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Auteur : Christophe Nicolle
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Pascuito éditeur, Paris, France
Prix : 16.95 € / 111.18 F
ISBN : 978-2-35085-045-0
GENCOD : 9782350850450
Sorti le : 03/04/2008
Eastwood moi et mes femmes ou les tribulations d'un trentenaire ordinaire, dont le seul signe particulier est de vouer une adoration sans limites à son idole : Clint Eastwood
Depuis l'enfance, Christophe s'est construit en se demandant systématiquement ce que Clint aurait fait, dit ou encore pensé à sa place dans telle ou telle situation.
Amour disproportionné, passion débordante, dangereuse obsession ?
Dans l'esprit de Christophe, le doute est semé par cette psy qu'il voit régulièrement et qui tente de lui faire admettre le côté trop envahissant et parfois subversif de son idolâtrie.
De plus, l'arrivée de la ravissante Clémence dans sa vie va l'obliger à considérer la difficulté de s'épanouir sentimentalement, dans lui couple, avec le risque que sa chère et tendre ne soit écrasée, comme les autres, par cette icône encombrante dont il ne semble pas vouloir se défaire.
À grand renfort d'anecdotes personnelles, souvent cocasses et parfois touchantes, qui jalonnent ce récit, Christophe Nicolle livre un texte sans pudeur, un va-et-vient entre fantasme et réalité qui prend parfois des accents d'homélie.
Christophe Nicolle, 35 ans, est l'auteur d'un premier roman publié en 2005, «L'Important c'est d'avoir connu l'amour» (Bernard Pascuito) accueilli avec chaleur par la presse. Il a même été catalogué par le magazine «Marie France» comme le Woody Allen français.
Le fauteuil
Je n'ai pas mis de cravate, je ne me suis pas rasé, non par provocation mais par habitude. Tout P.-D.G. qu'il est, cet homme qui me fait entrer dans son bureau deux fois plus grand que mon appartement ne mérite pas de traitement de faveur. J'ai reçu sa lettre recommandée me convoquant pour l'entretien préalable à mon licenciement il y a maintenant trois jours. Je mâche discrètement un chewing-gum à la menthe douce, je n'ai pas peur de mon haleine, mais de mes nerfs.
Le big boss me fait asseoir sur son nouveau fauteuil en cuir, fauteuil qui doit bien valoir une année du salaire de la femme de ménage qui vide la poubelle à côté de moi. Elle est gênée, je lui souris, en me disant qu'on sera peut-être collègues bientôt. Elle sort, tête baissée, une habitude. Mon patron entame alors les hostilités.
«Bon, vous savez pourquoi vous êtes là ?
- J'en ai une petite idée, oui.
- Vous ne vous êtes pas présenté à votre poste de travail le 12 décembre dernier.
- J'avais posé un RTT auprès de mon responsable...
- Il ne l'a jamais signé.
- Il ne les signe jamais.
- Peu importe, c'est une faute, et c'est la deuxième. Vous savez ce que ça signifie ?
- Écoutez, j'ai posé un RTT car j'avais absolument besoin de cet après-midi-là. Monsieur Leguen ne m'a averti que la veille qu'il ne l'avait pas signé, je m'étais engagé ailleurs, je ne pouvais pas faire autrement. Ce n'est pas ma faute s'il signe les demandes de congé au dernier moment.
- Monsieur Leguen, je m'en occuperai en temps et en heure ; pour ce qui vous concerne, j'estime que c'est une faute grave.»
Je serre les dents, mon chewing-gum fait tampon, j'ai envie de me lever et de l'attraper par la cravate pour lui dire ce que je pense de sa façon de traiter le personnel. Mais je me retiens, comme tous les salariés.
«Vous avez déjà écopé d'un avertissement pour agression envers un employé, mais je vois que ça ne vous a pas servi de leçon.
- Je n'ai pas "agressé" un employé, mais insulté un journaliste qui m'avait manqué de respect. Pour le reste, faites ce que vous avez à faire, on réglera ça aux prud'hommes.
- Si vous le prenez sur ce ton, l'entretien est terminé.
- Parfait.»
Je me lève et me dirige vers la sortie. Arrivé à la porte, je me retourne pour poser une dernière question à mon futur ex-employeur.
«Vous avez des enfants, monsieur Marchand ?
- Oui, pourquoi ?
- Combien ?
- Deux.
- Faut que je me dépêche, alors.
- Pourquoi ?
- Pour équilibrer.»
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