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Auteur : Damien Malinas
Préface : Jean-Louis Fabiani
Date de saisie : 04/07/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : PUG, Saint-Martin-d'Hères, Isère
Collection : Art, culture, publics
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7061-1457-1
GENCOD : 9782706114571
Sorti le : 19/06/2008
Portrait des festivaliers d'Avignon
Transmettre une fois ? Pour toujours ?
Ce sont majoritairement des femmes, mais ce sont aussi des hommes. On les dit vieillissant, on veut les renouveler : ils sont fidèles et assidus tout au long de leur vie. Ils sont avocat, étudiant à l'université, au conservatoire d'art dramatique, en cinéma, technicien du spectacle en formation, lycéen, comédien, secrétaire administratif, retraité de l'Éducation nationale, professeur des écoles, universitaire, responsable culturel, retraité commercial, gérant d'une SARL dans l'événementiel, chirurgien-dentiste, Parisiens ou non, souvent Avignonnais, parfois Anglais ou encore vivant au Québec.
Durant plusieurs mois de juillet, ils ont été les festivaliers d'Avignon - spectateur, professionnel, touriste - que nous avons écoutés vivre, se souvenir raconter leur première fois au Festival d'Avignon, mais laquelle ? Car si nos expériences culturelles nous permettent de nous raconter, au-delà de ce terrain très particulier, cet ouvrage montre en quoi une première fois doit correspondre à une expérience esthétique. C'est seulement à cette condition que ces pratiques se prolongent et peuvent se transmettre.
Damien Malinas est maître de conférences à l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse. Il est responsable du master Publics de la culture et communication-Festivals, cinémas, événements, télévisions. Il est chargé de mission culture de cet établissement depuis 2007. La majeure partie de ses recherches porte sur les publics des grands festivals.
Extrait de l'introduction :
Ce livre est né d'une déception. Engagé dans la sociologie de l'art et de la culture depuis plus de trente ans, j'ai compris très rapidement que l'objet de recherche le plus énigmatique et le plus intéressant était situé du côté de la réception. Depuis les années soixante-dix, la culture est passée du statut d'objet périphérique à celui de préoccupation centrale pour les sciences sociales. Si l'on a aujourd'hui les moyens de procéder à des analyses très convaincantes des mondes de production des oeuvres, la question, bien plus complexe, de leurs appropriations successives par des publics hétérogènes a laissé de côté la question essentielle de la nature de l'expérience esthétique. Comment parler d'un public si l'on se limite aux constats que nous offrent les enquêtes statistiques sur les consommations culturelles ? Est-ce que la fréquence et l'intensité des pratiques constituent des indicateurs univoques de la relation à la culture ? Comment les transformations de tous les arts au cours du siècle passé, qui ont anéanti les critères académiques du jugement de goût et leur indexation à une idée de la beauté affectent-elles le discours de l'esthétique ? Comment le sociologue doit-il intégrer, ou expulser la question du jugement esthétique de sa propre stratégie de recherche ?
Sans renier mon attachement aux enquêtes quantitatives auxquelles je continue de participer avec détermination, parce qu'elles constituent l'assise irremplaçable de nos constats sociologiques, en particulier l'indispensable Enquête nationale sur les pratiques culturelles des Français menée régulièrement par le ministère de la Culture, j'ai depuis une quinzaine d'années multiplié les détours ethnographiques pour tenter de saisir ce que l'outil quantitatif et macrologique laissait de côté. En menant une longue enquête sur la relation que les détenus des prisons françaises entretenaient avec la lecture, je me suis tourné vers l'enquête qualitative, sans doute par défaut puisqu'il était impossible de construire une démarche quantitative dans le contexte très particulier de la détention. Est-ce à dire, pour faire une sociologie de la réception, qu'il faut abandonner le projet de quantifier l'observation de la pratique au profit d'approches dites «qualitatives» basées uniquement sur la transcription de fastidieux récits de vie ? Le choix d'entretiens semi directifs a été imposé par les circonstances de l'observation en milieu carcéral, et ne constitue en aucune manière une prise de position méthodologique. La technique de l'entretien, n'en déplaît aux zélateurs naïfs de la richesse infinie du qualitatif, suscite également de redoutables problèmes. Outre les difficultés qui se retrouvent au même titre que dans l'enquête par questionnaire (travail sélectif de la mémoire, qui révèle ici au plus haut degré la prégnance des «cadres sociaux» qui l'organisent, stratégies de présentation de soi en fonction de la légitimité différentielle attachée aux formes de l'écrit), le danger est de noyer l'objet «lecture» dans le flot indifférencié du récit de vie et de consigner à grands frais des informations qui enfoncent allègrement des portes ouvertes ou qui confortent les stéréotypes sociaux : c'est le plus souvent à l'aide d'images convenues, dont on ne peut jamais savoir jusqu'où elles engagent véritablement le lecteur, que celui-ci évoque sa pratique (la lecture permet d'oublier la prison, on lit pour passer le temps, etc.). Le risque est grand, lorsqu'on parle de l'art et de la culture en général, de susciter la prolifération d'abstractions de circonstance ou de topos qui donnent le change en mobilisant les catégories implicites de la définition légitime des oeuvres. Le recours au qualitatif ne permet pas toujours de saisir à l'état vif une expérience esthétique.
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