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Les draps du peintre

Couverture du livre Les draps du peintre

Auteur : Maryline Desbiolles

Date de saisie : 01/07/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-02-097132-4

GENCOD : 9782020971324

Sorti le : 03/04/2008

Maryline Desbiolles


  • Les présentations des éditeurs : 26/06/2008

Rien ne le destinait à être peintre. Et ce rien, ce rien dont il sort, ce brouillard est peut-être ce qui lui a défendu de jamais s'établir, de jamais composer avec le monde que la peinture aurait dû révo­lutionner, comme il l'a cru un temps. Romanichel avant toute chose : celui qui l'attrapera n'est pas né. Plutôt que le retenir, tenter un pas de danse, inédit, avec lui.



  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 6 juin 2008

Au milieu d'une page de son livre, Maryline Desbiolles a écrit cette phrase : "Il est accueillant depuis sa mort." "Il", c'est le sujet et l'objet de son livre, un peintre qui ne sera jamais nommé. On peut aborder le livre en ignorant ce nom. Ou le connaître, par exemple en se reportant à la signature de l'oeuvre en bleu et rouge qui fait la jaquette de l'ouvrage : Jean-Pierre Pincemin, né en 1944, mort en 2005, figure importante de la peinture abstraite - mais pas seulement abstraite - contemporaine. Ne pas nommer ne signifie pas dissimuler...
Mais quel rapport entre la peinture et l'écriture ? Pincemin avait peut-être lui-même montré la voie lorsqu'il affirmait que son but était de "faire se rejoindre les choses qui peut-être ne sont pas faites pour se rejoindre"...
Mais il s'agit moins de la question générale et théorique du rapport entre les deux arts que de la confrontation réelle, charnelle et intérieure, avec une oeuvre et avec la personne de celui qui l'a accomplie. Et là, Maryline Desbiolles donne une leçon magnifique de dépouillement, de nudité face à la chose même.


  • Les courts extraits de livres : 26/06/2008

Été. Ongles limés. Carrelage lavé. Je ne me prépare pas pour accueillir, bien au contraire. Je ne consens à rien. Je me détourne, je recule, je piétine, je ne veux pas, je suis contre. Je me souviens de ce type qui m'avait dit, tu es une femme qui dit non, c'était que je refusais ses avances, bien entendu, mais il y avait une vérité plus grande, j'aurais peut-être dit non en acceptant ses avances, voilà ce qu'il pressentait. Comment dire non et ne pas se rétracter ? Comment dire non et faire front ?
Je dis non, de toutes mes forces, en effet, et je rentre dans le livre. Bientôt j'y serai jusqu'au cou. Bientôt le livre m'aura gagnée alors que je le refuse. Le livre est ennemi, et je piaffe comme je m'approche de lui, comme je le frôle.
Inutile d'ajuster les habits de combat, de revêtir un justaucorps de toile, renforcé de plaques de métal, ou le corselet recouvert d'écaillés, la broigne, qui descend jusqu'aux genoux, inutile de nouer une ceinture de cuir à boucle pour suspendre les armes, d'enfiler des jambières de cuir ou de métal, de se coiffer d'un casque, de forme aplatie ou conique, surmonté d'un cimier. Mais une fraise, peut-être, oui, une collerette à fraise comme en portaient Anne de Joyeuse ou Marguerite de Lorraine, et surtout Elisabeth d'Autriche, peinte un an avant qu'il meure, par François Clouet, son dernier chef-d'oeuvre, qui l'impressionna quand il le vit au Louvre, alors qu'il sortait quant à lui de l'enfance. J'écris «il» et «lui», je n'écris pas encore son nom, je ne me risque pas encore à franchir le pas, je pousse devant moi les noms de personnages historiques afin de former un gué. Chevillée moi-même dans la collerette, la tête posée sur le tissu plissé, comme si elle était coupée, la tête séparée du corps par le linge empesé, les mots séparés du corps, rangés derrière la barrière des dents, bouche cousue, l'air sévère. Vissée dans un refus qui me met au monde, et le front très dégagé comme s'il était toujours possible de dire : de toute mon âme. Ce que je crois, c'est que, voyant la collerette blanche au Louvre, il a été tenté de la déplier, pour voir si ça tient, si le corps privé du linge raide ne s'affaisse pas d'un coup, la bouche salement ouverte, proférant des insanités, ou pis encore, salement ouverte sans qu'aucun mot ne sorte, la tête en arrière, formant avec les épaules un angle affreux. Il a été tenté passionnément de déplier le linge aux plis alambiqués, de le défroisser, de le mettre à plat, de l'étendre, et je comprends cette tentation.

Je n'écris pas encore son nom. Je l'écrirai quand j'aurai oublié que je l'ai connu. Plus je m'approcherai de lui, plus j'oublierai que je l'ai connu. Et peut-être même : plus je m'approcherai de lui, moins je le connaîtrai.
Eté. Ongles limés. Carrelage lavé. J'ai épingle au mur de mon bureau les carrés collés, un ensemble de douze carrés de papier, chaque carré de 20 par 20 centimètres (je vérifie avec la main bien écartée, du pouce à l'auriculaire), rempli, grossièrement à moitié, et selon une diagonale, de bleu qui pourrait être du bleu de méthylène.


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