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Auteur : Boris Cyrulnik
Date de saisie : 20/11/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : O. Jacob, Paris, France
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 978-2-7381-2165-3
GENCOD : 9782738121653
Sorti le : 18/09/2008
Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d'enseignement à l'université de Toulon. Il est l'auteur d'immenses succès, notamment Un Merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards, Parler d'amour au bord du gouffre et De chair et d'âme.
«Face à la perte, à l'adversité, à la souffrance que nous rencontrons tous un jour ou l'autre au cours de notre vie, plusieurs stratégies sont possibles : soit s'abandonner à la souffrance et faire une carrière de victime, soit faire quelque chose de sa souffrance pour la transcender.
La résilience n'est pas du tout une histoire de réussite, c'est l'histoire de la bagarre d'un enfant poussé vers la mort qui invente une stratégie de retour à la vie ; ce n'est pas l'échec qui est donné dès le début du film, c'est le devenir imprévisible, aux solutions surprenantes et souvent romanesques.
La fabrication d'un récit de soi remplit le vide de nos origines qui troublait notre identité. On bricole une image, on donne cohérence aux événements, on répare une injuste blessure. Un récit n'est pas le retour au passé, c'est une réconciliation.» B. C.
Boris Cyrulnik est allé à la rencontre, ici et ailleurs, dans les différentes cultures du monde, des blessés de la vie, de ces «épouvantails» dont il se fait le biographe et dont il raconte comment ils ont su réparer leurs blessures et faire de leurs fragilités une force de vie.
Tout le monde aime les livres qui font du bien. Par leur ton intimiste et leur thèse chaleureuse, les livres de Boris Cyrulnik sont des condensés de consolation. La thèse en est simple : l'être humain a en lui la capacité non seulement de résister à des chocs traumatiques, mais de les surmonter pour se reconstruire. Cela s'appelle la «résilience», terme venu de la psychosociologie américaine.
Le regard de la photo
Quand les chasseurs d'ombres sont arrivés à Kouloumia, personne ne soupçonnait à quel point ils allaient transformer l'existence des villageois. «Une ombre, disaient-ils, ce n'est pas la vraie vie, ce qui compte, c'est l'homme et le soleil qui l'éclairé.»
J'étais enfant après la Seconde Guerre mondiale et, pourtant, j'avais clairement compris que lorsqu'on a peur de son ombre on peut la fuir en se taisant, mais on peut aussi la cacher en mettant en lumière la partie du monde que les autres acceptent de regarder.
Pierrot parlait tout le temps de son père. Chaque jour à l'école, il racontait la vie de son héros et parfois même interrompait une partie de billes pour ajouter un détail. Le village de Bastidon, en Provence, saignait encore du courage des quarante résistants massacrés en juin 1944 par l'armée allemande. La mère de Pierrot disait que son mari avait été tué à la fin de la guerre et l'enfant, gonflé de fierté, était heureux d'avoir un tel papa. J'ai bien dit «avoir un tel papa» et non pas «avoir eu un tel papa», car son père était vivant dans les récits qu'on en faisait quand on racontait le recrutement des résistants dans le haut Var. On riait du hasard qui avait enrôlé l'un d'eux, on admirait la décision d'un autre qui dès le début de la guerre avait décidé de s'engager. On tournait des films, on commentait des livres, et tous ces hommes étaient beaux et la campagne éblouissante et les Français courageux, et son père fusillé participait de cette gloire. Pierrot était heureux. Il s'épanouissait gaiement auprès de sa gentille mère et gavait ses copains d'école de belles histoires terribles qu'il recueillait sur le maquis de Bastidon.
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