Chacun sait aujourd'hui que l'opération menée par les Américains en Irak est un fiasco complet. Aucun des objectifs censés la justifier n'a été atteint et ses répercussions désastreuses s'aggravent à mesure que les États-Unis s'enlisent dans ce «nouveau Vietnam». Chacun a pu voir sur son petit écran les tortures et les humiliations infligées au peuple irakien, comme la douleur immense des familles à qui la nation américaine remet un drapeau faute de leur rendre un soldat. Mais qui sait au juste comment et pourquoi nous en sommes arrivés là ? Qui sait précisément ce qui s'est passé dans les bureaux de la Maison Blanche avant que cette décision fatale ne soit prise et ce qui se passe au quotidien, sur le terrain, depuis le début de l'offensive ?
Envoyé spécial en Irak et correspondant auprès du Pentagone, Thomas E. Ricks est l'un des rares hommes à connaître les multiples facettes de cette guerre. Son enquête fouillée, sans passion ni parti pris, dévoile des documents officiels inédits et donne la parole à tous les protagonistes de cette tragédie, des plus hautes sphères politiques jusqu'aux acteurs exposés aux sanglantes réalités du terrain. À chaque lecteur, désormais en possession de ces preuves aussi objectives que précises, de tirer ses propres conclusions sur ce que certains désignent comme «la pire décision de politique étrangère jamais prise par les Etats-Unis».
Journaliste au Washington Post, Thomas E. Ricks, deux fois lauréat du prix Pulitzer, a également enquêté sur les opérations militaires américaines à Haïti, au Kosovo et au Koweït, mais aussi en Somalie, en Corée, en Bosnie et en Afghanistan.
Les courts extraits de livres : 14/10/2008
Les prémices (printemps 1991)
La décision prise par le président George W. Bush d'envahir l'Irak en 2003 fut considérée par la suite comme l'une des actions les plus éhontées de l'histoire de la politique extérieure américaine. Il faudra encore de nombreuses années pour en déterminer toutes les conséquences mais, dès la mi-2006, il semblait déjà tout à fait évident que le gouvernement des États-Unis avait déclaré la guerre avec un soutien international insuffisant et sur la base de fausses informations : d'hypothétiques armes de destruction massive et une supposée connexion entre Saddam Hussein et l'organisation terroriste d'Al-Qaïda. À la suite de quoi le pays fut occupé sans la préparation nécessaire. Des milliers de soldats américains et un nombre incalculable d'Irakiens l'ont payé de leur vie. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensées, dont une grande part gaspillée. Si l'on peut encore espérer l'avènement de la démocratie en Irak, et plus généralement dans cette zone du monde, on peut tout aussi bien redouter une guerre civile et même une déflagration de toute la région conduisant à un affolement du cours du pétrole et à une crise économique mondiale.