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Auteur : Laurent Jeanneau | Sébastien Lernould
Postface : Miguel Benasayag
Illustrateur : photographies de Pierre-Emmanuel Weck
Date de saisie : 14/03/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : les Petits matins, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-915879-34-6
GENCOD : 9782915879346
Sorti le : 14/03/2008
Ils se déguisent en clowns pour nettoyer au Kärcher la mairie de Neuilly-sur-Seine, sablent le Champagne lors de visites de studios aux loyers exorbitants, dégonflent les pneus des 4x4 ou «déboulonnent» les affiches publicitaires.
D'autres campent avec les sans-abri aux côtés des Enfants de Don Quichotte ou soutiennent les familles sans papiers avec le Réseau éducation sans frontières.
Ce sont les nouveaux militants, volontiers festifs, provocateurs, rompus aux ficelles médiatiques.
Les auteurs les ont suivis dans leurs combats. Qui sont ces activistes d'aujourd'hui, adeptes du «coup d'éclat permanent» ? Pourquoi ont-ils tourné le dos aux luttes politiques et syndicales traditionnelles ? Leurs actions, ciblées, sporadiques, sont-elles vouées à s'éteindre aussi vite qu'elles ont surgi ?
Peuvent-ils réellement changer la société ?
Postface : conversation avec Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste
Laurent Jeanneau est journaliste au mensuel Alternatives économiques.
Sébastien Lernould est journaliste. Il collabore au Parisien/Aujourd'hui en France.
Pierre-Emmanuel Week est photographe indépendant.
Il est l'auteur des photos de ce livre.
Extrait de l'introduction :
La rumeur enfle à Poitiers. Dans les couloirs de la faculté, dans les rues pavées de la ville historique, au comptoir du Cluricaum, un pub irlandais sur la place du marché... Partout, on ne parle que du bruit qui court depuis deux jours. Les manifestants anti-CPE s'apprêtent à brûler des voitures. Le spectre des émeutes de novembre 2005 est dans toutes les têtes. Les médias sont aux aguets, prêts à capter la moindre image de pneu cramé. La police est sur le pont, n'attendant que le début des hostilités pour lâcher ses troupes.
Jeudi 2 mars 2006, vers 17 heures, une dizaine d'étudiants avancent d'un pas décidé vers la préfecture. Leur public les attend depuis quelques minutes. Les manifestants investissent le bassin vide devant le bâtiment public. Près de deux mille personnes entourent la fontaine. Le silence s'installe. Puis des chuchotements parcourent la foule : «Mais que font-ils, où sont les véhicules qu'ils veulent brûler ?» Les voitures, ils les sortent de leurs sacs à dos ! Grandes comme des boîtes à chaussures, elles sont en carton. Un briquet prestement dégainé, et le forfait est commis. Les rires fusent, les caméras s'empressent d'immortaliser ce feu de joie. Baptisées «Sarkozynettes» et «Villepinettes», en hommage à Majorette, la célèbre marque de modèles réduits, les petites voitures se consument en quelques secondes.
Mobilisation contre le CPE
En ce printemps 2006, la France assiste à un sursaut protestataire. La révolte étudiante contre le contrat première embauche (CPE) du gouvernement Villepin bat son plein. Dans les grandes et moyennes villes, les rues se transforment en tribunes. Défilés et banderoles monopolisent l'espace médiatique. Certaines universités sont bloquées, voire occupées. C'est le cas de la Sorbonne, à Paris. Le symbole est fort. La référence aux événements de Mai 68 est évidente. Trop, même. Au-delà des apparences, les manifestations contre le CPE ne se résument pas à un «copier-coller» de l'histoire contestataire. Ici et là émergent des pratiques innovantes. La capitale régionale de Poitou-Charentes en est un bel exemple. «Poitiers réinvente la contestation», titre Libération le 10 mars 2006. Deux semaines plus tard, Le Monde évoque «le modèle poitevin» sur une double page.
La dérision, l'absence d'affichage des sensibilités politiques et syndicales et un goût prononcé pour les actions coup-de-poing mais pacifiques font la recette de ce fameux «modèle». Syndicats et partis sont relégués en queue de cortège. Aux actions routinières, les manifestants préfèrent les coups d'éclat festifs et satiriques, à l'image de l'incendie des Sarkozynettes et des Villepinettes. Aux mots d'ordre traditionnels, ils substituent des slogans décalés tels que : «On est très méchants, on mange des enfants. On est très vilains, on mange des doyens. On est immatures, on bloque des voitures.»
«Extraterrestres»
Pour casser l'image patibulaire qui colle au cuir des services d'ordre syndicaux, les étudiants poitevins affublent de nez rouges les membres de leur service de sécurité. À l'université, le tableau noir qui renseigne les jeunes activistes sur le programme des actions quotidiennes (AG, blocus et autres réunions) est titré «Désordre du jour». Le mot «leader» ne fait pas partie du vocabulaire; ici, on parle de «réfèrent», un terme bien plus consensuel. Une tentative de blocage de l'aéroport de Biard échoue ? Il en faut plus pour décourager les militants, qui improvisent une course de chariots sur le tarmac. Ils s'invitent même au casting de la «Star Academy» sur le site du Futuroscope, se présentant comme un band anti-CPE. C'est que le mouvement a sa bande-son, une dizaine de reprises gravées sur un CD vendu à mille exemplaires. Ludiques, décalés, voire infantiles, les Poitevins ne s'offusquent pas quand on les traite d'«extraterrestres» à la Coordination nationale de la mobilisation anti-CPE. Pire, ils en rajoutent en défilant dans les rues du centre-ville déguisés en manifestants pro-CPE, avec les costumes-cravates de circonstance. Ce jour-là, le 1er avril, ce sont des «Merde aux jeunes» qui résonnent dans les rues de Poitiers...
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