«- Tu sais, si cela n'avait tenu qu'à ton père... Dès qu'il a su que j'étais enceinte, il a voulu que j'avorte. Je ne dirais pas que ta présence tient du miracle, mais elle tient certainement de ma force de persuasion. Dis-moi merci.
- Merci maman.»
De faute originelle, une enfant devient tache indélébile puis objet de chantage. Ballottée entre des parents qui se déchirent, la petite fille se fait lisse, décorative, presque absente. Pour tenter d'arracher quelques miettes d'amour, elle va absorber la rage des adultes et se laisser enfermer dans une relation mère/fille insurmontable.
Un récit singulier nourri d'expériences plurielles qui parle à toutes les femmes.
Anne Saint Dreux vit et travaille à Paris. Les îles du Salut est son premier roman.
Les courts extraits de livres : 24/07/2008
Dans son visage, il y a une tache rouge, une béance intrigante en bordure de laquelle sont plantés de petits cailloux blancs. Tu veux toucher. Ton index, si neuf qu'il en est encore étonné, pointe la caverne qui l'attire. Tu étrennes ton épiderme dans le moelleux, l'humide, le chaud. Sa bouche s'est refermée sur tes doigts qui s'agitent à l'intérieur. Tu voudrais enfoncer ta main dans la cavité, puis le bras, retrouver cette moiteur dans laquelle tu te sentais chez toi, cet obsessionnel foetus dont l'odeur tapisse encore ta mémoire.
À l'époque tu apprenais les limites de ton corps en te frottant contre de douces membranes. Au rythme du coeur maternel, tu tournais sur toi-même comme une planète sur son axe. Issue du reptilien, tu faisais, dans le bain amniotique, le parcours de l'humanité pour aboutir au point de départ de ton existence. Maintenant tu disposes d'une vie pour réapprendre ce que tu savais déjà.
Diffuse impression : l'air est étranger et il est partout. Ton enveloppe a changé d'enveloppe. Le monde et son foisonnement te dérangent. Tu aurais préféré rester seule. Seule avec elle. Non, seule en elle. Retourner dans la case départ sans avoir l'obligation de commencer la partie parce que ton tour est venu.
Epuisée, tu fermes les yeux. Confrontée à la mécanique nouvelle de ces paupières qui se baissent, tu retournes en toi-même pour te remémorer vos humeurs partagées et tu t'endors.