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Une fille du feu

Couverture du livre Une fille du feu

Auteur : Emmanuelle Bayamack-Tam

Date de saisie : 21/11/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Fiction

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-84682-272-5

GENCOD : 9782846822725

Sorti le : 25/08/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Charonne, vingt ans, Charonne la magnifique aux formes sensationnelles et aux origines indéchiffrables cherche à alerter l'opinion mondiale sur un certain nombre de faits méconnus. Premièrement : les grosses sont toujours un peu des héroïnes. Deuxiè­mement : la vraie beauté suscite l'indifférence. Troisièmement : le port du voile n'est pas la meilleure façon de se faire des amis. Quatrièmement : les vrais pratiquants de l'amour libre ne se rencontrent pas tous les jours.



  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 20 novembre 2008

Elle a vingt ans, elle est grosse, belle d'une «beauté invisible», invisible pour l'instant. Plus tard, on verra qu'il en ira tout autrement. En attendant, elle est très occupée à être une fille du feu, autrement dit à mettre toute son énergie à vivre, dans toute la plénitude de sa chair, et à combattre par la parole et par l'action «la féminité et la juvénilité de pacotille», l'obsession de la minceur, et sans même parler de l'anorexie. C'est qu'«on n'est jamais grosse sans être un peu une héroïne». Sa mission, remettre sur le droit chemin de l'art de vivre au moins seize femmes par mois. Emmener une «greluche siphonnée» dans un restaurant, première étape d'une rééducation qui peut transformer une martyre de la sveltesse en épicurienne rondelette...
Face à l'humanité muée en «opinion mondiale», Charonne s'expose, se raconte, se justifie. Elle plaide et convainc en un discours à l'énergie communicative. Peut-être faut-il y chercher le feu dont elle est la fille. Engendrée par son propre discours, fille de sa parole, on comprend pourquoi les péripéties n'obéissent à d'autre logique que celle de ce verbe incarné qui repousse les contraintes étriquées du constat, et créent leur propre espace. On lit avec passion ce récit drôle et visionnaire, délivré avec une puissance étonnante, une confiance dans les pouvoirs de la parole qui soutient un optimisme vigoureux. Rendons grâce à Emmanuelle Bayamack-Tam : on sort de son sixième roman épuisé et souriant. L'expérience est assez rare pour être signalée.


  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 7 novembre 2008

En découvrant Charonne, l'héroïne d'Emmanuelle Bayamack-Tam, certains diront sans doute : "Elle a du chien !". Ce qu'elle prendrait sûrement pour un compliment, tant elle s'identifie souvent à Laïka, la première chienne envoyée dans l'espace et héroïne trop méconnue... Du chien, du cran, du mordant, et une énergie folle. Comme celle qui transporte le lecteur d'un bout à l'autre de ce roman détonant, déroutant, dérangeant, extravagant. Cette satire sociale endiablée, qui tord le cou aux idées reçues, aux préjugés et piétine hardiment la morale.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 4 septembre 2008

Dans les livres d'Emmanuelle Bayamack-Tam, le corps est toujours à sa place : il bouge, il souffre, il est travaillé, il se transforme, il change de sexe et de formes, franchissant les limites et ruant dans les brancards. La morale n'y fait jamais de vieux os. Ce qui débloque, c'est la conscience. On la soumet, la pauvre. Elle avance en bavant ses préjugés sous la coquille jusqu'à la feuille de laitue. L'imagination de l'auteur piétine la salade et le reste. Le corps vit ses métamorphoses, ses malaises, et le lecteur le suit en riant, plein de joie, sur un chemin pavé de tout sauf de bonnes intentions, puisque ce sont les seules qui ne bougent pas. Le «fait méconnu numéro deux», selon Charonne, est que «le passage à l'air libre ne garantit pas la respiration». La lecture de cette sotie au ton tenu de bout en bout, si : elle chasse au gant de crin les particules morales qui, telles des poussières de charbon, asphyxient chaque jour un peu plus le citoyen-mineur. Son exergue vient d'une lettre de Nerval à Alexandre Dumas, qui figure en préface des Filles du feu. Le premier ayant été interné, le second l'écrivit dans la presse, avec toute la ferveur de l'amitié et l'indélicatesse de l'impatience. Quand Nerval sortit d'asile, il lut comment son ami l'enterrait dans sa folie et en profita pour faire l'éloge de celle-ci : «Entouré de monstres contre lesquels je luttais obscurément, j'ai saisi le fil d'Ariane, et dès lors toutes mes visions sont devenues célestes.» Les chimères d'Emmanuelle Bayamack-Tam la portent vers ce qu'il est convenu d'appeler des monstres, et qu'il serait convenable, c'est-à-dire inconvenant, d'appeler tout simplement, et librement, des hommes.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Chère opinion mondiale, je voudrais t'informer du fait méconnu numéro un : on n'est jamais grosse sans être un peu une héroïne. C'est une vérité que va apprendre à ses dépens la femme qui se dirige vers moi, visant le tabouret en face du mien avec un air d'égarement buté, et mettant à s'y diriger plus de détermination et plus d'énergie que nécessaire, comme s'il s'agissait d'un objectif difficile à rallier. J'identifie tout de suite une ennemie, une forgeronne privée de machette mais bourrée de passion explosive et d'intention de nuire, ce qui ne m'empêche pas de décroiser les jambes, histoire que lui parvienne le meilleur de moi-même, mon odeur en surchauffe, chargée d'informations personnelles et dérangeantes. S'il s'agit d'engager la conversation, j'aime autant la communication non verbale. Elle plante un coude sur le comptoir et laisse passer une rafale de tics avant de se recomposer la mine contrariée qu'elle croit être de mise. Elle a atteint l'âge où je les préfère, cette cinquantaine bien tapée qui leur monte au cerveau par petites bouffées délirantes. Elle s'est habillée sans considération pour la mode ni pour la saison, bien trop chaudement et dans des associations de couleurs laborieuses. Elle pourrait m'attendrir par son obstination à maintenir une féminité et une juvénilité de pacotille, mais pas question de baisser ma garde car à moins que je ne me trompe de beaucoup, j'ai affaire à une guérillera endurcie et non à une innocente consommatrice.
- Tu es kabyle ?


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