Vienne.
En regardant, la mort dans l'âme, les restes de cuir, Tomá invente le grand principe de sa vie : faire toujours d'un défaut une qualité.
Puisqu'ils ne peuvent plus acheter de cuir, ils fabriqueront des chaussures avec ce qui reste encore à leur portée : du tissu. La toile ne coûte pas cher, et les bouts de cuir serviront à faire les semelles. C'est ainsi que Bâta crée un des plus grands succès du siècle à venir : des chaussures de toile à semelle de cuir. En une seule journée, il rapporte de Vienne plusieurs milliers de commandes. Les gens appellent ses chaussures batovki.
Cette réussite lui permet de construire sa première usine : cinquante hommes y travaillent sur deux cents mètres carrés.
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