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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Roberto Bolano
Traducteur : Robert Amutio
Date de saisie : 23/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Collection : Motifs
Prix : 6.50 € / 42.64 F
ISBN : 978-2-268-06633-2
GENCOD : 9782268066332
Sorti le : 18/09/2008
«[...] eh bien, le hoquet de Vallejo, au contraire, semblait jouir d'une totale autonomie, étranger au corps de mon patient, comme si celui-ci ne souffrait pas de hoquet mais que, plutôt, le hoquet souffrait de lui.»
Paris, avril 1938. À la clinique Arago, le poète Vallejo se meurt, possédé d'un hoquet incurable. Marcelle Reynaud demande à son ami Pierre Pain, adepte de Mesmer et des sciences occultes, de venir voir le malade. Après cette visite, il est poursuivi par deux Espagnols qui essayent de le convaincre de ne pas soigner le poète. Pain est alors mêlé à une inquiétante conspiration sur laquelle plane l'ombre d'un assassinat rituel.
MONSIEUR PAIN
Paris, 1938
LE MERCREDI 6 avril, à la tombée du soir, alors que je me disposais à quitter mon appartement, je reçus un télégramme de ma jeune amie madame Reynaud sollicitant ma présence d'une manière urgente le soir même au café de Bordeaux, sis rue de Rivoli, pas trop loin de mon domicile et à une heure à laquelle, si je me pressais, je pouvais arriver ponctuellement.
Le premier symptôme de la singularité de l'histoire dans laquelle je venais de m'embarquer se manifesta tout de suite, lorsque je descendais les escaliers et croisais, à la hauteur du troisième étage, deux hommes. Ils parlaient en espagnol, une langue que je ne comprends pas, et portaient des gabardines sombres et des chapeaux à large bord qui, comme ils se trouvaient au-dessous de moi, occultaient leurs visages. À cause de l'habituelle semi-pénombre qui régnait dans les escaliers et sans doute aussi à cause de la manière silencieuse que j'ai de me déplacer, ils ne se rendirent compte de ma présence qu'au moment où nous nous trouvâmes face à face, à tout juste trois marches d'écart ; ils cessèrent alors de parler et, au lieu de s'écarter pour me permettre de poursuivre ma descente (les escaliers sont suffisamment larges pour deux personnes, pas pour trois), ils se regardèrent l'un l'autre pendant quelques instants qui me parurent figés dans quelque chose comme un simulacre d'éternité (je dois insister sur le fait que je me trouvais quelques marches au-dessus), puis posèrent, avec une lenteur extrême, leurs yeux sur moi. Des policiers, pensai-je, il n'y a qu'eux pour conserver cette manière de regarder, héritage de chasseurs et de forêts obscures ; ensuite je me souvins qu'ils parlaient en espagnol, et que donc ce ne pouvait pas être des policiers, du moins pas des policiers français. Je pensai qu'ils se préparaient à me parler, l'inévitable baragouin des étrangers égarés, mais au lieu de cela, celui qui était en face de moi se mit sur le côté, de la pire façon imaginable, contre l'épaule de son compagnon, dans une position qui certainement devait les gêner tous les deux, et je pus, après un bref salut auquel ils ne répondirent pas, continuer à descendre.
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