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Tout le monde s'en va

Couverture du livre Tout le monde s'en va

Auteur : Wendy Guerra

Traducteur : Marianne Millon

Date de saisie : 02/08/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : La cosmopolite

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-234-06035-7

GENCOD : 9782234060357

Sorti le : 09/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Mami dit qu'à l'époque il n'y avait plus de magasins ouverts, ni de chocolat chaud, ni de jouets, ni de layette, ni de carnavals. Tout n'était que silence et stupeur. Irréalisable, alors, la récolte de la canne à sucre des dix millions de tonnes ; la vie fut reportée à plus tard. Seul restait le froid humide de la mer, et pensant aux «Europes» et aux lettres des amis qui y étaient partis, elle décida de m'appeler Nieve, neige comme on dit en français. Je ne le lui pardonnerai jamais. Je me suis toujours sentie ridicule avec ce prénom. Tous les étés, quand je nageais loin, j'entendais le «Nieve, Nieve, Nieve !» de ma mère depuis le rivage. Une fois sur le sable chaud je voulais me dissoudre de honte. Avec cette chaleur, qui songe à donner ce prénom à une fillette à Cuba ?

Alors que tout le monde s'en va pour un ailleurs fantasmé, Nieve grandit sur l'île, dans la Cuba des années 1980, consignant dans son journal intime les événements marquants de son existence. Depuis son enfance tiraillée entre des parents bohèmes qui se déchirent jusqu'au prémices de sa vie de femme, c'est un itinéraire personnel, poétique et sans fard, qui se dessine alors. Celui d'une jeune fille pour qui les expériences amoureuses vont participer de l'éveil d'une sensibilité artistique comme d'une conscience politique. La pulsion créatrice bat au coeur de ce récit, comme possibilité d'accomplissement mais aussi de résistance, alors que tout le monde s'en va.

Wendy Guerra est née à La Havane en 1970 et y réside actuellement. Tout le monde s'en va a été perçu par El Pais comme le meilleur roman de langue espagnole en 2006. Outre sa collaboration à diverses revues, Wendy Guerra est reconnue à Cuba pour son oeuvre poétique.

«Nieve appartient à la lignée de ces jeunes filles diaboliquement angéliques de la littérature moderne. Essentiellement de la littérature française du XXe siècle, qui va de la rebelle Claudine de Colette à la perverse narratrice de L'amant de Duras. Sans oublier les Journaux de l'apatride Anaïs Nin, auteur vénérée par Wendy Guerra.»



  • La revue de presse - Le Monde du 4 juillet 2008

C'est un voyage intérieur nourri des pensées, des sensations, des colères et des souffrances d'une petite fille qui espère grandir, devient adolescente, puis femme après une première nuit d'amour, son "baptême du feu". C'est aussi un voyage à l'intérieur d'une île magique et désolée, au régime absurde et brutal, Cuba. L'héroïne, la narratrice, s'appelle Nieve - la neige en espagnol. Drôle d'idée, alors que la seule neige qu'on connaisse là-bas est celle des téléviseurs à la fin des programmes. L'auteur, elle, se prénomme Wendy, comme la Wendy de Peter Pan, autre drôle d'idée sous le soleil des tropiques. Nieve et Wendy se ressemblent sûrement, mais qu'importe. Ce qui compte, c'est que Tout le monde s'en va, de la Cubaine Wendy Guerra, née en 1970, est un splendide roman. Son premier...
Tout le monde s'en va n'a pas été publié à Cuba, mais d'abord en Espagne, en 2006, où il a reçu le prix Brugera et où le quotidien El Pais l'a désigné "meilleur roman de l'année". Il a connu un énorme succès en Amérique latine. C'est lors d'une signature au Chili, en 2007, que Wendy Guerra a vu pour la première fois la neige : "J'en ai pleuré", nous a-t-elle confié lors d'un récent séjour à Paris.


