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Un goût de miel

Couverture du livre Un goût de miel

Auteur : Dominique Rousset

Date de saisie : 03/07/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-02-092600-3

GENCOD : 9782020926003

Sorti le : 06/03/2008

  • Les présentations des éditeurs : 21/06/2008

Ils s'appellent Angèle, Tarek, Lamine, Micha et Anita. Ils viennent du nord et du sud de l'Afrique, des Philippines, de l'est de l'Europe et cherchent à gagner un pays où la vie est meilleure. Comme des milliers d'autres, ils rencontrent les pires difficultés pour atteindre leur but et ils n'y parviennent pas toujours. Ils emportent les espoirs de leur famille et de leur village ou ils partent seuls, sans prévenir personne, ils ont parfois laissé des enfants.
Ces cinq-là ont un nom, un visage, une histoire. Angèle cherche Honorine, sa petite fille qu'elle a perdue un soir, alors qu'elle fuyait leur pays en guerre. Tarek embarque avec un copain à bord d'un cargo. Lamine essaie toutes les voies possibles - le désert, la mer et jusqu'à la soute d'un avion. Micha découvre les puissants réseaux mafieux. Et Anita, des années durant, reste entre deux pays, ni ici ni là-bas. Leurs parcours, souvent tragiques, parfois cocasses, croisent ceux d'autres migrants - ailleurs, partout, une ronde perpétuelle autour du monde : «Vous ne voulez pas de nous, mais vous nous avez donné le goût du miel», dit Lamine.

Dominique Rousset est productrice à France Culture. Un goût de miel est son premier roman.



  • La revue de presse Aude Carasco - La Croix du 2 juillet 2008

Dans son premier roman, Dominique Rousset nous plonge dans le quotidien et les errances de cinq sans-papiers, aventuriers malgré eux des temps modernes. «Ils nous ont donné le goût du miel», lance l'un des clandestins. Entassés à l'arrière de l'avion français qui les ramène de Paris au pays, les autres opinent. Comme Lamine, ils ont tenté leur chance en France...
Sa plume, tendre et alerte, nous infiltre dans la peau et l'âme de ces clandestins, originaires d'Afrique, des Philippines ou de l'Est de l'Europe. Dont le seul point commun est d'avoir voulu venir dans un pays riche, attirés par l'espoir de lendemains moins misérables. Pour leur famille...
Ces sans-papiers, aux destins douloureux, croisés dans l'indifférence des grandes villes, savent aussi observer nos manies, nos faiblesses, notre cupidité, notre arrogance d'enfants gâtés. Avec à la fois tristesse, incompréhension et détachement. Angèle, la Rwandaise, n'a, elle, qu'une seule obsession : retrouver Honorine, sa petite fille, qu'elle a perdue un soir dans la foule en liesse, alors qu'elle fuyait le pays en guerre. Le reste, tout le reste, peut bien glisser sur elle comme du miel.


  • La revue de presse Philippe Lacoche - Le Figaro du 19 juin 2008

«Ils ne veulent pas de nous. - Ils ont brisé nos rêves ! - Mais ils nous ont donné le goût du miel.» Ce sont des pages graves, tendues, fortes et carrément poignantes que nous propose Dominique Rousset. Le sujet qu'elle aborde est ancré dans la réalité, et l'auteur n'intitule pas son texte «roman» mais «récit». Cela veut-il dire qu'elle a longuement enquêté sur la question ? On ne le saura pas. Pas de préface ni de postface. Juste ce livre magnifique aux allures de fiction qui vous prend à la gorge.


  • Les courts extraits de livres : 18/03/2008

Lamine

C'est un pavillon en Seine-et-Marne, un après-midi de février. Le temps est plutôt doux, le soleil est sur la région depuis plusieurs jours, de quoi donner envie de bricoler au jardin. Gilbert s'est levé tôt comme chaque matin, il n'a jamais su rester au lit ; six heures de sommeil c'est bien assez, et le plateau du petit déjeuner, le journal, pourquoi pas tant qu'on y est la fleur sur le plateau - il ne voit pas ce qui fait rêver. Pour l'heure il siffle entre ses dents, chaudement vêtu, occupé depuis bientôt deux heures à réparer une clôture derrière le garage ; l'opération n'est pas simple, le mauvais temps de l'automne a fait pourrir les piquets de bois, il faut les remplacer un à un, mais il aime ce travail, et se trouver seul au fond de son jardin un jour de semaine quand toutes les maisons alentour ont été désertées.
Au-delà du lotissement gronde la rumeur de la circulation et les avions à basse altitude signalent l'aéroport tout proche, mais ici c'est quand même la campagne, des arbres nus et des buissons en désordre, les feuilles en tas, quelques oiseaux frileux. La veille, Gilbert a déroulé le grillage qu'il veut maintenant installer sur les piquets neufs, et il se dirige vers l'atelier pour prendre ses outils. De nombreux pots de terre emmitouflés sous des voiles d'hivernage, des arrosoirs, une brouette fatiguée encombrent le passage. Poussant la porte d'un bon coup d'épaule car la pluie a fait gonfler le bois, Gilbert voit tout de suite, étendu au pied de l'établi au milieu d'un grand désordre, un homme noir en chemise claire, le visage contre le sol.
Avec une exclamation indignée, Gilbert se précipite ; il va réveiller ce type probablement soûl et le jeter dehors ; il a le temps de se demander s'il ne risque pas un mauvais coup quand il note soudain la lumière inha­bituelle dans l'atelier, et presque aussitôt, levant la tête, un trou béant au plafond juste au-dessus de l'établi. Les planches du toit sont cassées et pendent à la verticale, l'ampoule a disparu du fil arraché, deux ou trois tiroirs chargés de clous ont répandu leur contenu à terre.
Alors qu'un nouvel avion approche du lotissement dans un vacarme familier et porte son ombre sur le jardin, Gilbert crie encore, de stupeur cette fois. L'homme à terre a une vilaine blessure au bras, une plaie ouverte bien visible sous la chemise déchirée, ses jambes sont brisées, dans une posture grotesque, et, détail curieux, il a sur les mains des sortes de moufles ou peut-être des chaussettes. L'appareil, au même moment, amorce sa manoeuvre d'atterrissage et libère les roues, laissant voir ses entrailles, un entrelacs de barres et d'essieux, un gouffre noir, puis il poursuit sa descente vers la ligne des arbres et disparaît au-delà, dans un rugissement. En se penchant sur le corps, le propriétaire du pavillon découvre les traits à peine altérés d'un jeune homme, vingt ans, vingt-cinq tout au plus.

Le soir, à la télévision, le maire, qui s'est rendu sur les lieux pour réconforter Gilbert et son épouse, se dit inquiet pour sa ville, il regarde la caméra et il prend tout le monde à témoin : «Nous avons déjà protesté. Cette fois c'était un atelier de jardin, heureusement personne n'a été blessé. Mais si c'était tombé sur des passants ou une école, est-ce qu'on se rend compte ? Cela ne peut plus durer.» Il dit ceci exactement. Dans son dos, les voisins approuvent, quelqu'un a mis la main sur l'épaule de Gilbert qui hoche la tête avec force.


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