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Auteur : Yosuah Kossi Efoui
Date de saisie : 21/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-02-097193-5
GENCOD : 9782020971935
Sorti le : 21/08/2008
«Quiconque ne pouvait chanter sa généalogie jusqu'à l'octave juste, jusqu'au Totem, était appelé l'Anomalie : quelqu'un dont l'apparence humaine allait compter pour contrefaçon. " La panique pour l'instant n'a gagné que les mots", écrivait Mozaya, le ton toujours aussi buté que s'il avait parlé de ces pluies calamiteuses qui s'annoncent par de grands vents, mais qui ne s'abattent pas, que les hommes se préparent à fuir, avant de s'apercevoir que le ciel s'est à nouveau éclairci sans raison. Et je sais que la fanfaronnade est la pudeur des grands blessés.»
Le narrateur revient dans son pays après dix ans de massacres. Ce faisant, il cherche à comprendre comment son ami Mozaya est mort, et à retrouver un certain Asafo Johnson avec lequel il avait fondé une troupe de théâtre en ses années d'étudiant. La vie renaît, hantée par de vieilles et mortelles litanies, ces phrases-talismans qui se recourbent sur elles-mêmes comme la queue du scorpion.
Kossi Efoui, né au Togo, se consacre en partie au théâtre. Ses pièces sont jouées sur les scènes européennes et africaines. Il a publié deux romans, La Polka (1998) et La Fabrique de cérémonies (2001).
Ce qui fait lame de fond, c'est une quête poétique, une quête magique du mot.» Dans Solo d'un revenant, le narrateur a quitté son pays, en pleine débâcle, il y a dix ans. Il y fait retour aujourd'hui dans le but de retrouver deux amis d'adolescence, Mozaya et Asafo Johnson, avec qui il fonda le théâtre, ironiquement baptisé des Pièces à conviction. Au tout début du récit, ce nouvel Ulysse est bloqué à un check-point, à la frontière entre le nord et le sud de la ville de Gloria. Cet espace géopolitique palpable devient le décor unique du livre en tant que figure concrète de l'entre-deux...
On trouve, dans Solo d'un revenant, de nombreux passages extrêmement rythmés, des rémanences du blues, des onomatopées, des émanations de chants où «l'on n'entend pas toutes les voix en même temps dans la même histoire». Le héros est lui-même habité par plusieurs voix puisqu'il dit tantôt «je», tantôt «le revenant». Sur la ligne de démarcation, il est le seul passeur. N'est-ce pas par excellence le rôle de l'écrivain ?
On peut les voir maintenant. On peut les voir marcher à travers les trouées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache. Par petites échappées. On peut les voir arriver jusqu'à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre. Entre un panneau marqué checkpoint et un autre panneau marqué checkpoint, on entend le crachin des mégaphones.
-Laissez passer quelques jours/Laissez passer quelques jours/Il faut laisser passer quelques jours.
Il faut imaginer les regards mal fagotés par un affolement contenu. Une résignation aux aguets trempée depuis longtemps dans les épreuves de marche qui ont mené la plupart jusqu'ici. Pour la première fois depuis dix ans.
Il faut imaginer la ligne de démarcation, la Zone neutre, les points de contrôle, la foule vivante sortie de longues forêts, des files d'hommes pourrissant sur pied, parlant une langue qui coule mollement comme lave, morve, salive et sueur, une langue dans laquelle on finira par comprendre que l'odeur des forêts n'est plus celle des arbres.
On finit par apprendre qu'une odeur montant depuis quelque source bubonique de la terre (dont la couleur a tourné peu à peu à la peau bouillie) avait avalé celle de la feuille verte, de l'herbe séchée et de l'humus. Une odeur qui n'est d'aucune bête, qu'ils ne savent nommer qu'en crachant.
- Cette odeur.
Il faut imaginer l'agrégat vaguement sage d'hommes et de bêtes traquant avec avidité quelque chose encore dans le regard des soldats : les Forces de l'Internationale Neutre en stationnement dans la zone. Les Forces de la Protection, comme on aurait dit de la Providence, veillant sur la ligne de démarcation qui a scindé la ville de Gloria Grande pendant dix ans.
Dix ans mécaniquement. Aussi mécaniquement qu'on a assemblé ces briques de murs, aussi mécaniquement qu'on a tissé les cercles concentriques des hauts barbelés entre Nord Gloria et Sud Gloria.
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