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Auteur : Olivier Delorme
Date de saisie : 29/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : H & O, Béziers, France
Collection : Littérature française
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84547-163-4
GENCOD : 9782845471634
Sorti le : 29/01/2008
Olivier Delorme est un historien, un archéologue et un numismate... c'est aussi un fabuleux conteur qui sait mettre sa culture à la portée de ses lecteurs au moyen d'une intrigue qui paraît souvent inextricable... mais qui vous tient en haleine tout au long de ses 444 pages.
On partage rapidement sa jubilation en le suivant sur de tortueux chemins qui vont de la Sorbonne à la Croatie en passant par la Grèce et les mystérieux ateliers de restauration du Louvre : autant de lieux que l'auteur a fréquenté professionnellement ou étudié avec passion.
La mythologie grecque, l'histoire de l'art de la Renaissance, la Croatie pro-nazie, les financiers douteux du Vatican et un monde politique français où l'on reconnaîtra quelques «fortes têtes» actuelles donnent un contexte foisonnant de détails et d'informations riches et pertinentes, jamais pesantes malgré leur abondance.
Les personnages principaux sont d'un genre assez inhabituel : Philippe et Stéphane, un couple d'hommes et Malika, leur «accompagnatrice». Les garçons ont des points communs avec Indiana Jones pour l'un et Jérôme Kerviel et pour l'autre... quant à la fille, c'est bien une «beurette».... spécialiste en charcuterie fine...
Au fil d'une incroyable intrigue, le lecteur découvre qu'il peut se mettre dans la peau de personnes «différentes» et découvre des aspects rares en littérature et précieux par leur acuité et leur justesse...
Défenseur brillant de la dignité humaine, Olivier Delorme fait ici un plaidoyer léger et subtil en faveur de ses principes : une fois L'or d'Alexandre refermé, on s'étonne d'avoir réussi à comprendre tant de choses, d'avoir ressenti des émotions aussi fortes qu'inattendues.
Les joies apportées, les horizons ouverts, la complicité intellectuelle proposée ont fait de cette lecture l'un de mes plus grands moments de relation avec un livre, un de ceux ou la fusion entre réalité et fiction offre aux marathoniens de l'espoir une escale de sérénité.
Alors que le Louvre vient d'acquérir le mythique trésor d'orfèvrerie hellénistique appelé l'Or d'Alexandre, la restauration d'un tableau de Nicolas Poussin révèle que plusieurs toiles récemment prêtées à des établissements étrangers ont réintégré les réserves du musée sous la forme de copies d'une exceptionnelle qualité. Le scandale est énorme; il s'amplifie encore lorsque les policiers arrêtent une conservatrice du département des peintures.
Dans le même temps, au cours d'un colloque à la Sorbonne, Athina Poulakas, spécialiste de la Grèce antique, est assassinée d'un coup de javelot. D'autres meurtres à la mise en scène étrange suivront : sont-ils liés, comme le croit la police, à un jeu virtuel qui aurait dérapé ? Ou bien s'agit-il de règlements de comptes entre mandarins qu'opposent d'implacables rivalités de pouvoir ?
L'enquête que mènent Stéphane et Philippe, deux amis d'Athina, les conduira d'un bourg perdu de Grèce centrale jusqu'à un monastère franciscain de Croatie. Ils y feront de troublantes découvertes sur l'Or d'Alexandre et sur un autre trésor maudit : celui des toiles spoliées par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Mais seront-ils en mesure de faire éclater la vérité quand les puissances qui se sont enrichies de ces trafics ont tout intérêt à les faire taire ?
Archéologue de formation, Olivier Delorme a travaillé au Louvre et enseigne l'histoire contemporaine à Sciences po. Il a déjà publié Les Ombres du levant (Critérion, 1996), Le Plongeon (H&O, 2002) et Le Château du silence (H&O, 2003). Après La Quatrième Révélation (H&O, 2005), «thriller total et provocant qui doit autant à James Ellroy qu'à Alexandre Dumas» (Les Échos), L'Or d'Alexandre nous entraîne dans une intrigue où l'émotion et l'ironie se mêlent pour construire un suspense aux ramifications politiques bien actuelles.
Mercredi 8 juin, dans l'amphi Guizot où l'on s'interroge, après l'heure de la sieste, sur la virginité d'Héra et la disparition d'Athina
- Mais foutre Dieu, Stéphane, qu'est-ce que peut bien fabriquer votre copine Athina ?
