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Auteur : Eugène Durif
Date de saisie : 20/08/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7427-7690-0
GENCOD : 9782742776900
Sorti le : 20/08/2008
Sur la quatrième de couverture est écrit "un roman d'une profonde humanité empreint de violence et d'animalité". Oui c'est vrai. Violent, dur et parfois bestial. Mais ces passages sont nécessaires. Je le sentais bien à la lecture même si c'était parfois pénible. Certains personnages s'oublient en tant qu'êtres humains. La vie les a tellement broyés moralement qu'ils se jettent à corps perdu dans des comportements inouïs de violence contre eux-mêmes. Les deux personnages principaux, Léonard et Sammy sont des enfants sans parents par abandon ou par nécessité. Une nécessité qui a fait des ravages à la Réunion. On a fait croire à beaucoup de parents que leurs enfants seraient mieux en France. Sammy faisait partie de ceux-là. Ca l'a brisé pour la vie. Alors parfois pour supporter il raconte, il rêve, il s'envole...Léonard croisera sa vie quelques mois. Lui est blanc. A deux ils survivront mieux auprès de cette famille si dure. Mais tout cela laissera des traces. Et quelques années plus tard, Léonard voudra revoir celui dont il se sent si proche. Il se battra pour retourner à la vie. Voir en elle un espoir. Affronter le passé pour mieux vivre le présent. Construire. Ce livre est fort, difficile. Les émotions, les sensations, les sentiments, les pensées sont ici extrêmement bien dépeints. Il m'a retournée parfois mais il m'a aussi beaucoup émue. Il ne laisse vraiment pas indifférent...
Gardien de prison depuis de longues années, Léonard n'a jamais failli à sa fonction. Dans ce carcan d'humanités brisées, il a trouvé refuge et façonné l'oubli de ses jeunes années. Jusqu'au jour où l'injustice réveille en lui la compassion, une faiblesse intolérable en ces lieux qui le conduit à l'exclusion.
Assailli par les fantômes de la précarité, taraudé par l'angoisse, il convoque le passé, choisit la reconstruction et décide de partir à la recherche de Sammy, un Réunionnais de son âge avec lequel il fut placé, tout enfant, dans une ferme de la Creuse.
Habité par les souvenirs, Léonard quitte la Bretagne. Sans grande difficulté, il retrouvera la trace de ce double, ce presque frère, cet unique témoin d'une époque enfouie, présence ultime aujourd'hui espérée pour reconsidérer l'avenir. Le territoire de leur enfance n'est pas très loin mais le voyage immense.
Le temps de l'insouciance reprend ainsi sa place, une parenthèse de quelques jours, une pause non dénuée de tendresse pour qu'advienne enfin, juste avant de poursuivre, la mémoire partagée des temps perdus.
Un roman d'une profonde humanité empreint de violence et d'animalité. Un regard primordial sur la reconstruction de ceux qui, dès le plus jeune âge, n'ont plus de larmes mais un chagrin bien trop ancien pour atteindre le dehors de leur regard.
Eugène Durif est dramaturge, il a écrit de nombreuses pièces dont la dernière, intitulée La Nuit des feux, fut à l'affiche du Théâtre de la Colline en mai 2008. Son premier roman. Sale temps pour les vivants a paru, en 2001, chez Flammarion, et son recueil de nouvelles. De plus en plus de gens deviennent gauchers, en 2004, aux éditions Actes Sud.
L'émotion, l'attention à l'enfance, la révolte devant l'injustice dominent les livres d'Eugène Durif. Auteur d'une importante oeuvre théâtrale - de Tonkin-Alger (Actes Sud "Papiers", 1995) à Nuit des feux (à l'affiche du Théâtre de la Colline en mai 2008) -, il a aussi publié des poèmes, des romans et des nouvelles (De plus en plus de gens deviennent gauchers, 2004). Le projet de son dernier roman, Laisse les hommes pleurer, est né, en juillet 2006, d'une résidence à l'hôpital de Guéret, à laquelle participaient trois écrivains, dont Marie Cosnay, qui en a tiré une troublante fiction, Les Temps filiaux (éd. Atelier In8). Deux douleurs, deux voix se croisent dans ce poignant récit de Durif. Celle de Léonard, gardien de prison, brusquement submergé par la compassion. "Quelque chose de cassé (...) Le début de la dégringolade du dedans." Celle de Sammy, quasiment oublié depuis des années, et dont soudain il lui faut rechercher la trace. "Il fallait qu'une fois dans ma vie, j'aille vers quelque chose qui était à moi" : un voyage qui va rameuter les souvenirs de blessures anciennes. Que sont devenus ces deux gamins abandonnés, placés jadis dans une ferme ?
Un jour, je ne pouvais plus. Peut-être que c'était là depuis longtemps et que je ne m'en étais pas rendu compte. Enchaîné aux circonstances, aux événements, à la suite des jours, et voilà qu'on se retrouve un matin à ne plus savoir quoi faire, à ne plus pouvoir continuer. Vingt-cinq années avaient passé, la succession des jours les uns après les autres. Et un jour je ne pouvais plus. Quand ou comment ça a commencé, je ne sais pas si c'est le plus important. J'étais devenu vulnérable, moi qui avais réussi à ne pas être touché. Tout devenait possible, même le pire. Je suis sorti de la cellule de Selim, la succession des couloirs, que je connaissais si bien, à une éraflure dans le mur près, et je me suis dit, avec une détermination qui m'a étonné moi-même, que je ne reviendrais plus ici, que c'était la dernière fois. Je ne pouvais plus, ou quelque chose en moi ne pouvait plus.
Si vous êtes malade, c'est que vous ne pouvez plus supporter les faux-semblants et le mensonge et c'est plutôt sain, il faut le voir comme ça. Le psy avait l'air sûr de ce qu'il avançait. Ça lui arrive de parler. Quand je vais chez lui, je reste de longs moments à ne plus pouvoir ouvrir la bouche. Plus d'une fois, j'ai failli pleurer. Si on m'avait dit qu'un jour les larmes me viendraient aussi facilement aux yeux, je n'y aurais pas cru. Il faudrait que je note tout ce qui m'échappe, tout ce que je n'arrive pas à dire quand je suis chez le psy. Souvent, ça me vient après, très clairement, dans ma tête, je lui parle, je lui explique. Je voudrais lui crier parfois. Je pourrais peut-être lui lire, ce serait plus facile.
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