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Auteur : Günther Anders
Préface : Jean-Pierre Dupuy
Traducteur : Françoise Cazenave | Ariel Morabia | Denis Trierweiler | Gabriel Raphaël Veyret
Date de saisie : 28/11/2008
Genre : Philosophie
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : La couleur des idées
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-02-061122-0
GENCOD : 9782020611220
Sorti le : 02/10/2008
Ce livre, plaidoyer passionné, profond et précurseur contre la bombe atomique, comprend trois textes de genre très différent. L'Homme sur le pont - «quelque chose» qui n'a ni tête ni mains mais joue de la musique... - est le journal écrit par Anders lors de sa visite au Japon, à Hiroshima, en août 1958. Journal d'une virulence terrible contre la bombe, la guerre, les techniques de destruction modernes. Hors limite reprend les lettres d'Anders au pilote de l'avion d'Hiroshima, Claude Eatherly, devenu une victime de la bombe, interné pour avoir refusé d'être traité en héros, ainsi que les réponses d'Eatherly.
Les Discours sur les trois guerres mondiales (1964) anticipent les réflexions récentes sur le rôle «éthique» de la peur, de la «panique», de l'effroi, qu'on trouvera plus tard chez un Hans Jonas.
Anders le reconnaît dans l'introduction de 1982, ces pages écrites plus de trente ans auparavant appartiennent à la «préhistoire» de la mouvance antiatomique. Pourtant, comme Jean-Pierre Dupuy le montre avec rigueur dans sa préface, elles restent d'une puissante actualité.
Günther Anders est né en 1924. Elève de Husserl, il émigré aux États-Unis en 1936. Marqué par les bombes atomiques de 1945, il ne cessera de réfléchir sur leur sens pour lutter contre la guerre et ses techniques nouvelles, qui menacent l'avenir de l'espèce humaine et de la Terre. Il est mort en 1992.
La temporalité humaine s'en trouve radicalement transformée. Cette possibilité de destruction totale, même si elle n'a jamais lieu, agit d'emblée sur l'existence, et opère déjà la destruction, sinon de nos possibilités, du moins de leur horizon historique. Ne plus être sûr d'une postérité, c'est ne plus oeuvrer pour le temps long du vrai bien commun. De là aussi ce déplacement des frontières chez ceux qui s'engagent. Anders, l'ancien marxiste, l'explique en quelques mots : «Il y a la célèbre formule de Marx : «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c'est de le transformer.» Mais elle est dépassée, maintenant. Aujourd'hui, il ne suffit plus de transformer le monde ; avant tout, et pour la première fois, il faut le préserver.»
Günther Anders (1902-1992), ce grincheux notoire, avait l'imprécation facile. Il affichait le désespoir de quelqu'un qui porte en soi "la honte d'être un homme". Philosophe pessimiste né dans une famille juive allemande, marginalisé de son vivant par les figures dominantes de la pensée germanique, de Brecht à Adorno, il fut aussi un militant inlassable de la lutte contre la bombe nucléaire. Son diagnostic est sans appel. Depuis que la bombe existe, nous sommes devenus "davantage mortels", car nous ne sommes plus seulement en mesure de tuer des hommes, mais bien l'humanité elle-même...
Les conséquences de ce mécanisme dépassent jusqu'à notre imagination : que nous travaillions comme fabricants de croissants, d'ogives, de livres ou de médicaments, nous avons désappris à nous préoccuper des conséquences plausibles de ce à quoi, activement ou passivement, nous collaborons. De sorte que "nous fermons les yeux sur l'objet et l'objectif de notre travail, et nous sommes prêts à vivre de la préparation de la fin du monde"...
Les conséquences de ce mécanisme dépassent jusqu'à notre imagination : que nous travaillions comme fabricants de croissants, d'ogives, de livres ou de médicaments, nous avons désappris à nous préoccuper des conséquences plausibles de ce à quoi, activement ou passivement, nous collaborons. De sorte que "nous fermons les yeux sur l'objet et l'objectif de notre travail, et nous sommes prêts à vivre de la préparation de la fin du monde".
Introduction 1982
Pas plus que le constat dont il traite, le titre de ce livre ne date d'aujourd'hui : il provient de mes «Thèses sur l'âge atomique», formulées en 1959. À l'époque, l'expression était peut-être encore une exagération. Mais maintenant elle est devenue vraie : ce n'est pas qu'elle soit encore vraie aujourd'hui, mais qu'elle est pleinement vraie seulement aujourd'hui. Voilà pourquoi j'ai jugé superflu d'inventer un nouveau titre percutant.
Faire ces analyses, formulées il y a plus de deux décennies, ne nécessitait pas alors une once de prescience. Celui qui prend un instantané d'une femme à la grossesse avancée et qui, si elle est assez insensée pour se tromper sur son état ou le nier sous l'influence de ses proches, lui fait part de la vérité, à savoir qu'elle va bien avoir un enfant au cours des prochaines semaines, ne fait vraiment pas preuve d'un talent exceptionnel.
Ceux qui, généralement avec les meilleures intentions, m'attribuent un tel talent parce que j'avais vu en son temps la «grossesse» de l'état du monde, que j'étais donc assez normal pour m'apercevoir de cette grossesse et pour en prendre des instantanés, ne montrent ainsi que leur propre faiblesse visuelle, pour ne pas dire leur cécité d'alors. Bien sûr, il y avait à l'époque des milliers, voire des centaines de milliers de gens comme moi, parmi lesquels des scientifiques de premier plan, qui ne pouvaient être contestés en tant qu'experts, même par les défenseurs absolus de l'armement nucléaire (auprès de qui je fais figure de «profane absolu»). (À vrai dire, ils ont tout de même été contestés, et le sont encore.)
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