C'est Achille Blézieux, le président de cette quatrième demi-journée des VIIIe Rencontres de la Société internationale de mythologie hellénique consacrées à «La Sagesse d'Athéna», qui m'interroge à voix basse en se penchant vers moi.
- Je n'en sais rien, monsieur. Il y a dix minutes, elle est sortie en me disant qu'elle devait passer un coup de fil urgent, mais qu'elle n'en aurait pas pour très longtemps.
Blézieux se renfrogne : comme si j'y étais pour quelque chose ! Nous sommes six à siéger autour de lui, derrière le bureau magistral. Enfin nous étions six (les communicants de l'après-midi) jusqu'à ce que, à ma gauche, Athina sente son portable, branché sur vibreur, s'agiter contre son sein généreux, dans la poche de poitrine de sa chemisette kaki - il fait aussi chaud en ce début de juin qu'en une fin de juillet. Le temps de consulter le message reçu, et elle s'est esquivée juste après m'avoir glissé à l'oreille :
- Je dois rappeler quelqu'un immédiatement. S'il s'inquiète, tu dis au Vieux que je reviens tout de suite.
Le Vieux, c'est ainsi qu'affectueusement nous appelons Achille Blézieux, notre «patron» commun depuis un quart de siècle, qui, je le connais assez, est en train de perdre patience, alors que Paul Goulard a déjà dépassé son temps de parole depuis cinq minutes. D'autant que nous autres, à la tribune, tournons le dos au chef-d'oeuvre de Léon-François Comerre, incomparable ornement de cet amphi Guizot qui nous accueille depuis hier matin. Si bien qu'il nous est impossible, contrairement à la docte assistance qui nous fait face, de tromper notre ennui en admirant dans ses moindres détails La Grèce antique se dévoile à l'archéologie où, sur fond de mer et de collines caillouteuses, au milieu d'un chaos de chapiteaux renversés, de fûts de colonnes et fragments d'architrave, entre une stèle funéraire, un torse féminin de marbre et un vase de style orientalisant récemment exhumés par deux ouvriers en bras de chemise, une Clio couronnée de fleurs, debout devant le grand livre ouvert de l'histoire, et un archéologue barbu en complet veston (plus Jules Ferry qu'Indiana Jones), assis à côté d'une pelle qu'il n'a jamais touchée, contemplent le début du strip-tease d'une solide, fière et belle Hellène dont le physique n'est pas sans évoquer celui d'Athina. Bras nus levés vers le ciel, vêtue d'un péplos au plissé impeccable, le presque sosie de ma copine (à l'exception de la chevelure, auburn et retenue en chignon chez Comerre, tandis que celle d'Athina, d'un noir de jais sans même un fil blanc, malgré les années qui passent, est coupée court, à la garçonne) retire le voile translucide (brodé de ce motif géométrique qu'on appelle une grecque) qui dissimulait ses nobles traits.
Quant à ceux d'Athina, ils trahissent depuis le début du colloque une préoccupation - voire une inquiétude - inhabituelle chez cette Thessalonicienne à la volonté et au moral d'acier suédois.
Bien que, hier soir, au cours de notre dîner à la maison, elle eût nié la moindre contrariété. Contre toute évidence puisque ce matin à la pause de 10 heures, comme à l'apéro du recteur ou à la récréation de 16 heures, elle m'a laissé en plan afin de s'isoler dans d'interminables tête-à-tête avec son portable, en grillant approximativement le double de ses vingt cigarettes quotidiennes.
Son dernier coup de fil s'est d'ailleurs à ce point éternisé qu'elle en a raté, à la reprise de 16 h 30, le début de l'exposé d'Alma Patterson. Ce qui est fort dommage puisque notre estimée collègue, de couleur et de l'université d'Atlanta, aussi pointilleuse sur le sujet de la parité que sur celui de la discrimination raciale, nous a livré une passionnante démonstration selon laquelle le lac Tritonis, lieu de naissance d'Athéna si l'on en croit l'hymne homérique, n'était nullement localisable, comme on le prétend généralement, dans une dépression asséchée des confins tuniso-libyens, mais qu'il devait être identifié au lac Tchad. De telle sorte que la fille de Zeus, sortie du crâne de son père après que celui-ci eut avalé Métis enceinte («métaphore de la prise de pouvoir du pénis dominateur sur l'intelligence matrice primordiale»), était sans aucun doute possible mélanoderme.
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