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_ Tristes Pontiques

Couverture du livre Tristes Pontiques

Auteur : Ovide

Préface : Marie Darrieussecq

Traducteur : Marie Darrieussecq

Date de saisie : 23/05/2012

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Poésie

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84682-282-4

GENCOD : 9782846822824

Sorti le : 23/10/2008

Une centaine de lettres d'Ovide sont traduites par Marie Darrieussecq. Ce n'est pas une version érudite que nous propose la traductrice, plutôt une volonté de rendre lisibles et contemporains ces textes souvent très poétiques. Les sentiments nous semblent proches : mélancoliques et plaintives, ce sont des lettres d'exilé, de courtisan et d'artiste.


  • Les présentations des éditeurs : 23/05/2012

Il y a deux mille ans exactement, en décembre 08, Ovide est exilé par Auguste aux confins du monde connu, chez les Barbares du delta du Danube. Après un long périple par les mers et les terres, le grand poète mondain va vivre huit ans entouré d'hommes vêtus de peaux de bêtes, qui ne parlent ni latin ni grec. Et il écrit, une centaine de lettres autobiographiques, que j'ai eu envie de traduire pour leur beauté, leur mélancolie, et le regard qu'elles portent sur d'autres mondes.

M.D.

Ovide est surtout connu pour son Art d'aimer et ses Métamorphoses.
En l'an 8, pour une raison qui reste énigmatique, il déplaît à l'empereur. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il a «vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir». Auguste lui fait grâce de la vie, mais l'exile au bout du monde connu, sur le Pont-Euxin, à l'actuelle frontière de la Roumanie et de l'Ukraine, dans le delta du Danube. Là-bas c'est le froid, la guerre, et les barbares. Plus loin, personne ne sait ce qu'il y a : des marécages, des oiseaux migrateurs... Le «bout du monde» n'est pas une vaine expression.
Amoureux de sa femme, amoureux de Rome et de sa vie mondaine, Ovide se retrouve donc seul, isolé au milieu des Gètes vêtus de peaux de bête. «Le barbare, ici, c'est moi» : personne ne parle sa langue. Pendant huit ans, il écrit des lettres à Rome, recueillies en deux volumes : les Tristes, et les Pontiques. Elles mettent six mois à faire le voyage, comme la réponse, quand il y a en a. Ovide meurt dans ce «Pays du Pont, pays de galop et d'errance». On n'a jamais retrouvé sa tombe.
Restent une centaine de lettres dont existent de nombreuses traductions, mais Marie Darrieussecq a voulu essayer de leur rendre leur flux poétique, en restant fidèle au texte, mais en essayant aussi de réinventer un rythme. Ovide écrivait dans l'harmonie «iambique», ces vers latins alternés, à deux jambes. Il n'y a pas d'équivalent en poétique française, mais cette espèce de claudication, parfois à la limite de la boîterie, elle a essayé de lui trouver un équivalent dans sa langue.
Cela fait deux mille ans cette année qu'Ovide a été banni...



  • La revue de presse Xavier Darcos - L'Express du 18 septembre

Mais il reste que cet intellectuel, pétri par l'imaginaire antique, fut capable, par sa sensibilité et par le drame final de sa vie, de s'ouvrir à l'ère nouvelle. Il pressent aussi, avant Tacite, que la vigueur brutale des Barbares emportera un jour la civilisation romaine. Marie Darrieussecq saisit l'intensité prémonitoire de cette posture. Elle est touchée moins par la personne de l'exilé aigri que par la tragique figure du poète maudit qui s'en dégage. Ovide inspirera les déportés et bannis : Les Regrets de Du Bellay, la Terre d'exil de Pavese, le goulag de Mandelstam, tous les déchus qui ont surnagé en écrivant. Pour restituer la dolente humanité de ces pages, Marie Darrieussecq choisit de faire «parler» Ovide : «Je crie mes funérailles aux bords des fleuves gètes.» Rompant avec toute pesanteur classique, elle traduit les distiques latins en vers blancs, des alexandrins souvent, sans ponctuer, dans une langue modernisée, presque banale, simple et fluide. Elle «délatinise». Elle ménage des pauses, pour rythmer la lecture. Elle détourne ou contourne les figures rhétoriques figées ou emphatiques que le public d'aujourd'hui ne saisirait pas. Elle coupe court quand elle s'ennuie. Au fond, elle se met à la place d'un lecteur contemporain d'Ovide, recevant à Rome sa énième lamentation et allant à l'anecdote ou à la formule ingénieuse, sautant les pleurnicheries et les clichés. On a l'impression qu'Ovide s'appuie sur notre épaule : on sent son souffle, il nous murmure à l'oreille, comme un proche, comme un frère. «Ma voix, ce sont mes lettres.» La nostalgie redevient ce qu'elle était.


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