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.. Crains qu'un jour un train ne t'émeuve plus

Couverture du livre Crains qu'un jour un train ne t'émeuve plus

Auteur : Jean Nainchrik

Préface : Boris Cyrulnik

Date de saisie : 02/10/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Biographies-Témoignages

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-02-098570-3

GENCOD : 9782020985703

Sorti le : 02/10/2008

  • Les présentations des éditeurs : 14/10/2008

«C'était donc lui, Bolek. Il me sourit gentiment, s'approcha de moi et me posa les mains sur les épaules. - Shalom, mon grand garçon... Shalom...
Son expression était affectueuse et paternelle, pourtant il m'intimidait terriblement. Je savais qu'il avait vécu des choses terribles, à peine imaginables, mais qui demeuraient pour moi des abstractions [...]. Mais là, il y avait ce numéro tatoué sur son bras, comme un indice réel, la preuve du crime. Quelque chose émanait de lui qui disait la guerre, l'histoire, l'horreur, les camps, les deuils, les morts. T'aurais voulu le consoler et je n'en étais pas capable. Sous l'effet d'une impulsion soudaine, je logeai ma main dans la sienne. Il la serra et nous marchâmes tous deux, main dans la main, jusqu'à la maison.»

J.N.

Début des années cinquante. Jean, l'adolescent-narrateur, découvre l'Israël des pionniers en même temps qu'il apprend jour après jour l'histoire de sa famille maternelle d'origine polonaise, décimée par la persécution, à travers les carnets de son oncle, rédigés en yiddish, du ghetto de Lodz à Auschwitz.

JEAN NAINCHRIK
Producteur de cinéma et de télévision, il a déjà publié Simon et Marie, l'histoire de ses parents, qui nous conduisait d'Istanbul et de Pologne au Paris des années trente et quarante.



  • La revue de presse Blaise de Chabalier - Le Figaro du 27 novembre 2008

Le témoignage de Jean Nainchrik sur la Shoah est d'autant plus bouleversant qu'il est très original. Son récit mêle les souvenirs de ses premières vacances en Israël, dans les années cinquante, alors qu'il n'avait que douze ans, avec la retranscription des carnets de son oncle Bolek, rescapé des camps de la mort et installé dans le nouvel État juif. La mémoire de l'Holocauste prend une dimension nouvelle aux yeux du jeune adolescent lors de ce qui apparaît comme un véritable voyage initiatique...
Le mélange des lieux, des époques et des générations donne une richesse et une profondeur remarquables au livre de Jean Nainchrik.


  • Les courts extraits de livres : 14/10/2008

- Trois quarts d'heure ! Vous ne risquiez pas de le rater.
- J'aime mieux arriver en avance que d'être obligée de courir.
Digne dans ses habits de voyage, ma mère gardait l'oeil sur les bagages, comme s'ils risquaient à tout moment d'être subtilisés par quelque malandrin. Je la sentais tendue. Ma soeur, Paulette, et moi l'étions autant qu'elle, et ce n'était pas seulement lié à l'appréhension d'un long voyage.
Un vague sourire aux lèvres, les mains dans les poches de son veston gris, mon père promenait son regard sur les quais de la gare de Lyon. L'express Paris-Lyon-Marseille serait conduit à la voie 3 d'ici une trentaine de minutes, venait de nous indiquer un employé de la SNCF.
J'ouvrais grands les yeux sur le décor environnant, les vapeurs et les fumées qui flottaient en volutes sous les hautes verrières comme dans les toiles de Monet, l'esca­lier monumental montant vers les vastes salons du Train Bleu, les chariots débordants de colis et de malles attachés en convois qui serpentaient parmi les passants, les chefs de quai brandissant des lanternes et faisant de mystérieux sémaphores, les mécaniciens au visage noirci s'affairant au pied des locomotives dont la vapeur s'échappait en chuintant, parmi les coups de sifflet, les halètements sourds et rythmés des machines, les grands chocs métalliques et les grincements lorsqu'un wagon s'accrochait à un autre. Toute cette fébrilité, cette rumeur incessante contribuaient à me faire battre le coeur, m'oppressaient d'une mélancolie à la fois délicieuse et redoutable. J'ai repensé à ces instants, plus tard, lorsque j'ai lu le vers célèbre d'Apollinaire : «Crains qu'un jour un train ne t'émeuve plus.»
Enfin, après un moment de patience marqué par les chamailleries de nos parents sur l'utilité d'arriver à la gare avec trois quarts d'heure d'avance, nous vîmes le Paris-Lyon-Marseille, tiré par une vénérable motrice, venir s'im­mobiliser au quai numéro 3 avec la lenteur majestueuse d'un monarque.
Je sentis mon coeur se serrer. Il fallait y aller. Nous hâtâmes le pas vers le wagon de troisième classe où deux places avaient été retenues. Mon père supervisa notre installation et celle des bagages dans le compartiment. Puis, soupçonnant peut-être que j'étais près de fondre en larmes, il me tapa virilement sur l'épaule.
- Et surtout, fais bien attention sur le bateau ! Un coup de roulis, et hop !,te voilà au fond de l'eau...
Je m'efforçai de lâcher un petit rire qui ne fit guère illusion. Puis il reprit, avec une intonation plus basse :
- Jeannot, fais attention à ta mère.


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