Muté dans le nord de l'Islande, Einar, le sarcastique reporter du Journal du soir, se meurt d'ennui. D'autant qu'il ne boit plus une goutte d'alcool ! Tout ceci deviendrait vite monotone... si ce n'étaient ces étranges faits divers qui semblent se multiplier : un étudiant disparaît, des adolescents se suicident... Einar voit d'un autre oeil cette microsociété gangrenée par la corruption et la drogue.
«Oui, c'était bien un meurtre. Un meurtre commis du sang le plus froid qui puisse couler dans les veines de quelqu'un.»
Né à Reykjavik en 1950, Ami Thorannsson a étudie la littérature à l'université de Norwich en Angleterre. Il travaille dans divers journaux islandais et participe à des jurys de festivals de cinéma. Il est également l'auteur de Dresseur d'insectes (Métailié).
«Le Temps de la sorcière est un polar enlevé, écrit entre chien et loup, inquiétant comme les paysages islandais.»
Télérama
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Les courts extraits de livres : 14/10/2008
SAMEDI
- Une excursion-surprise ?
Le bavardage d'Asbjörn se noie dans le brouhaha environnant et je suis forcé de lui demander de répéter au téléphone. Cette saleté de cellulaire flambant neuf qu'il m'a imposé. Je déteste ce machin qui permet aux autres de me joindre n'importe où et n'importe quand. Ce gadget qui me permet de joindre les autres n'importe où et n'importe quand. Qu'est-ce qu'on y gagne ? La connexion permanente. Le contact ininterrompu avec le monde qui nous entoure. Qu'est-ce qu'on y perd ? La tranquillité. Et la faculté de se déconnecter du monde qui nous entoure.
- Hein ? hurle Asbjörn en guise de réponse.
- Tu disais quoi ?
- Je disais qu'il y avait eu un accident dans une excur...
Il n'achève pas sa phrase.
- Un accident ? Silence.
- Un accident, où ça ?
Aucune réponse. La communication a été coupée. Je repose le téléphone sur mes genoux et gare la voiture sur l'accotement. Un jour, j'ai lu que les téléphones cellulaires facilitaient la tâche des criminels parce qu'ils étaient joignables à tout moment. En même temps, ils ont compliqué celle des auteurs de romans policiers - Ah ouais, le genre de truc censé améliorer le moral de merde ? Une beuverie collective sous prétexte de cohésion du groupe.
- Ça, j'en sais rien. Toi et ton humour à deux balles. On a de bonnes chances d'être les premiers sur le coup avec photos et interviews. T'as plus qu'à la boucler et à foncer.
Je reste dubitatif.