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.. Les Armées

Couverture du livre Les Armées

Auteur : Evelio Rosero

Traducteur : François Gaudry

Date de saisie : 12/11/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispano-américaine

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-86424-659-6

GENCOD : 9782864246596

Sorti le : 28/08/2008

Formidable surprise ! Evelio Rosero, avec ce roman (1ère traduction en français de cet auteur) nous plonge dans la Colombie des armées (titre sobre pour un roman qui ne l'est pas...), celle des guérilleros, celle des militaires, celle de la guerre civile... et au beau milieu : des villages tiraillés. Comme ici, celui d'Ismael.
Qu'est-ce qui fait la force de ce livre, précisément ? Le côté très humain des personnages et notamment du narrateur Ismael. Ce dernier pourrait être tout à ce conflit, focaliser sa haine, son énergie, celle qui lui reste afin de se battre. Non, Ismael est d'abord un homme de 70 ans, que son âge déprime, et qui ne manquera jamais l'occasion d'aller grimper sur son échelle pour cueillir des oranges... et accessoirement mater allègrement sa jolie voisine qui bronze totalement nue. Sous le regard compatissant du mari... et énervé de sa femme à lui.
Premier chapitre vaudeville ? Suprêmement érotique surtout ! Mais alors où va-t-on ? En enfer. Car tout va dérailler. La réalité va se faire une joie de tout casser, les espoirs, les jolies femmes, avec une vigueur que l'on pourra juger hors normes (le roman fait moins de 150 pages !)... mais qui ne doit finalement être que l'absurde quotidien de cette partie du monde où les êtres humains qui ne demandent qu'à admirer leur jolie voisine vont se retrouver en plein milieu de la bêtise et la haine des guérillas et des militaires.
Ismael va alors chercher sa femme disparue. Otage ? "Mais non lui dit-on, je viens juste de la croiser ! Elle te cherche aussi". Course poursuite contre l'absurde et l'horreur. Bravo. Vivement d'autres titres de cet auteur.


  • Les présentations des éditeurs : 08/07/2008

La vie pourrait sembler idyllique à San José, petite bourgade colombienne, où Ismael, un vieil instituteur à la retraite, coule des jours paisibles avec sa femme Otilia. A la grande honte de celle-ci, il passe ses journées à cueillir des oranges et à épier sa belle voisine qui se prélasse nue au soleil. Mais lorsque des bandes armées que rien ne distingue - paramilitaires, guérilleros, narcotrafiquants - font irruption, tout se déglingue. Des habitants sont sauvagement assassinés, d'autres enlevés, des rançons sont réclamées par les ravisseurs, la peur règne sur les esprits. Ismael commence à perdre la mémoire et la raison, il ne retrouve plus le chemin de la maison, ne reconnaît plus les visages, il s'égare dans ses souvenirs et dans les rues du village à la recherche de sa femme qui a disparu. Les habitants s'enfuient, mais il décide de rester au milieu des ruines pour attendre le retour d'Otilia, sa seule et dernière boussole. Vieillard titubant, pathétique, bredouillant, mais révolté jusque dans son propre délire, Ismael est le narrateur de ce chaos sanglant où le village de San José apparaît comme un concentré chauffé à blanc d'une Colombie ravagée par la violence et les prises d'otages.

"Les Armées est l'un des romans latino-américains les plus importants de ces dernières années."
Rafaël Lemus, Courrier international

Evelio Rosero est né en 1958 à Bogota, où il vit. Auteur de nombreux romans, il a reçu le Prix national de littérature et pour ce dernier roman le Prix Tusquets 2006.



  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 11 novembre 2010

Tout est vu par la sensualité et la folie du vieillard Ismaël. Ce pourrait être un vieux dégueulasse. On y voit, comme l'écrivain, «un amant de la beauté» à l'heure où celle-ci est saccagée. La maison de famille du Nariño avait deux patios, une terrasse, des animaux, de nombreux perroquets. Dans le roman on les retrouve morts, flottant dans une piscine. Le talent de Rosero est d'avoir fait vivre la guerre civile dans son palais d'enfance...
On sent chez Rosero la tristesse et la rigueur de Vallejo, pour ainsi dire sa pluie, que sèche une phrase tantôt brillante, tantôt mate, tombée indifféremment d'un oranger ou d'un fusil.


  • Les courts extraits de livres : 08/07/2008

C'était comme ça : chez le Brésilien les perroquets riaient tout le temps, je les entendais du mur de mon verger, grimpé sur l'échelle où je cueillais des oranges que je jetais dans un grand panier de palme. De temps à autre je sentais dans mon dos les trois chats qui m'observaient, perchés dans les amandiers. Que me disaient-ils ? Rien, je ne les compre­nais pas. Un peu plus loin, ma femme donnait à manger aux poissons du bassin, nous vieillissions ainsi, elle et moi, les poissons et les chats, mais ma femme et les poissons, que me disaient-ils ? Rien, je ne les comprenais pas.
Le soleil commençait à briller.
La femme du Brésilien, la svelte Geraldina, cherchait la chaleur sur sa terrasse, complètement nue, allongée à plat ventre sur un couvre-lit rouge à fleurs. Près d'elle, à l'ombre rafraîchissante d'un kapokier, les mains énormes du Brési­lien effleuraient sagement sa guitare et sa voix se mêlait, placide et insistante, au doux gloussement des perroquets. Ainsi s'écoulaient les heures sur cette terrasse, au soleil et en musique.
Dans la cuisine, la belle petite cuisinière - on l'appelait la Gracielita - faisait la vaisselle, juchée sur un escabeau jaune. Je la voyais par la fenêtre sans vitre de la cuisine donnant sur le jardin. A son insu elle roulait des hanches en lavant les plats; sous sa courte robe d'un blanc éclatant, chaque partie de son corps se dandinait au rythme frénétique et consciencieux de la besogne : assiettes et tasses étincelaient entre ses mains brunes, de temps en temps surgissait un couteau à dents, brillant et joyeux, mais comme ensanglanté.


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