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Auteur : John Le Carré
Traducteur : Isabelle Perrin | Mimi Perrin
Date de saisie : 18/12/2008
Genre : Policiers
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 21.80 € / 143.00 F
ISBN : 978-2-02-098051-7
GENCOD : 9782020980517
Sorti le : 16/10/2008
Issa, jeune musulman russe affamé, arrive clandestinement à Hambourg en pleine nuit, avec autour du cou une bourse renfermant une somme substantielle d'argent liquide et les reliques d'un passé mystérieux.
Annabel, jeune avocate idéaliste travaillant pour une association d'aide aux immigrés, se jure de sauver Issa de l'expulsion, au point de faire passer la survie de son client avant sa propre carrière. Tommy Brue, patron sexagénaire d'une banque anglaise en perdition sise à Hambourg, détient les clefs de l'héritage interlope du père d'Issa. Ces trois âmes innocentes forment un triangle amoureux désespéré, sur lequel vont fondre les espions de trois nations différentes, tous résolus à marquer des points pour leur camp dans la guerre avouée contre le terrorisme et la guerre inavouable entre leurs services respectifs.
Peuplé de personnages inoubliables, Un homme très recherché fait la part belle à un humour caustique, tout en entretenant une tension croissante jusqu'à une scène finale poignante. Cette oeuvre pleine d'une profonde humanité, ancrée dans les turbulences de notre époque où des forces en constante mutation se percutent partout dans le monde, révèle une vision d'ensemble réfléchie, sombre, impressionnante de logique et d'acuité.
John le Carré est né en 1931.
Après des études universitaires à Berne et Oxford, il enseigne à Eton, puis travaille pendant cinq ans pour le Foreign Office. Parmi ses derniers livres parus, La Constance du jardinier connu un grand succès international et a été adapté à l'écran. Un homme très recherché est son vingt et unième roman. John le Carré est commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres.
Bonne nouvelle de cette rentrée littéraire : le double retour de John Le Carré. Au vrai roman d'espionnage qu'il avait un peu délaissé ces dernières années, et à la ville de Hambourg, où il fut naguère consul britannique et où son héros, l'agent George Smiley, traîna ses guêtres en d'autres temps, ceux du rideau de fer et de la guerre froide...
John Le Carré excelle à déplacer les pions et les lignes sur cet échiquier où se déroulent les parties incertaines d'un jeu de dupes. Les méthodes héritées de la guerre froide et de l'affrontement Est-Ouest ne marchent plus dans cette lutte de l'ombre qui surfe sur l'état de l'opinion (arrestations médiatisées), manipule les informations, invente des suspects et finit par en débusquer de vrais après les avoir créés. Même les discours de modération d'un imam qui se présente sous les atours d'un artisan de paix vont se révéler à double fond. Dans la dernière partie de ce roman diabolique que frôle l'aile de l'amour, John Le Carré déploie sa maestria pour resserrer les noeuds coulants installés au fil des pages. Sa description logistique de l'assaut final est un modèle de précision et de suspense.
Coordonner les actions de divers personnages, fomenter leurs rencontres, anticiper sur leurs initiatives, leur tendre des pièges savants... Le travail du maître-espion s'apparente à celui du romancier. Dans son architecture complexe, Un homme très recherché laisse entrevoir le stratège du renseignement que Le Carré aurait pu devenir si sa couverture n'avait été brûlée. Orchestrant des manipulations simultanées, sautant d'un narrateur à l'autre, il donne au lecteur un panorama de son intrigue, puis le plonge dans ses enjeux souterrains, dans l'ombre des tables rondes secrètes entre agences alliées...
En s'écartant du roman d'espionnage, et sans doute aussi de ses obsessions, Le Carré a enrichi sa palette. Le voici capable aujourd'hui de revêtir la robe d'une avocate, les frusques d'un réfugié ou le jogging d'un boxeur turc... et de leur donner autant de substance qu'à ses agents et hommes d'affaires habituels...
Grâce à Issa, à Annabel et à Tommy, trio d'innocents perdus dans un monde de calcul, Le Carré parvient à rendre déchirant un roman qui, survenu vingt-cinq ans plus tôt sous sa plume, n'aurait été que brillant.
Depuis le 11-Septembre, le jeu des espions a changé, et si les services secrets ont décidé qu'un suspect est «wanted», tous les coups les plus inavouables sont permis pour le neutraliser. A partir du moment où une rumeur devient un fait, un mensonge une vérité et un suspect un coupable, toutes les formes les plus perverses de surveillance des citoyens ont droit de cité. John le Carré explore avec colère et pessimisme ce nouveau monde de la «guerre contre le terrorisme» qui, sur fond de mondialisation, broie les individus et fait exploser les droits civiques. «Un homme très recherché» est un roman très noir. John le Carré oppose à la paranoïa destructrice des espions post-guerre froide les armes fragiles de l'humour et de la compassion. Sans se faire beaucoup d'illusions sur l'issue du combat.
Dans ce roman qui rappelle l'univers noir d'un Joseph Conrad, John le Carré noue le destin de ces trois personnages sur fond de trafic d'êtres humains et de menace terroriste. Plus que jamais convaincu que le monde actuel fournit à la fiction ses meilleurs ressorts, John le Carré redonne ses lettres de noblesse, avec ce livre prodigieux, au roman d'espionnage.
