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Auteur : Frédéric Rouvillois
Date de saisie : 11/09/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Flammarion, Paris, France
Collection : Au fil de l'histoire
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-08-120542-0
GENCOD : 9782081205420
Sorti le : 03/09/2008
Février 1914 : une grande enquête est lancée pour déterminer le sujet le plus " parisien " du moment.
Alsace-Lorraine, tensions avec l'Allemagne, poudrière des Balkans ? Erreur. La réponse est : Bergson. Les élégantes qui se pressent aux cours du philosophe s'arrachent d'ailleurs la dernière robe du grand couturier Worth, joliment appelée " M. Bergson a promis de venir. " Chers snobs, que le Collège de France préoccupe davantage que la guerre qui menace. Bergsoniens à la Belle Epoque, ils ont été amateurs de loirs au miel dans l'Antiquité, bourgeois gentilhommes ou précieuses ridicules au Grand Siècle, Incroyables ou Merveilleuses sous le Directoire, fashionables sous la Restauration.
mais il leur a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour connaître la consécration, grâce au livre du romancier anglais Thackeray, Le Livre des snobs, acte de baptême du snobisme. Dûment nommés, nos snobs s'habillent à l'anglaise et courtisent les clubs chic, convoitent l'onction du titre de noblesse ou de la particule, s'émerveillent de la mise du comte d'Orsay, de Boni de Castellane, d'Oscar Wilde ou du prince de Galles.
Après la Grande Guerre, la séduction du grand monde finit par se tarir. Fleurit alors un snobisme nouveau, aujourd'hui plus vivace que jamais : il faut être dans le vent, ou mourir ! Goûter l'art cubiste puis abstrait, quand la foule en est aux impressionnistes ; s'affoler de la cuisine dite nouvelle pour, quand elle vieillit, célébrer les élucubrations chimiques de chefs inspirés. Ridicules, les snobs ? Avant de leur jeter la pierre, faites votre examen de conscience, en méditant le propos du maître en snobisme que fut Robert de Montesquiou : " il faudrait manquer d'esprit pour ne pas être snob ".
Né en 1964, professeur de droit public à l'Université Paris-V, Frédéric Rouvillois vit à Paris.
Bibliophile et collectionneur de traités de savoir-vivre, il a publié de nombreux ouvrages d'histoire des idées, notamment une Histoire de la politesse (Flammarion, 2006) qui a rencontré un grand succès en France, et est en cours de traduction dans de nombreux pays étrangers.
Au terme «snob», à l'origine incertaine et pour lequel M. Frédéric Rouvillois, dans son Histoire du snobisme, fournit plusieurs explications, s'attache un relent de fausse noblesse et de particules empruntées, de titres usurpés, de grandeurs fantaisistes. Mais le plus grand intérêt de cette étude est de montrer que le snobisme est loin d'être un phénomène inhérent à une certaine société. Il est, mieux que le bon sens, cher à Descartes, la chose du monde la plus partagée, faisant des ravages dans toutes les classes de la société, de la plus modeste à la plus haute...
Mais là où M. Rouvillois aborde un territoire encore inexploré, c'est lorsqu'il décèle du snobisme dans deux mondes où l'on ne penserait pas en trouver : le catholicisme avec notamment les jansénistes et Mme Guyon et la franc-maçonnerie. Très juste est son propos en notant que la religion a été longtemps un tremplin vers le grand monde et que le snobisme avait alors un lien étroit avec l'Église...
M. Rouvillois de conclure son étude, quasi exhaustive et toujours amusante, en citant Jules Lemaître, qui voyait dans les snobs, dont Robert de Montesquiou, son contemporain, était un modèle achevé, des instruments aveugles et souvent efficaces dans le progrès des lettres et des arts. Ils «se trompent sans doute dans les raisons qu'ils donnent de leurs préférences, écrivait-il, mais non toujours dans ces préférences mêmes» et il concluait sa défense des snobs, en proposant, sinon de les honorer, du moins de les absoudre. On sent que M. Rouvillois est bien près de partager cette opinion et son Histoire du snobisme éveillera, gageons-le, des vocations, car le snobisme est trop ancré dans la nature humaine pour être un phénomène appartenant au passé.
Le snobisme exige la différence, la division en classes, la présence des gens communs, sans qui le sentiment de supériorité ne pourrait être, et des gens du monde, sans lesquels le désir d'ascension ne saurait naître. Plus qu'un trait individuel, le snobisme serait donc une culture, qui s'est manifestée à diverses époques selon des modalités différentes et à travers lesquelles il est possible de radiographier une société, ses valeurs, ses aspirations, ses règles, ses fantasmes - comme l'atteste l'Histoire du snobisme de Frédéric Rouvillois...
Histoire futile que celle des snobs ? Si le ridicule tuait, il y en aurait moins, certes. Mais leur fonction, souvent parasitaire, n'est pas tout à fait inutile. «A se précipiter sans réfléchir sur toutes les avant-gardes, à s'enthousiasmer pour toutes les innovations», les snobs peuvent parfois, involontairement, opter pour ce qui, plus tard, aura vraiment de la valeur, «dans le mouvement des arts et des idées».
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