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Auteur : Serge Gruzinski
Date de saisie : 02/10/2008
Genre : Histoire
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : L'Univers historique
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-02-098577-2
GENCOD : 9782020985772
Sorti le : 02/10/2008
A l'échelle du globe, qu'est-ce qui circule, ou ne circule pas, entre les cultures ? Nous en faisons l'expérience à travers la mondialisation : nous vivons dans le flux immédiat des nouvelles du monde, cependant que, paradoxalement, nos vieilles façons de sentir persistent. Le démantèlement progressif d'univers cloisonnés n'est pas nouveau et il a notamment connu une prodigieuse accélération à l'orée des Temps modernes.
On en trouve ici une illustration dans la confrontation de deux textes quasi contemporains : une chronique du Nouveau Monde rédigée à Istanbul en 1580, et un Répertoire des temps écrit à Mexico en 1606, qui s'attarde longuement sur l'Empire des Turcs. Pourquoi et comment les Turcs étaient-ils en mesure d'en savoir autant sur l'Amérique ? Pourquoi les lecteurs de Mexico se posaient-ils des questions sur les Ottomans ? Pratiquant l'art du montage cinématographique, Serge Gruzinski fait dialoguer ces textes pour souligner les singularités de deux visions, celle de l'islam et celle de l'Amérique, déjà attentives l'une à l'autre et pourtant irréductiblement différentes. Avec, à l'horizon, une question : que voulait dire «penser le monde» à la fin de la Renaissance ?
SERGE GRUZINSKI est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire du Nouveau Monde (Fayard, 1991-1993), Histoire de Mexico (Fayard, 1996), La Pensée métisse (Fayard, 1999) et Les Quatre Parties du monde (La Martinière, 2004 ; Points-Essais, 2006).
Conséquence majeure des grandes découvertes de la Renaissance, «dans les quatre parties du monde, des hommes, des femmes, des sociétés, des croyances, des faunes et des flores entrent subitement et brutalement en contact». D'évidence, cette première mondialisation fascine Serge Gruzinski, grand historien de l'Amérique latine à l'époque coloniale. Il y voit le défi majeur du XVIe siècle, ne serait-ce que pour introduire de la cohérence dans une représentation du monde mise à mal par les découvertes hispano-portugaises : il s'agit de prendre conscience de la diversité des peuples et des espaces, des liens qui les unissent mais aussi des écarts qui les séparent, en bref de «penser le monde»...
C'est une leçon pour les historiens que donne Serge Gruzinski. Ils doivent remettre en cause leurs anciennes manières de penser, dominées par les traditions nationales et trop exclusivement concernées par les espaces occidentaux. Comme à la Renaissance, il faut s'efforcer de «penser le monde» sans négliger aucune de ses parties, au risque de n'y rien comprendre.
De la pensée métisse au cinéma contemporain, l'historien du monde colonial ibérique Serge Gruzinski a fait des images un élément central de son travail de recherche...
"Quelle heure est-il là-bas ?" La question revient, lancinante, tout au long de cet essai sous forme de réflexions sur le sens et l'histoire de la globalisation. Une étude érudite, construite à la manière d'un film au montage complexe, où l'auteur poursuit ses recherches sur les décloisonnements du monde, en sondant les modalités et les figures de la mondialisation telle qu'elle émerge à la fin du XVIe siècle, en particulier dans les rapports entre islam et chrétienté...
Il pose ainsi les jalons d'une réflexion qui met au défi notre imaginaire manichéen, en particulier dans le domaine des relations entre islam et chrétienté. Et comme il le rappelle, "ce n'est qu'en tenant compte de leur contemporanéité et en mesurant complémentarités et dissonances qu'on s'approche d'une lecture chorale du monde, une lecture qui ne soit ni systématiquement européenne, ni exclusivement chrétienne."
Extrait de l'introduction :
Quand dans certaines régions il fait jour, dans d'autres il fait nuit, lorsque dans l'une le jour se lève, dans d'autres la nuit tombe, si bien que lorsqu'il est midi à Mexico, à nos antipodes, chez ceux qui habitent droit sous nos pieds, il est pour eux minuit, et au moment où ici le soleil se lève, chez eux il se couche.
Heinrich Martin, Repertorio de los tiempos, p. 103
Et là-bas, quelle heure est-il ? est une histoire de mondes qui se croisent sans jamais se rencontrer. C'est le titre d'un film de Tsai Ming-liang, sorti en 2001. Depuis la fin du siècle dernier, des cinéastes asiatiques explorent inlassablement les transformations du globe et des imaginaires. Coréens, taiwanais, chinois, japonais, indiens ou thaïlandais, leurs films accompagnent ou anticipent les effets de la mondialisation dans cette vaste région du monde. Et là-bas, quelle heure est-il ? fait partie de ces oeuvres qui hantent l'esprit du spectateur longtemps après leur projection. La trame en est simple, trop mince presque pour être rapportée. À Taipei, une jeune femme s'arrête sur le stand d'un vendeur de montres et le convainc de lui céder celle qu'il porte au poignet. La Chinoise veut se procurer une montre qui indique à la fois l'heure de Paris et celle de Taipei. Le vendeur apprend qu'elle s'envole le lendemain pour la France.
Obsédé et séduit par sa cliente, le jeune homme va tenter par tous les moyens de se rapprocher d'elle et d'abolir la distance et le temps qui séparent Taipei de Paris. Il met les horloges de la capitale taiwanaise à l'heure française et part à la recherche d'images de la Ville-lumière. Une copie vidéo des Quatre Cents Coups (1959) lui fraiera un passage vers l'autre monde. Et tandis qu'à Taipei le petit vendeur de montres rêve de se trouver «là-bas», la jeune Chinoise erre dans le Paris des cafés, des métros et des cimetières, croisant à son insu Jean-Pierre Léaud, l'inoubliable héros du film de Truffaut.
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