  • La revue de presse André Clavel - Lire, juin 2008

Un témoignage sous la forme d'un journal par une jeune romancière cubaine qui a choisi la résistance...
On est frappé par l'authenticité de ce journal, composé sous l'étouffoir d'un régime où triomphe le mensonge : Nieve écrit d'abord avec la naïveté de son âge et puis, au fil des années, sa prose mûrit, gagne en rigueur et en lucidité politique...
Quand tout le monde s'en va, Wendy Guerra, elle, reste. Pour témoigner. Son livre est un acte de résistance. Et un pied de nez aux dinosaures castristes.


  • La revue de presse Astrid Eliard - Le Figaro du 17 avril 2008

Journal intime d'une jeune rebelle dans le Cuba de la guerre froide, ce premier roman de Wendy Guerra révèle une voix prometteuse...
Le journal de Nieve est une enclave de liberté et de poésie dans un pays muselé, un territoire où elle peut enfin échapper aux intrusions de la politique, recopier les vers de ses auteurs préférés avant d'y noter les siens. Dans la prose de Nieve, le temps file vite, comme dans un sablier. Le mur de Berlin s'effondre, on brandit la glasnost sur les décombres de l'URSS, mais à Cuba, les murs tiennent bon. Dès qu'ils le peuvent, les artistes embarquent pour le monde libre. Nieve aussi voudrait partir, elle et sa mère ont «les bras fatigués de dire adieu». Il n'existe qu'un ailleurs pour Nieve : son journal, qui a vu la naissance d'une jeune femme, d'une poétesse et d'une résistante.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

J'ignore quand j'ai songé à quitter l'enfance.

J'ai payé très cher le fait de grandir seule alors que tous quittaient l'île. Ils m'ont abandonnée progressivement ; aujourd'hui, je ne peux pas me comporter comme une femme ordinaire, je suis hors du monde. Les outils que l'on m'a donnés ne me servent à rien, je vis réfugiée dans mon Journal, et je ne peux être moi-même qu'entre ses pages. Là, j'ai toujours été adulte ; je feignais d'être une enfant mais ce n'était pas vrai : trop adulte pour le Journal, trop enfant pour la vie réelle.
Dès que j'ai su lire et écrire, je me suis confessée entre ses pages. J'espérais grandir, je prenais ma respiration et j'écrivais en cachette pour m'assurer l'exorcisme dans une issue que je n'ai pas encore trouvée. Aujourd'hui, je suis incapable de comprendre ce qu'on attend de moi. J'ai lâché des morceaux dans divers lieux jusqu'à celui où l'on m'a traînée et maintenant je ne sais comment reconstituer mon monde éparpillé tel du sable sur mon propre territoire.
Mes parents ne sont plus là, ils sont partis peu à peu. Mais, dans cet état d'orpheline, ils pèsent plus lourd sur ma vie qu'auparavant avec leurs anciens règlements. Cienfuegos, la ville de mon enfance, m'intimide ; le dossier de ma mère, l'époque du procès visant à obtenir ma garde, mon propre dossier.
La lecture de mes Journaux d'enfance et d'adolescence a représenté un voyage vers la douleur. Elle m'a retournée comme un gant, mais à l'intérieur du gant j'ai découvert la soie, celle que je n'avais jamais remarquée parce que je m'étais contentée de tanner le cuir en surface pour supporter les coups de ces dernières années. Le gant fit office d'instrument de boxe et je ne suis pas tombée, j'ai tenu dans le miracle de qui en réchappe par hasard, avec la cuirasse d'un autre.
Naître à Cuba a consisté à ressembler à cette absence du monde à laquelle nous nous soumettons. Je n'ai pas appris à utiliser une carte de crédit, les distributeurs automatiques ne me répondent pas. Une correspondance entre deux avions, d'un pays à l'autre, peut me faire perdre le contrôle, me disloquer, me couper le souffle. Dehors, je me sens en danger, dedans, je me sens confortablement prisonnière.
J'ignore quand j'ai permis qu'on me prenne tout et qu'on me laisse seule, nue, le Journal dans une main et un bâton de rouge à lèvres dans l'autre, essayant de me maquiller la bouche d'un rouge qui semble trop foncé pour cet âge indéfini.


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