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Un an dans un bocal avec des thons et des requins

Couverture du livre Un an dans un bocal avec des thons et des requins

Auteur : Guy Carlier

Date de saisie : 31/03/2008

Genre : Humour

Editeur : Pocket, Paris, France

Collection : Pocket. Best, n° 13364

Prix : 6.40 € / 41.98 F

ISBN : 978-2-266-17354-4

GENCOD : 9782266173544

Sorti le : 20/03/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Bon allez, parlons de choses sérieuses. Je ne sais pas si vous avez vu ça, cette semaine, le président Bush a gracié une dinde. Oui je sais, j'ai dit parlons de choses sérieuses, ce n'est pas ma faute si l'homme le plus important de la planète perd du temps dans une cérémonie à la con pour gracier un dindon. Remarquons qu'une fois encore la France a suivi l'Amérique puisque, nous aussi, nous avons notre cérémonie officielle au cours de laquelle on gracie une dinde : ça s'appelle l'élection de Miss France.»

Les meilleures - et dernières - chroniques de Guy Carlier, ex-électron libre de l'émission «On ne peut pas plaire à tout le monde», assorties de billets backstage qui évoquent les coulisses de l'émission, éclairent ses invités d'un jour nouveau et révèlent des anecdotes souvent étonnantes. Un an dans et hors du bocal...

Également chez Pocket : J'vous ai apporté mes radios, Ultimes chroniques télé, Les nouveaux bijoux de chez Carlier, Carlier libre et j'peux pas plaire à tout le monde.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Saint-Denis, morne plaine

«Et pour terminer ce flash d'information, allons prendre des nouvelles du trafic routier en direct du PC de Rosny-sous-Bois...»
Le chauffeur de taxi, indifférent aux tueries bagdadiennes trente secondes plus tôt, augmente le volume de son autoradio pour mieux écouter un gradé de la gendarmerie annoncer que la circulation est fluide sur le boulevard périphérique parisien.
Ce type doit vraiment être un inquiet, car nous roulons sur le périph, et il lui suffit de regarder devant lui pour constater qu'il n'y a pas le moindre bouchon en vue.
Maintenant que le voilà rassuré sur l'état de la cir­culation, il décide de s'intéresser à moi. Après plu­sieurs regards à la dérobée dans son rétroviseur, il finit par me poser LA question, celle que j'entends depuis deux ans dans les taxis, chaque dimanche vers 15 heu­res, en me rendant aux répétitions A'On ne peut pas plaire à tout le monde. Cette question, je la connais par coeur, comme je connais par coeur le dialogue qui va la suivre. Ça donne à peu près ça :
Le chauffeur : Il est comment, Marco ?
Moi : Euh... c'est-à-dire que c'est un garçon qui...
Le chauffeur : Moi, c'que j'aime pas, c'est qu'il coupe la parole.
Moi : Oui, ça arrive parfois, mais c'est pour mieux...
Le chauffeur : Moi, j'aime pas les gens qui coupent la parole !
Afin de mettre un terme à cette rhétorique surréaliste, je feins de m'absorber dans l'observation des voitures qui nous doublent. C'est l'heure du retour des déjeuners dominicaux obligatoires. Des couples en Opel Vectra financée par les parents et dont le repas du dimanche imposé constitue la mensualité de remboursement. Ils roulent à vive allure car ils ont hâte de rentrer. Ils ont rendez-vous. Avec leur télé.
Moi aussi, en ce dimanche 11 juin, j'ai rendez-vous avec la télé. Pour la dernière fois. Dès mon arrivée aux studios de la (morne) plaine Saint-Denis, en me dirigeant sur le plateau de l'émission que vous connaissiez, j'ai l'impression d'avancer en caméra subjective. Quand je dis que vous connaissiez le pla­teau d'ONPP, vous le connaissiez le dimanche soir, fardé de lumières. Mais à 15 heures, le dimanche, le plateau d'ONPP n'est pas maquillé. Il attend la répé­tition, en peignoir et bigoudis.
J'observe pour la dernière fois les travées du public qui dorment dans la pénombre comme si elles prenaient un peu de repos avant de devenir pour trois heures une arène ibérique. Des techniciens avec casque et micro tiennent à bout de bras de grandes plaques de polystyrène pour régler les projecteurs, d'autres encore reçoivent dans un talkie-walkie des ordres qui semblent venus d'une patrouille d'autoroute américaine. Puis Marco arrive, tee-shirt gris casquette Nike, on dirait un lycéen. Nous nous embrassons et on s'échange à l'oreille deux ou trois conneries, manière de se détendre avant la répétition. Pendant plus de deux heures, Marco va bachoter, la tête penchée sur ses notes en enroulant de l'index des touffes de cheveux comme le font les petits enfants. Moi, je n'ai pas de fiches à réviser, une fois ma chronique répétée, je rêvasse, je regarde les doublures son et lumière, sur le thorax desquelles on a collé une feuille avec le nom de l'invité qu'elles remplacent. Elles sont souvent jeunes, parfois belles, et une fois ma chroni­que passée, je peux les observer à ma guise.
18 heures. Fin de la répétition. On nous sert une collation dans les loges. On dîne tôt à la télé. Comme dans les hôpitaux.
20 h 30. Marco frappe à ma loge. Pour éviter que le maquillage fasse des traces sur sa chemise blanche, il a mis dans son col des Kleenex qui lui font comme une fraise Henri IV. Il jette un coup d'oeil sur ma télé pour voir comment est «sa» Claire Chazal ce soir, puis après avoir échangé quelques mots en pilotage automatique à cause du trac, nous commençons la grande marche vers le plateau qui à cette heure-là ressemble aux jeux du cirque. Plus nous approchons, plus les clameurs du public sont impressionnantes. C'est l'heure où les chiens de la peur nous mordent le ventre. Alors, pour reculer l'instant d'entrer sur le plateau, nous restons pendant cinq bonnes minutes derrière le décor, à plaisanter avec les techniciens ou les invités. Puis on nous «équipe», c'est-à-dire qu'on installe nos micros HF, la maquilleuse nous «fait» les mains et là, juste avant d'arriver sur le plateau, c'est l'instant du rituel que je partage avec Marco, chaque dimanche depuis deux ans : nous nous serrons l'un contre l'autre en nous murmurant à l'oreille : «Que la force soit avec toi.»


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