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Auteur : Nina Bouraoui
Date de saisie : 27/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-234-06077-7
GENCOD : 9782234060777
Sorti le : 03/09/2008
Appelez-moi par mon prénom
«Il fallait baisser nos armes et embrasser la terre qui nous portait. Je pensais que le monde m'avait encore ouvert une petite porte sur la liberté. Je n'avais pas de la chance, j'avais ma chance. Je comparais l'existence à une lave chaude et dorée, coulant sous nos peaux, nous rendant sacrés. Je n'avais plus peur de perdre mon amour. Il me semblait posséder déjà un passé qui formait un rempart face au danger. Nous n'étions pas uniquement en vie, nous étions à l'intérieur de la vie, dans ce qu'elle avait de plus beau et de plus incertain, de plus fragile et de plus puissant.»
Nina Bouraoui est née en 1967 à Rennes. Elle est notamment l'auteur de La voyeuse interdite, prix du Livre Inter 1991, Le jour du séisme, Garçon manqué, La vie heureuse, Poupée Bella, Avant les hommes et Mes mauvaises pensées couronné du prix Renaudot en 2005. Ses livres^ont traduits dans une quinzaine de langues.
C'est l'histoire d'une femme débordée par ce que, trop souvent, les femmes entendent contrôler : les Sentiments. Nina Bouraoui ouvre les vannes. Le résultat est un roman follement émouvant, écrit au plus près de cette mélancolie qui jette si souvent le passé sur le devant d'une scène où il n'a pourtant aucun rôle. L'oubli et la fixation sont les deux grands thèmes de la littérature amoureuse. Nina Bouraoui signe ici une superbe variation sur ces deux tyrans que jamais nous ne parviendrons à cesser d'adorer.
L'amour sied bien à Nina Bouraoui. Pour preuve son onzième livre, Appelez-moi par mon prénom, l'un de ses plus beaux depuis Mes mauvaises pensées (prix Renaudot, Stock, 2005), qu'elle a composé dans les pleins et les déliés d'une écriture classique, tenue, fluide, précise, teintée d'une douce nostalgie : celle du moment fugace et intense qui marque le début d'une passion...
D'un envahissement l'autre, ainsi Nina Bouraoui dépeint-elle avec une extrême minutie le surgissement de l'amour, dans ses moindres élans, ses moindres pulsions, ses hésitations, ses interrogations. Ciselé dans une langue pleine de grâce et de douceur, dans une langue classique qui vient recouvrir d'une patine nouvelle celle lyrique, nerveuse, syncopée qui fut jusqu'alors sa marque, ce roman courtois sait, dans la lumière mélancolique d'une jeunesse qui s'achève, s'offrir aussi comme une méditation profonde sur l'âge, l'art, l'écriture la création et la vie.
Pendant cinq mois, je me suis rendue plusieurs fois par jour sur le site de P., Iron and Gold - du nom des soirées qu'il organisait à Lausanne, sa ville -, cherchant sur ses photographies, dans les messages de son forum et les chroniques qu'il écrivait quelque chose de sa vie qui aurait révélé une partie encore inconnue de la mienne. J'occupais son existence, cachée, invisible, ce qui me donnait un sentiment de force (je me sentais protégée par le silence de mes actes), un sentiment de honte (j'avais peur d'être trahie par l'empreinte de mon ordinateur). Plus j'utilisais les éléments de son histoire, plus je craignais de m'éloigner de la vraie vie. Je nageais dans l'illusion d'une image que j'avais construite à partir d'images recueillies, images fausses ou falsifiées par mes rêveries.
Le soir de notre rencontre, dans une librairie de Lausanne, P. m'avait donné un disque DV sur lequel était gravé le petit film qu'il avait réalisé pour l'ECAL pendant ses études d'arts plastiques, inspiré de cinq passages de mon Journal, qu'il avait intitulé je cherche un monde qui parlerait de moi, phrase extraite du même Journal, que je ne reconnaissais pas, ainsi qu'un disque audio qui portait un titre étrange et poétique - On the Reef -, dont j'imaginais plus tard les chansons puisqu'une erreur de saisie l'avait rendu illisible. P. m'avait également donné une lettre que je n'ouvrais qu'une fois rendue dans ma chambre d'hôtel. En découvrant son écriture j'avais pensé découvrir la part de son histoire qui le reliait à moi. Je la relisais plusieurs fois, y cherchant un double sens. Il me connaissait depuis novembre 2000. Mes livres l'avaient aidé à traverser des jours de peine. Il voulait m'en remercier. Il avait joint à sa lettre l'adresse de son site. Je pris son geste pour une invitation. De retour à Paris, mes heures à le regarder furent sans limites. P. devint une forme d'obsession, composée de mon désir et du désir des autres ou de ce que je pouvais imaginer du désir des autres, à partir de sa beauté et de ce qu'elle devait engendrer : le succès ou le rejet.
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