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La maîtresse en maillot de bain : quatre récits d'enfance

Couverture du livre La maîtresse en maillot de bain : quatre récits d'enfance

Auteur : Paul Fournel | Yasmina Khadra | Dominique Sylvain | Marc Villard

Date de saisie : 16/04/2008

Genre : Policiers

Editeur : Points

Collection : Points

Prix : 5.50 € / 36.08 F

ISBN : 978-2-7578-0678-4

GENCOD : 9782757806784

Sorti le : 10/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Autoproclamées «pisseuses de niveau international», Dominique et Marie-Pierre passent leurs journées à s'amuser, à embêter les garçons et à admirer Mlle Alberti, leur jolie maîtresse. Quand elles apprennent qu'elle a été jetée par la fenêtre, elles mènent l'enquête...
En quatre textes courts et denses, La Maîtresse en maillot de bain nous plonge dans l'univers de l'enfance, tendre et cruel.

«Pour une fois qu'y se passe un truc ! Allez, viens !
On va découvrir son secret !»

Yasmina Khadra est notamment l'auteur de Hirondelles de Kaboul, Attentat et de Sirènes de Bagdad. Dominique Sylvain a obtenu, en 2005, le Grand Prix des lectrices de Elle, pour Passage du désir. Marc Villard, poète et scénariste, a été chroniqueur au Monde de la musique. Paul Fournel est président de l'Oulipo et a présidé la Société des Gens de Lettres.

«Avec eux, les souvenirs d'école n'ont pas le goût lénifiant du mistral gagnant ou de la menthe à l'eau».
Télérama


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

La première fois que je l'ai vue, je sortais de la prison de l'école, ma couverture enroulée sur l'aisselle et mon oreiller sous l'autre bras.
- À bientôt, morpion, me lança un caporal ven­tripotent en faisant tournoyer son ceinturon à la manière d'une fronde.
Je ne fis attention ni à sa voix d'ogre ni à son sourire aux dents pourries par les beuveries et les cigarettes sans filtre. La dame qui attendait dans la cour venait de me happer telle une crue. Elle était belle comme un rêve impossible, presque irréelle dans son tailleur blanc, les mains croisées sur la poitrine et le regard insaisissable.
Je ne me souviens pas d'avoir vu créature plus fascinante avant.
Elle devait avoir dans la trentaine mais en parais­sait beaucoup moins, avec ses traits juvéniles et sa silhouette frêle, et ce regard lointain qui semblait puiser son éclat au fin fond de l'horizon.
Pendant deux minutes, je ne savais plus quelle porte prendre pour aller à l'air libre. Je restai cloué au milieu du poste de police, les yeux hagards et la bouche béante, incapable de comprendre ce qu'il m'arrivait.
Les deux soldats qui se tiraient les vers du nez dans le couloir étaient sous le charme, eux aussi. Ils observaient la dame de derrière la baie vitrée sans se rendre compte de l'inconvenance de leurs gestes.
- Tu veux que je t'appelle un taxi ? grogna encore le caporal.
- Hein ?
- T'as purgé ta peine, morpion. Maintenant tu disparais de ma vue.
Brusquement, j'eus honte de ma boule à zéro qui conférait à ma tronche un relief cabossé, de mes bottes sans lacets qui trahissaient mon statut de garçon peu recommandable et de mon treillis fripé qui sentait la sueur froide et le trou à rat. Je n'allais tout de même pas passer devant la dame dans une tenue aussi débraillée et avec une figure violacée, bouffie de sommeil tourmenté.
- Fous le camp, aboya le caporal en se trémous­sant sur son tabouret.
- Je peux sortir par derrière ?
- Non.
- S'il te plaît.
- Ça me plaît pas. Tu vas sortir par la porte principale, comme tout le monde. T'as peur que l'on te voie ? T'avais qu'à bien te tenir.
- S'il te plaît, chef.
Il secoua énergiquement son double menton qu'il avait blanchâtre comme le ventre d'un batracien :
- Te fatigue pas. J'ai pas plus de coeur qu'une tronçonneuse.
Il jeta un regard sur le cadran de sa montre et tordit ses grosses lèvres de crapaud-buffle sur le côté :
- Il est midi cinq ; tu dois réintégrer ta compagnie, et au pas de gymnastique, si tu tiens à ta jolie petite gueule. Le rassemblement est pour bientôt.
- Il y a une porte de sortie par derrière, le suppliai-je.
- C'est interdit au personnel non concerné par la permanence. Assez discuté comme ça. Ne m'oblige pas à te botter le cul jusqu'à ce que ta merde te sorte par les narines, d'accord ? Tu vas me faire le plaisir de sortir par là, devant moi, pour que je t'aie à l'oeil jusqu'à ce que tu disparaisses totalement de mon secteur.
Je compris qu'il n'y avait rien à glaner de ce côté, enserrai ma couverture sous mon aisselle comme si j'étais en train d'étouffer le caporal et, dépité, je dodelinai de la tête.
- On se retrouvera, promis-je, les dents serrées.


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