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Auteur : Joë Bousquet
Date de saisie : 23/11/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-246-74581-5
GENCOD : 9782246745815
Sorti le : 14/10/2008
Blessé en 1918 par une balle allemande, le poète Joë Bousquet (1897-1950) perdit l'usage de ses membres inférieurs et resta alité le reste de sa vie, à Carcassonne, dans une chambre dont les volets étaient éternellement clos. C'est là, en janvier 1946, alors qu'il était reclus depuis vingt-huit ans, qu'il fit la connaissance d'une jeune étudiante prénommée Linette - qui le troubla par son charme, son intelligence, sa fraîcheur. Pendant quatre années, il aima la rencontrer, lui parler et, surtout, lui écrire des lettres admirables qui étaient restées inédites jusqu'à ce jour. A Linette, Joë Bousquet veut tout enseigner, tout transmettre. Et lui apprendre, lui le paralytique, l'immobile «momie», que la vie est immense, ainsi que la littérature et l'amour. D'où la charge poétique exceptionnelle de cette correspondance qui révèle bien des aspects méconnus de l'auteur de Lettres à Poisson d'or.
Le préfacier de cet ouvrage, Nicolas Brimo, est le fils de la destinataire de ces lettres. Bibliophile, il est aussi journaliste, et administrateur délégué du Canard enchaîné.
Comme André Breton, il croit à l'amour fou, à la puissance psychique, à la parole fusionnelle. Il reçoit donc des «visiteuses du soir» qui s'appellent Marthe, Ginette ou Blanche, Poisson d'or... Parmi ces visiteuses du soir, on vient de découvrir Jacqueline Gourbeyre, née à Tarbes. Son fils publie une centaine de lettres inédites que sa mère gardait précieusement dans ses affaires...
Sur son lit recouvert d'une indienne, Bousquet dit sa messe, hypnotise sa proie ; c'est une communion à deux dans une chapelle ardente. On attend le baiser sépulcral, car on devine dans le murmure des phrases-devenues plus brutales vers la fin-des lèvres qui cherchent non plus une gorge pour l'initiation à l'amour courtois mais une marche vers la fusion dans l'extase de la mort
Au début, Bousquet, selon son habitude, offre à sa jeune amie Linette (qu'il appelle aussi Isel) des conseils de lecture, prête généreusement des livres, ses livres, des revues, des catalogues d'exposition. Il offre la voix d'Apollinaire, de tous les poètes qu'il aime. Il la guide dans ses balbutiements d'étudiante devant le Fantasio de Musset. Très vite, la beauté de la jeune fille, sa robe bleue, son intelligence, le charme de ses réponses (qui malheureusement n'ont pas été conservées) le séduisent. La correspondance devient intensément amoureuse.
C'est bouleversant. Car il n'exprime pas seulement sa flamme à la jeune Tarbaise qu'il déshabille en rêve - «Nous inventerons le feu» -, il l'initie aussi à la littérature, à l'art, à la politique, à Cocteau, Breton ou Bellmer, lui confie ses doutes, ses souffrances, sa morale - «Il ne faut rien accepter que l'authentique» -, en fait son héritière spirituelle. Linette, sa «grande rose lointaine», s'est éteinte en 1999. Ses enfants, Isabelle et Nicolas Brimo, ont décidé alors de rendre publique cette Correspondance où un homme brisé a le cran d'écrire à celle qui ne l'a jamais déçu : «Vivre est un enchantement.»
Joë Bousquet appartient, comme Georges Perros ou Henri Pichette, à cette race d'immenses poètes méconnus, dont le culte est entretenu par des cercles d'adeptes aussi occultes que fervents, soudés par un même éblouissement littéraire...
Amenée chez Joë Bousquet le jour de l'an 1946 par une cousine de sa mère, Jacqueline Gourbeyre n'est pas la première à faire vibrer le coeur du poète, dont l'acuité amoureuse s'est décuplée depuis que son accident lui a ouvert de nouveaux champs de conscience. Mais elle sera la dernière, échangeant pendant quatre ans, jusqu'à son mariage avec un étudiant en droit, une correspondance lumineuse et passionnée...
S'il manque le versant féminin de cette correspondance (le courrier envoyé par Jacqueline Gourbeyre a disparu après la mort de Joë Bousquet), ce silence est celui de l'espoir et du recueillement. C'est le silence d'une impétrante, qui s'apprête à se lancer dans la vie, galvanisée par la confiance du poète. Peut-on rêver de plus belle formation ?
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