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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Sherman Alexie
Traducteur : Michel Lederer
Date de saisie : 19/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Terres d'Amérique
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-226-18649-2
GENCOD : 9782226186492
Sorti le : 30/04/2008
Seattle, 2007. Spots, le narrateur, est un jeune délinquant, orphelin depuis l'âge de 6 ans. Mi-Indien, mi-Irlandais, il se revendique comme un ciel vide, une éclipse solaire. De sa mère, il a hérité ses yeux verts, de son père, une acné sévère. À 15 ans, il a déjà vécu dans 20 familles d'accueil, fréquenté 22 écoles, et tout ce qu'il possède tient dans un sac plastique. Un jour de haine intense, il braque une banque et récolte une balle dans la tête qui le propulse au coeur d'un étrange voyage dans le temps, à travers les périodes les plus troubles de l'histoire américaine, vers une possible rédemption...
Salué par la critique américaine, un très grand Sherman Alexie, brillant, féroce, à la fois drôle et bouleversant.
«Un livre qui a de la rage et du coeur. Cru, plein de vie, furieusement drôle et sans un mot de trop.»
The New York Times
«Tour à tour désopilant, fantaisiste, poétique ou sardonique, cet Indien-là a une extraordinaire propension à rire de tout.»
Le Monde
A priori, Flight pourrait être une énième chronique d'une adolescence rebelle, miroir d'une Amérique malade. Pourtant, le nouveau roman de Sherman Alexie se joue des apparences...
Grand poète et nouvelliste (on se souvient du formidable Dix petits Indiens), l'auteur confirme son savoir-faire à l'échelle du roman. Dans une langue à la Salinger, il fustige toutes les formes de violence et égratigne les identités communautaires, sources de conflits, avec légèreté, humour et fantaisie. Flight est également une oeuvre gorgée de culture pop, qui ravira les amateurs de comics, sensibles à des phrases telles que : «Mes boutons me confèrent des superpouvoirs.»
Après Indian Blues, Indian Killer, Phoenix, Arizona, La Vie aux trousses, que des titres excitants pour des histoires fracassantes, Sherman Alexie, poète, nouvelliste et romancier, revient avec Flight, sorte de fable où le tragique et le comique mènent le rythme...
Sherman Alexie passe à la moulinette ses démons habituels - le racisme, la solitude, la violence -, flirte avec la fantaisie (un voyage dans le passé), raconte son pays, les Etats-Unis, avec des mots d'ado, soyeux mélange de provocation et d'innocence. Et réinvente une rédemption, une espèce de sérénité.
Appelez-moi Spots.
Tout le monde m'appelle Spots.
Naturellement, ce n'est pas mon vrai nom. Mon vrai nom n'a pas d'importance.
Ce matin, je me suis réveillé dans une chambre inconnue. Il m'arrive souvent de me réveiller dans des chambres inconnues. C'est mon lot. Le réveil a sonné. Je sais que ce n'est pas moi qui l'ai mis. Je le règle toujours pour qu'il me réveille en musique. Des trucs bien comme les White Stripes, PJ Harvey, les Yeah Yeah Yeahs ou Kanye West. Des trucs qui secouent le cerveau, qui enflamment les tripes, qui en même temps excitent et révoltent. Des fois, je me réveille au son de la musique préférée de ma mère, genre Marvin Gaye ou Blood, Sweat & Tears.
Eh oui, il y avait un groupe qui s'appelait Blood, Sweat & Tears.
N'est-ce pas un nom extraordinaire pour un groupe de rock ? Quand on y réfléchit, tout dans le monde est affaire de sang, de sueur et de larmes. Le nom est donc parfait. Ou plutôt, presque parfait. Le nom parfait, ce serait Blood, Sweat, Tears & Come - Sang, Sueur, Larmes et Foutre -, mais je me demande si les gens achèteraient les CD d'un groupe au nom aussi explicite.
Tous les mecs de Blood, Sweat & Tears avaient des cheveux longs et sales, des barbes graisseuses et des yeux injectés de sang. Ils étaient laids. Dans les années 70, toutes les rock stars étaient laides. Et c'étaient de fantastiques musiciens. Est-ce que les gens laids compensent leur laideur en devenant de grands guitaristes ? Ou est-ce que certaines guitares choisissent leurs moches propriétaires comme Excalibur a choisi Lancelot ? J'aurais bien aimé vivre dans les années 70. Moche comme je suis, je serais peut-être devenu la plus grande rock star du monde.
J'adore Blood, Sweat & Tears parce qu'ils sont laids et qu'ils jouent un rock violent. Et aussi parce que c'était le groupe favori de ma mère. Sa chanson préférée était I Love You More Than You'll Ever Know.
Elle me la chantait quand j'étais petit. Je me rappelle. Je sais que je ne suis pas censé me le rappeler, mais je me le rappelle.
Ma mémoire est comme ça, bizarre. Je me souviens souvent de gens que je n'ai jamais rencontrés, d'événements auxquels je n'ai pas assisté et d'endroits que je n'ai jamais vus.
Je ne crois pas être une espèce d'abruti mystique. Je pense simplement que je fais attention aux détails.
Je me souviens de ma mère et de mon père qui dansent le slow au son de cette chanson de Blood, Sweat & Tears. Je me souviens de mon père qui chantonne I Love You More Than You'll Ever Know à ma mère. Je me souviens qu'ils m'ont conçu cette nuit-là. Bon, d'accord, je ne m'en souviens pas précisément. Je n'ai pas vu ma mère et mon père au lit, mais je sens une boule de feu rebondir sur mon âme chaque fois que j'y pense.
J'imagine que le sperme de mon père et l'oeuf de ma mère se composaient à part égale d'électricité et d'eau.
Alors, oui, j'ai été engendré à cause de cette chanson pleine de sang, de sueur, de larmes et de sexe. Ainsi, ma mère me la chantait tout le temps pour célébrer ma création.
Ma mère m'aimait plus que vous ne le saurez jamais.
Mais je préfère ne pas penser à ma mère ou à mon père. Surtout le matin de si bonne heure. Et mon réveil ne joue pas Blood, Sweat & Tears ni aucune autre musique, aussi je l'arrête d'un coup sec, je me lève et je vais dans la salle de bains rose inconnue où je pisse pendant trois minutes.
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