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Glyphe

Couverture du livre Glyphe

Auteur : Percival Everett

Traducteur : Anne-Laure Tissut

Date de saisie : 04/12/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-7427-7988-8

GENCOD : 9782742779888

Sorti le : 05/11/2008

  • Les présentations des éditeurs : 27/11/2008

Très vite, le prodigieux QI et la vulnérabilité du bébé Ralph ont fait de lui l'objet de toutes les convoitises : celle du docteur Steimmel, une psychiatre en mal de reconnaissance, qui veut lui disséquer le cerveau. Celle des services secrets du Pentagone qui voient en l'enfant un précieux atout stratégique. Celle, enfin, des tenants de la religion désireux de vérifier sur lui l'efficacité de leurs rituels d'exorcisme...
Brutalement arraché à son père, un universitaire aussi ambitieux que frustré, et à sa mère, une artiste peintre qui doute de son talent, Ralph, qui refuse de parler mais maîtrise avec brio le langage écrit, relate les enlèvements dont il est successivement victime sans cesser de rédiger des notes sophistiquées inspirées des nombreuses lectures que lui a procurées sa mère adorée dont l'amour inconditionnel et désintéressé fait figure d'unique repère au milieu de l'hystérie générale.
Les réflexions intentionnellement pédantes du bébé mutique constituent l'un des points forts de ce récit jubilatoire où Percival Everett détourne les conventions du discours savant au profit d'une savoureuse composition romanesque en con­voquant tour à tour le traité de physique, la controverse sémiotique ou l'essai philosophique. Parodie de structures et de genres, satire des milieux universitaires au fil de démonstrations délirantes et de dialogues improbables entre Socrate et James Baldwin ou Wittgenstein et Nietzsche, ce roman irrévérencieux se plaît à malmener nombre d'icônes du postmodernisme, dont Roland Barthes, qui y apparaît en "protagoniste invité" sous les traits d'un clown burlesque aux propos abscons...
Dans ce récit mené tambour battant où l'érudition rencontre l'absurde comme son envers obligé, Percival Everett, à travers les tribulations de son bébé héros, propose une réjouissante peinture des névroses dont se nourrit l'aventure humaine.

Né en 1956, Percival Everett, diplômé de littérature et de philosophie, enseigne à la California Southern University. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Trois de ses romans ont déjà été traduits chez Actes Sud.



  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 4 décembre 2008

Percival Everett est cet écrivain brillant, diplômé en littérature et philosophie, qui enseigne Barthes et Derrida en Californie et publie, entre deux cours, des romans intelligents et souvent drôles, qui se vendent peu aux États-Unis...
Racontée par un Ralph qui se nourrit plus d'essais pointus que de biberons de lait, cette odyssée, ponctuée de citations pédantes, bouffonnes, truffée de dialogues imaginaires et improbables, de raisonnements abscons, traversée par des personnages ravagés ­comme une psychologue hystérique, un militaire tout droit sorti de Docteur ­Folamour ou un prêtre échappé de L'Exorciste, mérite le détour.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 26 novembre 2008

Polar ? Science-fiction ? Essai littéraire ? Tout à la fois, évidemment, puisque l'auteur n'est autre que l'irrévérencieux Percival Everett. Glyphe, son quatrième roman traduit, est un pot-pourri, loufoque, hilarant, des genres littéraires. L'écrivain américain, professeur de philosophie, spécialiste de Jacques Derrida, a l'imagination débridée...
Glyphe, ou le roman de l'impertinence...


  • Les courts extraits de livres : 05/11/2008

A

Différance

Je choisis de commencer par l'infini, qui demeure ce qui m'est le plus proche. Pour l'enfant que je suis, tout paraît infiniment hors de portée, sur le plan physique, mental, et même hors de portée de ma conscience. Mais c'est mon inconscient qui travaillait mes parents. En arpentant la pièce, ils se faisaient part de leurs angoisses - que pouvais-je déceler dans leur ton, leurs attitudes ? - mais avec un manque d'attention flagrant aux mots mêmes qu'ils employaient, se laissant aller à dire devant moi tout ce qui leur passait par la tête : sans baisser le ton, ils se demandaient si j'avais les oreilles d'oncle Toby - elles sont vraiment énormes -, échangeaient des commentaires sur ma lenteur à acquérir une chevelure digne de ce nom, et par-dessus tout s'affligeaient de mon apparente incapacité à me mettre au langage. Mais, tandis qu'ils marinaient dans leur jus, j'envisageais des infinis, potentiels et effectifs, et fis l'intéressante découverte que rien ne les sépare : la flèche peut bien réduire de moitié son trajet jusqu'à la cible le temps que les vaches rentrent à l'étable, la cible et la flèche se trouvent ensemble dans mon champ de vision et donc au même endroit, ce qui donne tort à Zénon tout en lui donnant raison. Mes parents, cependant, tout occupés à échanger des propos comme des chats enragés des coups de griffes, étaient à mille lieues de soupçonner mon désintérêt total pour ce jeu consistant à imiter les sons qu'ils émettaient. Leur bouche nauséabonde devant mon visage, s'imaginant sans doute que ne pas exprimer l'affront c'est ne pas l'éprouver, ils articulaient lentement, avec application, me laissant observer à loisir la place de la langue pour le t et l'écartement des lèvres pour le b. Le doigt tendu vers la table, ils en répétaient le nom, attendant de moi que j'apprenne non seulement à le prononcer, mais à reconnaître l'objet ainsi désigné. Et pourtant je ne voyais pas table. Je voyais la surface sur laquelle étaient posées les assiettes, l'objet qui occupait l'espace à côté de ma chaise haute. Dieu les garde, ils essayaient de m'enseigner, de me montrer la tablitude - mais pourquoi ne pas dire ça tout simplement ?


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