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Auteur : Hugues Royer
Date de saisie : 22/05/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Michalon, Paris, France
Collection : Essai
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84186-453-9
GENCOD : 9782841864539
Sorti le : 22/05/2008
Ils sont beaux, riches et surtout célèbres. Ils forment une communauté qui s'est érigée en modèle pour l'Occident. Ce sont les people. Depuis la fin des idéologies, ces véritables dieux de la modernité incarnent le rêve individualiste ultime. Ils ne sont pas toujours acteurs ou rock stars ; parfois ce sont des hommes politiques ; parfois encore, ils ne font rien, mais cela suffit pour qu'on parle d'eux. Aujourd'hui, tout spectateur aspire à devenir acteur du spectacle, à se faire sa place dans la société des people. Pour le meilleur et pour le pire...
Écrit par un spécialiste de la presse people et émaillé de multiples anecdotes sur ces «stars» qui font la Une des tabloïds, La société des people - De Paris Hilton à Nicolas Sarkozy propose une réflexion décapante sur une réalité à laquelle personne ne peut échapper. Après avoir lu ce livre, vous ne regarderez plus la célébrité de la même manière.
Ancien professeur de philosophie, Hugues Royer travaille depuis dix ans à Voici. Auteur de six romans, il signe son premier essai.
La cause du people
C'est un raz-de-marée. En France, trois millions d'individus achètent chaque semaine un magazine people. Et ils sont au total douze millions de lecteurs à dévorer ces publications. Comme un seul homme, les news-magazines de l'Hexagone se sont engouffrés dans la brèche avec un tel élan qu'on se demande parfois ce qui les sépare encore des supports qu'ils décriaient, il n'y a pas si longtemps, avec une pointe d'arrogance. Depuis quelques années, les quick books, ces ouvrages rédigés à la hâte sur les politiques dans l'air du temps, caracolent en tête des ventes. En 2007-2008, Nicolas, Ségolène, Cécilia et Caria sont devenus les figures de proue de l'édition.
C'est aussi un serpent de mer, une notion aux contours flous. Un de ces mots tellement galvaudés qu'il en devient indéfinissable, ne signifiant rien de clair ni de distinct. Voilà pourquoi un retour à la source s'impose.
Si l'on en croit une étude universitaire, le mot fait discrètement son apparition en 1993. Un tournant dans l'histoire du magazine Voici : Axel Ganz, le patron de Prisma Presse, décide de réorienter la ligne éditoriale du titre, né six ans auparavant. À l'origine magazine féminin à vocation familiale, Voici va s'intéresser désormais à la face cachée des célébrités en publiant des clichés non-autorisés. Une première en France, même si le créneau est déjà très prolifique dans le monde anglo-saxon, où l'on parle de tabloïds, de gossips ou de celebrity news. Pourtant, au sein de la rédaction, une résistance naît : en désaccord avec la nouvelle ligne, une partie de l'équipe récuse ce virage à cent quatre-vingts degrés. C'est là que surgit le vocable «people». Un nom d'oiseau censé déprécier le nouveau Voici. Et la proximité de cet anglicisme avec le mot «pipeau» n'est sans doute pas étrangère à la connotation négative qu'on lui attribue dès son apparition. En inventant le «people», Voici exhale déjà comme une odeur de soufre. Avec le succès que l'on sait : la nouvelle ligne éditoriale permettra à certains numéros de dépasser le million d'exemplaires.
Quinze ans plus tard, le fait que le mot désignant les célébrités ait lui-même accédé à la notoriété n'est, de toute évidence, nullement le fruit du hasard. Ce qui est en train de s'estomper, en revanche, c'est la connotation péjorative dont le mot people était affublé à ses débuts. De fait, les nouveaux lecteurs de cette presse, à la différence de ceux des générations précédentes, assument pleinement leur addiction. On ne feuillette plus seulement Voici ou Public chez le dentiste ou le coiffeur : on ne se cache plus de les lire dans les transports en commun.
Pourquoi ces magazines s'arrachent-ils ? Parce qu'ils abolissent la distance entre les lecteurs et les personnages qu'ils mettent en scène. Un présupposé démocratique qui semble dire : les people sont comme nous.
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