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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Tijana Asic
Date de saisie : 08/04/2008
Genre : Langues
Editeur : Droz, Genève, Suisse
Collection : Langue et cultures
Prix : 46.44 € / 304.63 F
ISBN : 978-2-600-01196-9
GENCOD : 9782600011969
Sorti le : 25/01/2008
Espace, temps, prépositions constitue une ontologie spatio-temporelle de base - issue des travaux sur la méréotopologie de Casati et Varzi (1999) et des travaux portant sur les cadres de référence (Levinson 2003) - qui permet de définir de manière formelle le sémantisme de base des prépositions spatiales, temporelles et spatio-temporelles en français. Dans la partie contrastive, Tijana Asie analyse les usages non-standard des prépositions françaises et les compare avec les usages non-standard des prépositions en anglais, serbe (et parfois les autres langues slaves), swahili, kikuyu, japonais, arabe et louo. Les résultats des analyses effectuées soutiennent l'hypothèse du localisme linguistique (Lyons 1977) ainsi que sa contre-partie cognitive, l'hypothèse des relations thématiques, d'après laquelle «la cognition de l'espace précède celle du temps» (Jackendoff 1985). Ils démontrent par ailleurs que les différences entre les langues dans ce domaine sont superficielles et peuvent s'expliquer avec les mécanismes de la théorie de l'optimalité (Prince et Smolensky 1993). Il en ressort la formulation d'un certain nombre de primitifs conceptuels tels que l'opposition massif-comptable, l'opposition statique-dynamique, contact et contenance.
LA REPRÉSENTATION LINGUISTIQUE DE L'ESPACE ET DU TEMPS :
PROBLÈMES GÉNÉRAUX
1.1. INTRODUCTION
Depuis sa création l'hypothèse du déterminisme linguistique a provoqué beaucoup de débats et de polémiques dans les milieux linguistiques. Après l'avoir présentée, nous la contesterons ultérieurement. Nous définirons ensuite des expressions telles que sens, référence, signification et concept qui sont, à tort, très souvent considérées comme différents termes pour une même notion. Nous aborderons aussi les hypothèses sur la relation entre le temps et l'espace et notamment celle de Jackendoff d'après laquelle «la cognition de l'espace précède celle du temps» (Jackendoff, 1985). Puis, nous essaierons d'expliquer et d'illustrer dans quelle mesure la représentation du temps peut être considérée comme une simplification de la représentation de l'espace. Les études sur la physique naïve chez les nourrissons, que nous allons présenter et commenter constituent un des arguments à l'appui de cette hypothèse. A la fin de ce chapitre, nous parlerons de notre perspective comparative : nous justifierons le choix des langues étudiées et ferons une description succincte de chacune des langues choisies.
1.2. L'HYPOTHÈSE SAPIR-WHORF ET SES CONSÉQUENCES
1.2.1. Sur la diversité linguistique
Avant d'entamer la discussion sur l'hypothèse Sapir-Whorf, nous voudrions souligner qu'elle n'est qu'une des hypothèses liées au phénoÂmène de la diversité linguistique, qui nous paraît manifeste et incontesÂtable. En voici la liste :
° L'hypothèse de la diversité linguistique : les langues ne sont pas idenÂtiques.
° L'hypothèse des universaux linguistiques : malgré leur diversité, toutes les langues convergent vers un ensemble d'universaux linguistiques.
° L'hypothèse des universaux conceptuels : quelle que soit la langue parlée, la cognition humaine obéit à des universaux conceptuels.
° L'hypothèse Sapir-Whorf : la diversité linguistique est accompagnée par une diversité conceptuelle correspondante (la seconde est motivée par la première).
Elles seront largement discutées dans la suite de ce travail.
1.2.2. Sur l'hypothèse du déterminisme linguistique en général
La linguistique du dix-neuvième siècle se caractérise par un intérêt accentué pour la découverte, l'analyse et la classification de langues jusque-là peu connues. Les travaux des linguistes étaient consacrés à la recherche des ressemblances entre certaines langues et leur but était de les grouper par familles (c'est ainsi qu'on a déterminé les membres de la famille indo-européenne dont certains paraissaient très éloignés et que les racines communes des mots qui prouvaient cette parenté ont été reconstituées). Curieusement, les idées de la linguistique diachronique ont même influencé le grand évolutionniste Charles Darwin. En effet, celui-ci a été inspiré par l'oeuvre de Franz Bopp, le philologue allemand, qui, en 1816, a proposé que toutes les langues Indo-Européennes descendent d'une même langue-racine (Hands, 2001, 35). Parallèlement, l'hypothèse de Darwin stipulait que toutes les espèces se sont développées à partir d'un ancêtre commun à travers la sélection naturelle. De plus, Darwin a été fasciné par les espèces exotiques qu'il avait observées en Amérique et Australie; de même, lorsqu'il s'agissait de langues non-indo-européennes, les philologues étaient attirés par leurs différences et particularités (grammaticales et sémantiques) qui attestaient de l'exotisme des cultures et des mondes lointains où elles étaient parlées.
Ainsi, il ne suffisait pas de décrire les différences linguistiques entre les langues indo-européennes et non-indo-européennes ; l'intention de certains linguistes était de démontrer que ces différences découlaient (ou même étaient à la base) de différentes façons de penser et d'analyser, voire de percevoir, la réalité. Cette hypothèse, qui semble aujourd'hui très audacieuse, a été acceptée et propagée dans les milieux scientifiques européens.
Le premier nom associé à ces idées est celui de W. von Humbolt (voir Penn, 1972), un des plus grands esprits allemands de son époque. Dans ses oeuvres, Humbolt stipulait que l'image que nous avons du monde dans lequel nous vivons (Weltanschauung) nous est donnée par la langue que nous parlons. Pour Humbolt, il n'y a pas de différence entre la pensée et la parole. Nous pensons d'une manière qui dépend de notre langue materÂnelle. Quant aux langues, le niveau de leur «évolution» serait inégal : les langues synthétiques (telles que le latin ou le sanskrit) sont supérieures par leur structure aux langues analytiques (telle que le chinois).
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