Bonne nouvelle : le grand John Le Carré - 77 ans le 19 octobre - est de retour...
Le Carré, au-delà de la prodigieuse précision documentaire de son livre, en profite pour se livrer à une méditation sur la justice. Tout y est trouble, tout y est ambigu. Les principes ne valent que le temps de les énoncer et de les confronter aux faiblesses humaines...
Un homme très recherché est le premier grand roman de l'après-Guantanamo, une charge contre la justice américaine, "la justice droit au but", "la justice où il n'y a pas de putain d'avocats pour tout embrouiller". C'est aussi le meilleur Le Carré depuis La Taupe et Les Gens de Smiley. Les aficionados comprendront.
L'ancien agent du MI6 (le service de renseignement britannique auquel appartint Le Carré) semble toujours très informé, et le constat qu'il fait du travail de ceux qui lui ont succédé est accablant. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce sont les atteintes aux libertés publiques, le mépris des règles les plus élémentaires qu'il dénonce. Une manière, au nom de la sécurité nationale, de s'asseoir sur les droits des citoyens. Quelle justice avons-nous rendue ?, demande ainsi un membre des services allemands à l'un de ses homologues américains à la fin du roman. «La justice droit au but, mon gars. La justice couillue, voilà quelle justice ! La justice où il n'y a pas de putain d'avocats pour tout embrouiller.» A 77 ans, l'auteur de L'Espion qui venait du froid n'a décidément rien perdu. Ni de son acuité, ni de son ironie, ni de sa gourmandise.
Le talent romanesque ajouté à la richesse documentaire journalistique aboutissent à un chef-d'oeuvre...
Le Carré pose la question embarrassante : où est la frontière entre le miel de la foi religieuse d'Allah et la bombe déposée dans une corbeille à papier ? Et aussi, comment fonctionnent les bailleurs de fonds du terrorisme ? Qui les aide par des virements bancaires sophistiqués ? Comment la zakat, cet impôt religieux, selon la charia, que tout musulman doit payer pour créer des hôpitaux, des orphelinats, peut-elle devenir une machine infernale ? Enfin, il y a le merveilleux passage où tout le gratin des services de renseignement se demande quel pourcentage de terrorisme est acceptable dans la conscience d'un musulman honnête. Plus que jamais le Carré nous entraîne dans ce monde d'ombre, d'eaux troubles, de questions politiques et humaines abyssales qu'il connaît. Ce monde du renseignement redouble, inverse notre monde du jour et en fait un crépuscule vertigineux. Plus que jamais le Carré se révèle un artiste de l'anxiété, comme, jadis, le fut Graham Greene. Lucide, intelligent. Désespéré.
Hambourg est triste. On a l'impression qu'il y pleut tout le temps, qu'il fait toujours nuit. C'est une ville faite pour les déclassés, les espions, une ville où des ombres vous suivent dans la rue, où de faux chauffeurs de taxi attendent dans leur voiture à l'arrêt. Hambourg est aussi un des endroits où avait été préparé le 11 Septembre. Cela explique pourquoi tellement de gens s'intéressent à cet Issa Karpov, clandestin tchétchène, musulman convaincu, bâtard d'un militaire russe corrompu, héritier d'une somme énorme : un de ces comptes secrets baptisés «lipizzans», du nom de ces chevaux noirs qui deviennent blancs en vieillissant...
Le Carré abandonne sans cesse l'univers du renseignement pour décrire une épouse annonçant à son mari qu'elle le quitte, pour glisser un volume de Tourgueniev au détour d'un paragraphe. On croyait tomber dans un polar sur l'antiterrorisme, on plonge dans quelque chose de shakespearien, un tourbillon d'émotions contradictoires, d'espoirs floués, une tragédie en imperméable mastic.
On ne peut guère reprocher à un Turc champion de boxe poids lourd déambulant dans une rue de Hambourg au bras de sa mère de ne pas remarquer qu'il est suivi par un grand échalas en manteau noir.
Géant débraillé et jovial au large sourire naturel et à la tignasse noire attachée en catogan, Big Melik, comme le surnommaient ses voisins admiratifs, marchait d'un pas désinvolte en occupant la moitié du trottoir à lui tout seul. À vingt ans, c'était une célébrité locale, et pas seulement pour ses prouesses sur le ring : capitaine en titre des juniors de son club de sport islamique, trois fois deuxième au championnat régional d'Allemagne du Nord sur cent mètres papillon et, cerise sur le gâteau, gardien de but vedette de son équipe de football du samedi.
Comme la plupart des géants, il avait plus l'habitude d'être regardé que de regarder lui-même, autre explication au fait que le grand échalas ait réussi à le suivre trois jours et trois nuits durant sans se faire remarquer.
Les regards des deux hommes se croisèrent pour la première fois alors que Melik et sa mère Leïla sortaient de l'agence de voyages al-Umma, où ils venaient d'acheter des billets d'avion pour se rendre au mariage de la soeur de Melik dans le village familial près d'Ankara. Se sentant observé, Melik tourna la tête et se retrouva face à face avec un jeune homme de sa taille, d'une maigreur effrayante, à la barbe hirsute, aux yeux caves rougis, vêtu d'un long manteau noir assez ample pour trois magiciens.
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