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Auteur : Jean-Marc Roberts
Date de saisie : 20/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-08-120752-3
GENCOD : 9782081207523
Sorti le : 01/10/2008
Un tapis de bain n'est pas un tapis de prière... Mais quand, à l'aube de ses quinze ans, Antoine tombe sur une jeune musulmane, femme de chambre, agenouillée en prière dans une salle de bain du Carlton londonien, cette rencontre fortuite se grave dans sa mémoire.
Vingt ans plus tard, Antoine Risser est devenu médecin à Paris. Cela aurait pu être ailleurs. Tout chez Antoine aurait pu être ailleurs, déplacé, modifié, adapté : pas de convictions définitives, pas de choix passionnels, pas d'attachements éternels. Seuls ses enfants lui donnent l'illusion, tendre et éblouie, d'appartenir à quelqu'un.
Trente ans plus tard, le terrorisme frappera Londres. La rencontre du Carlton, la prière sur le tapis de bain auront pris tout leur sens.
Jean-Marc Roberts est romancier et éditeur.
Peut-on vivre sans conviction ? Devenir adulte sans modèle ? Une parabole tout en finesse signée Jean-Marc Roberts. Avec ses éternels jeans et chemise bleue, l'éditeur Jean-Marc Roberts a l'art de se simplifier la vie. Le romancier Roberts, lui, préfère opter pour le poil à gratter, creusant, depuis quelque trente ans, à travers des livres largement autobiographiques, là où ça fait mal. Cette fois-ci, l'exercice, quoique en apparence moins personnel, est tout aussi délicat. Dans La Prière, l'auteur d'Affaires étrangères entend en effet donner matière au flottement, incarner le désabusement ou encore faire verser des larmes sans ruissellement.
Si La Prière est empreinte de cette gravité prégnante, quoique sans pesanteur, qui est la couleur dominante de l'univers romanesque de Jean-Marc Roberts, l'écrivain ajoute à ce climat une nuance nouvelle : aux portes de la sphère intime dont il est familier, où il évolue de livre en livre depuis plus de trente ans, vient cette fois frapper la violence, l'égarement du monde contemporain. Un ancrage aussi ferme qu'inattendu dans notre époque, qui irrigue ce beau roman intimiste d'une interrogation anxieuse sur le destin collectif des hommes.
De cette Prière, brève, incisive, sensible et émouvante, Jean-Marc Roberts aurait pu tirer une grosse machine romanesque avec une foule de personnages, de lieux et de rebondissements sur fond de montée du terrorisme et de crise financière. Mais, voilà, pour raconter la vie d'Antoine Risser, un homme aux contours incertains, médecin médiocre, époux résigné, fataliste, face à un bonheur qui se profile, le romancier est demeuré fidèle à lui-même. A cette manière de jouer, sous une fausse légèreté, de la concision et l'ellipse, de l'effleurement pudique. Un art du dévoilement qu'il ne cesse d'affiner de livre en livre depuis plus de trente ans...
Dans cette confession d'un grand enfant faussement détaché, où en échos rapprochés se font entendre les tragédies de la fin du XXe siècle (de l'attentat de la rue des Rosiers à celui de la synagogue de la rue Copernic en passant par ceux du 11-Septembre), Jean-Marc Roberts joue de l'esquive pour mieux livrer à mots comptés, à mots coupants, à mots crus et pudiques aussi, les maux d'amour d'un homme et d'un père. D'un apatride du bonheur.
Le livre s'ouvre sur une chanson de Cat Stevens, une chanson dont le titre pourrait bien être la clé de ce récit : Father and Son. Car dans cette Prière il est beaucoup question de relations entre père et fils. Un homme, Antoine, évoque, sans s'en plaindre, la difficulté à tisser des liens avec ceux qu'il aime : les femmes, son père lointain et son fils qui ressemble davantage à un copain...
Quelques pages suffisent à Jean-Marc Roberts pour raconter les non-dits familiaux, ce père qui est un étranger pour son fils - et réciproquement -, la désagrégation des sentiments, les images de l'enfance qui reviennent frapper à la porte de l'adulte... L'auteur d'Affaires étrangères travaille son texte à l'économie : décrire le moins pour en dire le plus, c'est tout un art.
«La Prière», c'est une vie ordinaire balayée par des tragédies sans frontières. C'est aussi, ajoutée à la très belle lettre d'adieu d'une musulmane à son «petit Parisien» (p. 68), la dernière lettre d'amour d'un père à son fils. Roberts est un hypersensible qui pratique l'art de l'ellipse, de la litote. Il se cache pour écrire. Il écrit pour se cacher. C'est ce qui le rend si lisible.
Antoine parlait peu de Naima. Il devait la considérer comme une relation interdite, un sujet en tous points défendu. Voulait-il la protéger ? Espérait-il en la protégeant se protéger lui-même ? On ne l'a jamais su. L'épisode de leur rencontre, à Londres à la fin des années soixante, demeure flou et incomplet.
Avril 1969 : Antoine s'apprête à fêter l'anniversaire de ses quinze ans. Naima en a tout juste vingt. À l'instant même où l'adolescent surprend la jeune femme, agenouillée sur un tapis de bain dans la chambre du Carlton qu'il partage avec sa mère, il est troublé. Elle est émue. La jeunesse de ce visiteur inattendu, sa gêne tranchent sur l'assurance insolente des clients de l'hôtel, pour la plupart des Américains.
Naima se redresse, quitte sa position incongrue, presque indécente, et affiche un air désolé : la chambre n'est pas encore faite. Le tapis de bain qui semble maintenant égaré au milieu de la pièce n'est guère plus propre. La jeune femme n'avance ni excuses ni explication. Quelle importance. Antoine n'en a cure. Il aide Naima à replacer le morceau de tissu dans le cabinet de toilettes et lui tend la main. Elle l'accepte telle une preuve de leur récente complicité. À tort et à raison, tous les deux s'estiment vaguement coupables. Elle n'aurait pas dû se laisser surprendre. Il aurait pu éviter de remonter si tôt dans la chambre, aux heures de service des femmes de ménage. Ils échangent leurs prénoms, leur secret puis un sourire modeste. Un tapis de bain n'est pas un tapis de prière mais nous sommes à Londres, à la fin des années soixante :
«Je suis croyante», lui dit-elle tandis que lui ne croit en rien, l'observe avec gourmandise.
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