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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Ellen Potter
Traducteur : Nathalie M.-C. Laverroux
Date de saisie : 18/03/2008
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Seuil Jeunesse, Paris, France
Collection : Chapitre
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 978-2-02-097512-4
GENCOD : 9782020975124
Sorti le : 13/03/2008
Les parents de Clara Frankofile tiennent le Too Much, le plus chic des restaurants new-yorkais. Sûre de son bon goût et de son bon droit, Clara se cache derrière des lunettes noires et vire chaque soir les clients qui ne lui plaisent pas, considérant que ce sont des Personnes Sans Importance et qu'ils n'ont rien à faire dans un tel endroit. Mais, un soir, après avoir congédié un vieil ami de la famille soudainement tombé en disgrâce, le petit monde de Clara est chamboulé par une bien étrange révélation. Elle se retrouve alors embarquée dans une rocambolesque aventure pour tenter de résoudre un secret vieux de plus de deux siècles...
L'imagination d'Ellen Potter sert une intrigue palpitante et délirante, tout en soulevant la question des apparences avec légèreté. Ellen Potter est également l'auteur de Olivia Kidney.
Chaque soir, au restaurant le Too Much, une fillette de onze ans allait s'asseoir toute seule à une petite table ronde, au fond de la salle. Elle était plutôt petite et portait de grosses lunettes noires. Elle se tenait toujours très bien et restait immobile, sans tournicoter ses cheveux et sans sourire pendant qu'elle regardait les merveilleux clients à paillettes qui entraient ou sortaient du restaurant.
Comme ses lunettes étaient très grandes et très noires, il était impossible de savoir qui elle regardait, ce qui rendait ces merveilleux clients à paillettes extrêmement nerveux.
Ce jour-là, la fillette aux lunettes noires, qui se nommait Clara Frankofile, se trouvait à sa place habituelle, devant un sandwich au thon coupé en quatre triangles parfaits, et un grand verre de jus de tomate muni d'une paille. Elle ne touchait pas au sandwich, mais elle sirotait souvent son jus de tomate tout en parcourant la salle de restaurant d'un regard acéré.
C'était le milieu du mois d'août, et la ville de New York subissait une vague de chaleur, mais Clara n'était pas vêtue d'un short et d'un T-shirt comme la plupart des fillettes de son âge. Elle portait une robe noire toute simple. Tous les jours. En fait, c'était chaque jour la même robe, sans être vraiment la même : elle en avait cent cinquante-sept, absolument identiques. Depuis sa naissance, elle portait la même robe noire toute simple, dont seule la taille changeait. Ses parents, qui étaient propriétaires du Too Much, avaient décrété qu'une robe noire toute simple était le modèle de l'élégance, et qu'en étant habillée ainsi leur fille serait toujours très chic. Pour la naissance de Clara, ils avaient fait confectionner par une couturière une minuscule robe noire toute simple, pas plus grande qu'une serviette de table. Et quand elle avait grandi, ils n'avaient vu aucune raison pour qu'elle ne porte plus une petite robe noire toute simple. À huit ans, Clara avait complété sa tenue par de grosses lunettes noires. Elle gardait dans une boîte à bijoux un collier de perles de Tahiti absolument parfaites, qu'elle avait l'intention de porter dès qu'elle aurait seize ans.
À vrai dire, les élèves la taquinaient en la voyant chaque jour avec le même vêtement, mais Clara s'en moquait. Elle avait constaté qu'ils étaient tous d'une stupidité renversante. Elle avait changé plusieurs fois d'école en espérant trouver enfin des élèves aussi élégants et intelligents qu'elle. Mais curieusement, ils semblaient chaque fois encore plus stupides et plus vulgaires que les précédents.
Au centre de la salle de restaurant, un célèbre acteur de cinéma, très beau, aux mèches blond doré, jetait des coups d'oeil inquiets à Clara.
- Est-ce que c'est nous qu'elle regarde ? demanda-t-il à la jeune femme assise en face de lui.
Elle aussi était blonde, avec des lèvres roses et gonflées comme un Malabar.
- Je ne crois pas, mon chéri, répondit-elle.
- Mais si ! Je sens son regard sur moi. Je t'avais bien dit que je n'aurais pas dû me faire faire ces mèches. Oh ! Cette histoire me coupe l'appétit !
- Ce n'est rien, mon chou. C'est cette horrible femme qu'elle regarde, là-bas, à la table du coin... oui, cette femme très maigre, avec une tête de poisson-chat. C'est une danseuse, mon chéri, et figure-toi qu'elle est tombée sur les fesses, hier soir, en plein milieu du spectacle ! Il paraît que sa carrière est terminée, mon coeur. Si, je t'assure ! Maintenant, mange ton tartare de saumon... Ensuite, nous irons peut-être chez le coiffeur pour qu'il arrange ces horribles mèches. Mais où avais-tu donc la tête le jour où tu les as fait faire ?
Cependant, Clara ne regardait ni l'acteur de cinéma ni la danseuse. Elle ne s'intéressait pas davantage à la princesse de Thaïlande, qui se tenait horriblement mal à table, roulant de la mie de pain entre ses doigts avant de la jeter sur ses gardes du corps.
En fait, Clara Frankofile avait les yeux rivés sur un petit homme ordinaire vêtu d'un costume gris bien repassé, et dont les cheveux blancs étaient impeccablement coiffés. Il était seul et mangeait des foies de volaille grillés. Sa main tremblait légèrement quand il portait la fourchette à sa bouche. Il ne présentait d'intérêt pour personne. Et pourtant, derrière les lunettes noires, les yeux verts et perçants de Clara suivaient ses moindres gestes.
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