Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdesbibliothecaires.com, qui vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des bibliothécaires. Vous y entendrez les écrivains raconter leurs livres, et les éditeurs présenter leurs productions aux bibliothécaires. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Nous proposons également un podcast.
France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Benoît Duteurtre
Date de saisie : 04/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-07-077617-7
GENCOD : 9782070776177
Sorti le : 25/08/2008
«Le 29 septembre 1990, une vingtaine de descendants de René Coty se retrouvèrent à l'Elysée. Chez les petites-filles du Président, d'ordinaire si ardentes à rompre avec le passé, l'opportunité sembla éveiller un brin d'amusement. Les années glorieuses s'éloignaient suffisamment pour prendre un arrière-goût folklorique. Tout le monde avait oublié le nom de Coty - sauf pour le confondre avec celui d'un parfumeur. L'époque présidentielle ne représentait plus une menace avec ses privilèges. Rien ne pouvait désormais entraver le triomphe de cette vie normale vers laquelle ma famille inclinait depuis trente ans.»
Avec ce roman familial, Benoît Duteurtre déploie son art d'humoriste social sur un mode plus intime. À l'ombre des falaises d'Etretat, il observe les transformations de la bourgeoisie en vacances, le catholicisme revisité par mai 68 et sa propre évolution de jeune homme moderne à la découverte de la nostalgie.
Prix Médicis pour Le voyage en France, Benoît Duteurtre est notamment l'auteur de Tout doit disparaître, Gaieté parisienne. Service clientèle. La petite fille et la cigarette.
C'était avant Mai 68. Avant que la société de consommation, l'industrie des loisirs, le culte de la franchise et du naturel et quelques autres diableries ne viennent bouleverser l'ordre ancien. Arc-boutée sur son style de vie, la bourgeoisie résistait. Après, tout changerait et les sociologues n'en finiraient plus d'analyser cette grande mutation, ses causes et ses effets. Benoît Duteurtre (prix Médicis pour «Le voyage en France»), dont on connaît l'humour et l'immense culture musicale, a choisi, lui, pour la décrire, la position du chroniqueur tendre et amusé.
Au prétexte d'évoquer ses souvenirs d'enfance, avec l'humour irrésistiblement courtois d'un archéologue du folklore social, Benoît Duteurtre commet une évocation totale du mythe étretatais, colorisé dans les tons de l'époque, celle des affolantes cousines et des tantes magistrales, dans le sillage de Germaine Coty, femme simple et bien en chair que les chansonniers appelaient «Madame sans gaine». On y salue aussi, dans l'intemporelle éternité du lieu, les fantômes de Maurice Leblanc et d'Arsène Lupin, dont les explorations ont attesté l'Aiguille creuse comme cachette officielle du trésor des rois de France, mais aussi de Maupassant, qu'on appelle plutôt Guy là- bas, vu qu'il s'était fait construire la Guillette, une bâtisse de couleurs vives défendue par des dragons en céramique. Maupassant affirmait qu'Etretat est «un terrain mixte où l'artiste et le bourgeois, ennemis séculaires, s'unissent contre l'invasion».
A partir de sa généalogie, Duteurtre essaie surtout de décrypter les mutations sociologiques d'une époque et d'une classe privilégiée secouées par Mai 68. S'il se montre mélancolique à la manière d'un Proust évoquant Balbec, l'auteur du Voyage en France (prix Médicis 2001) cherche à travers ses réminiscences à rendre hommage à une région, à montrer l'éveil d'un garçon à la littérature, et à mettre en lumière la vulgarité contemporaine...
René Coty, l'arrière-grand-père de Benoît Duteurtre, fut président de la République...
Aujourd'hui, les chefs d'Etat fréquentent des palaces dont les notes font sauter l'émail des dents et partent en vacances avec des amis dont les yachts sont vastes comme des car-ferries. René Coty et sa femme Germaine, eux, l'été, gagnaient leur propriété d'Etretat. C'est dans cette petite ville que Duteurtre continue de louer une chambre pour ses vacances. Et c'est là qu'il tend l'oreille à ses propres nostalgies, en même temps qu'il ouvre l'oeil sur les transformations de notre vieille nation et, surtout, de sa fidèle bourgeoisie...
Qu'à présent tant de moyens passent aux fêtes et si peu aux pauvres aurait sidéré ces bons paroissiens qui allaient au jardin, au théâtre, au musée et à la messe. Duteurtre se le rappelle et se demande comment on a pu tant maudire cette chère classe sociale...
On le sent allergique à tous ces nouveaux riches qui vivent à l'abri de caméras de surveillance et de codes numériques comme s'ils prenaient Saint-Trop pour la zone verte de Bagdad. Alors, il se rappelle son enfance. A l'époque, elle lui pesait. Aujourd'hui, elle le console et nous enchante.
Par Benoît Duteurtre, une évocation touchante de son arrière-grand-père, René Coty. On donnerait beaucoup de lourdes analyses sociologiques et politiques de nos années 1960 pour ce beau petit livre-là...
Sur les falaises, la baie, la mer, les mouettes, la promenade, les maisons, le fond de l'air, la lumière, il y a des pages tout simplement belles. Ce n'est pas rien que de nous donner, sans paraître y toucher, un morceau d'histoire contemporaine et, surtout, ce n'est pas rien que de savoir écrire.
Il y a, dans les livres de Benoît Duteurtre, une drôlerie et un charme qui n'appartiennent qu'à lui...
Le tableau que nous dresse Benoît Duteurtre de cette époque révolue, dont il ne cache pas la nostalgie, jette en effet sur la nôtre un éclairage qui en souligne la dérision et l'aléatoire. Les souvenirs les plus beaux finissent par la trahison de ceux qui les détiennent : la cousine Laurence, après avoir affublé La Ramée, magnifique villa héritée du président Coty, de fenêtres en PVC, décide de la vendre à la mort de son mari. Nul de la famille ne fait un geste pour la conserver. C'est toujours ainsi que finissent les grandes familles.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia