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Auteur : Henri Raczymow
Date de saisie : 02/10/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-02-097713-5
GENCOD : 9782020977135
Sorti le : 02/10/2008
Mon père était un homme fort simple. Pour écrire ce petit livre, il m'a surtout fallu éviter tout effet de grandiloquence. J'aurais raté la cible. Le ton idoine qui m'est venu a été celui de la conversation, comme nous en avons tous, au fil des jours, avec des êtres proches. Quand ceux-ci nous quittent, c'est de se parler, d'abord, qui vient à manquer, parfois douloureusement. La parole que j'ai tenté de maintenir ici, par ce livre, je n'ai pas cherché à lui conférer des accents profonds, héroïques ni même nostalgiques. Elle aura eu peut-être une vertu magique : me persuader que, le temps qu'elle s'est déroulée, lui et moi étions vivants.
Henri Raczymow est né en 1948 dans une famille d'immigrés juifs polonais. Enseignant, il a publié une vingtaine de récits et romans, parmi lesquels Contes d'exil et d'oubli, «On ne part pas», Un cri sans voix, Quartier libre, Dix Jours «polonais» (tous chez Gallimard). Ses essais sur Maurice Sachs, Proust, Courbet ont fait date.
Nathalie Sarraute avait commence son livre Enfance par une hésitation. Cet exercice n'était-il pas trop convenu ? Ne cédait-elle pas à la facilité ? N'était-ce pas un aveu d'impuissance, voire de sénilité ? Et pourtant, écrire ça s'imposait, c'était plus fort qu'elle, il fallait bien s'y résoudre.
Écrire sur mon père me place dans cette même disposition. Surtout qu'il vient de mourir. D'une certaine façon, écrire sur mon père alors qu'il vient de mourir est un «sujet» qui s'impose trop à moi. Qui me force, me contraint, prend le pas sur mon libre arbitre, ma souveraineté d'écrivain. Et puis ce n'est pas sans douleur. Enfin voilà, je suis partagé.
Mon père me manque, c'est là le point. Depuis qu'il est parti, le monde me semble vide, un fruit tout sec. Je n'ai plus de ressort pour le recharger de suc. Déjà qu'avant... J'aimais bien, dans mes moments de désoeuvrement, lui téléphoner. J'aimais entendre sa voix douce. Il avait toujours des idées plein la tête. Des projets, des silhouettes d'entreprises amorcées. Il avait même des idées pour moi : Et si tu écrivais un livre sur... ? Non, ça ne t'intéresse pas ? Tant pis. Mais tu as tort, tu sais... C'était pourtant une bonne idée, je t'assure... Que j'y réfléchisse... Il avait en tête mille sujets de livres qui valaient la peine que je m'y consacre. Des livres qu'il aurait aimé lire et relire (car il lisait très peu, et volontiers toujours les mêmes livres, souvent aux toilettes, où il restait «des heures». Je me souviens de ma mère lui criant depuis le couloir, de sa voix suave de Bellevilloise native : Etienne, t'es pas tombé dans l'trou, des fois ?). Oui, des livres qu'il aurait aimé voir exister, et que ce soit moi, précisément, qui les écrive. Des sagas romanesques et familiales. Sur fond de guerre, de Résistance et de déportation. Je tenais un sujet, là, nul doute... Avec des larmes et du sang, des déchirements, des retrouvailles mille pages plus loin. Un sujet propre à inspirer, respectant ainsi les antiques préceptes dont pourtant il ignorait tout, la terreur et la pitié. Tout à fait mon genre. Je déclinais ses suggestions, les moquais.
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