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Auteur : Jacques Dewitte
Date de saisie : 24/04/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Michalon, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84186-448-5
GENCOD : 9782841864485
Sorti le : 24/04/2008
En partant d'un tableau du Hollandais Jan Mostaert, Épisode de la conquête de l'Amérique, peint vers 1520-1540, Jacques Dewitte nous invite à réfléchir aux sources de l'identité européenne. À circonscrire ce lieu, l'Europe, perçu aujourd'hui comme exclusivement géographique alors que c'est avant tout une tournure d'esprit. Que dit ce tableau ? Il est le témoignage pictural, muet et pourtant parfaitement éloquent de ce que la défense des peuples envahis et massacrés remonte aux débuts mêmes de la colonisation. Cette représentation révèle ce trait typique de l'esprit européen : la disposition à reconnaître sa propre culpabilité, à se confronter à son passé, à s'intéresser aux moeurs des autres peuples, à s'interroger sur la validité absolue de ses valeurs et de ses évidences. Et cette disposition est unique : l'Europe est la seule à avoir adopté une telle attitude critique, de sorte qu'il lui revient, par là même, un statut d'exception. C'est de cette civilisation de la curiosité, du doute et de l'interrogation qu'il sera question dans ce livre, une réflexion en forme de cheminement, mêlant littérature et philosophie, intuitions, idées et imaginaire, en compagnie d'Hérodote, Montaigne, Kolakowski, Castoriadis, Levinas, Husserl, Octavio Paz, Simon Leys, Camus et Naipaul.
Philosophe, Jacques Dewitte est né en 1946. Il est l'auteur d'un premier livre remarqué, paru en 2007 aux Éditions Michalon : Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit.
Kolakowski et le décentrement européen
Un texte de combat
Au printemps 1980, le philosophe polonais Leszek Kolakowski, l'un des intellectuels majeurs issus de «l'autre Europe», a prononcé au Collège de France, à l'invitation d'Emmanuel Le Roy Ladurie, une conférence intitulée «Où sont les Barbares ? Les illusions de l'universalisme culturel», publiée la même année dans la revue Commentaire. C'était un texte de combat, très lié au contexte politique de l'époque.
«L'Europe se trouve en ce moment sous la pression de la barbarie totalitaire dont la puissance est nourrie par les hésitations de l'Occident quant à sa propre identité culturelle, par sa volonté affaiblie de s'affirmer en tant que culture universelle.»
On se trouvait en pleine époque brejnévienne : une Europe de l'Est soviétisée, une Union soviétique qui venait d'entreprendre une guerre en Afghanistan et pointait ses missiles à moyenne portée vers l'Europe occidentale. Mais à côté de cette «barbarie totalitaire» qui menaçait l'Europe, Kolakowski mentionne aussi des «aspects barbares endogènes» et surtout une crise profonde de nature morale :
«Cette culture est alors menacée non seulement du dehors, mais, davantage peut-être, par la mentalité suicidaire dans laquelle l'indifférence envers notre propre tradition distincte, l'incertitude, voire la frénésie autodestructrice prennent la forme verbale d'un universalisme généreux.»
Comment réagir à cette menace ? Démarche délicate, car ces phénomènes caractérisés comme funestes - le doute radical conduisant à l'autodestruction, l'ouverture généreuse aux autres cultures - sont en même temps issus de ce qu'il y a de plus spécifiquement européen. C'est l'esprit européen qui risque de se retourner contre lui-même et de se détruire ; il s'agit de préserver les valeurs fondamentales de l'Europe, en empêchant qu'elles ne se renversent dialectiquement en leur contraire et ne deviennent autodestructrices, mais tout en veillant aussi - c'est l'éternel problème de la démocratie - à ce que cette réaffirmation ne menace pas à son tour les valeurs de liberté.
Kolakowski, dans son préambule, annonce ses intentions :
«Mon propos n'est pas de présenter une description historique du sujet [...] Il s'agit d'une remarque d'ordre épistémologique d'abord et d'un jugement de valeur explicitement dévoilé comme tel. Ce jugement de valeur se résume en un mot : il s'agit de la défense d'une idée qui, ayant été la cible d'attaques violentes au cours de ces dernières décennies, a été presque entièrement retirée de la circulation : l'européocentrisme.»
Toute la conférence sera une défense de la culture européenne contre les attaques dont elle fait l'objet et qui ont pour particularité d'être issues de l'esprit européen lui-même.
«L'idée même de la culture européenne est aujourd'hui mise en question. C'est peut-être moins l'existence même de cette culture qui est contestée que sa valeur unique et surtout ses prétentions à la supériorité, au moins dans quelques domaines de premier ordre. Et c'est cette supériorité qu'il y a lieu de définir et d'affirmer.»
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