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Auteur : Pascale Clark
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-02-097691-6
GENCOD : 9782020976916
Sorti le : 03/04/2008
Ma France d'après, c'est la vie sans toi. En jours, en heures, en minutes sans toi. J'avais un amour et subitement, du jour au lendemain, après, j'ai eu un chagrin. Nicolas Sarkozy n'avait pas menti, sa rupture, c'était le jour et la nuit. La nuit pire que le jour. La faute au lit, au drap, à la couette encore imbibés de toi, à ta taie atone. Depuis ton départ, ton absence prenait toute la place. Plus Sarkozy envahissait l'espace, moins je supportais ta disparition. Je m'étais légèrement fait avoir dans l'histoire. Lui tout le temps, toi plus jamais.
Journaliste et écrivain, Pascale Clark anime, chaque samedi sur Canal +, «Un café et l'addition» une émission sur l'actualité. Elle est l'auteur de deux romans : Tout le monde fait l'amour en 2001 et Merci de votre attention en 2003.
19 h 55. Cannes, grand théâtre Lumière.
Jude Law est derrière moi. On joue dans le même film : «La cérémonie d'ouverture.» Décidément. Nicolas Sarkozy a été élu président de la République il y a 10 jours, Jacques Chirac lui a passé les pouvoirs il y a 8 heures, je t'aime depuis 6 ans. Toi aussi, tu me le dis et tu me l'écris tout le temps. Jude Law derrière et bientôt Jude Law devant. Il joue dans le film d'ouverture. Il est invité à la projection d'ouverture.
Le nouveau Wong Kar-Wai va commencer, il suffit qu'une bouche impeccable déclare ouvert le 60e festival de Cannes.
My Blueberry Nights, belle bluette, dit déjà la rumeur qui fait semblant de savoir des choses. Le cinéma a ceci de supérieur à la vie qu'en cas de chagrin d'amour, c'est Jude Law qui vous console.
11 h 56. Paris, salle des fêtes du palais de l'Elysée.
De son pouce droit, Nicolas Sarkozy essuie une larme au coin de l'oeil gauche de Cécilia. Peut-être que le geste crée la larme, on ne sait pas, sauf eux deux. Il souligne par deux fois, pour elle ça se voit la deuxième est de trop.
«La réalité n'a aucune importance. Il n'y a que la perception qui compte», avait lâché le jeune chef de cabinet Laurent Solly pendant la campagne, cafté plus tard par Yasmina Réza qui a fini par danser un slow avec le sujet de son livre sur une chanson d'Enrico Macias loi Sarko, tu m'as pris dans tes bras. Tous semblaient s'offrir une bien belle bamboula. Faux raï, faux rap, Faudel et cetera, aux quatre coins du pays, ils s'éclataient comme un samedi soir en boîte.
Depuis Mireille Mathieu à la Concorde, artistiquement, on avait touché le fond. On venait d'en prendre pour cinq ans de mauvaises chansons, la bande-son du baloche promettait de vriller les tympans, ça n'était pas qu'une impression. Laurent Solly ne travaille plus depuis avec Nicolas Sarkozy. Un tour de passe-passe plus tard, il était passé à TF1. Il y dirige le digital. La présidence sera numérique, une projection d'images, les faits au Photoshop. La présidence sera minérale, de la sueur, des eaux, des larmes.
10 h 25. Paris Nord.
Je t'ai dit : «À demain, mon amour.» Je m'étais levée trop tôt. On a ri, j'ai failli oublier ma tenue de soirée en apnée dans sa housse.
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