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Auteur : Vendela Vida
Traducteur : Adèle Carasso
Date de saisie : 07/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-87929-570-1
GENCOD : 9782879295701
Sorti le : 07/02/2008
Ce roman est très beau et touchant. Il m'a interpellée souvent. Il est à la fois doux et remuant. Et puis il nous transporte ailleurs. Là où il fait très froid et presque toujours nuit : le cercle polaire. Pourtant ce roman nous enveloppe de sa chaleur, d'émotions. On suit la quête d'identité de Clarissa. Comme elle on s'attache aux personnages qu'elle rencontre. Comme elle on est triste. Comme elle on déguste les plats de ce pays et les boissons. Comme elle on réfléchit sur la famille, sur les liens qui se construisent entre ses membres. Ah...ne pas trop en dire. Si ce n'est qu'il faut lire ce livre parce qu'il est très agréable et tout simple mais qu'il donne beaucoup.
A la mort de son père, Clarissa, une jeune Américaine, découvre que ce dernier n'est pas son géniteur biologique. Quatorze ans plus tôt, sa mère, Olivia, a disparu sans laisser de traces. Déboussolée, elle décide de retrouver son vrai père, lequel s'avère être un pasteur finlandais vivant en... Laponie !
Clarissa se met en route. Direction : le cercle polaire. De rencontres en révélations sur le mystère de sa naissance, elle rassemble les morceaux du passé de sa mère et du sien. Dans ce pays où le soleil ne se lève jamais, Clarissa va redonner un sens à son destin.
Vendela Vida a grandi en Californie. Elle anime une revue littéraire alternative, The Believer, et participe à l'avant-garde américaine de la Côte Ouest qui assume le romanesque tout en y insufflant fantaisie, sens du décalage et humour. Après Sans gravité, publié à l'Olivier en 2005, Soleil de minuit est son second roman.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Adèle Carasso.
Il était trois heures de l'après-midi quand l'avion a atterri à l'aéroport d'Helsinki, mais par le hublot, je voyais déjà le crépuscule se répandre sur le ciel comme une ecchymose. J'ai récupéré ma valise, à la poignée froide, et clopiné jusqu'au comptoir d'informations touristiques, où une femme qui avait de jolies dents et parlait mal l'anglais m'a trouvé un hôtel près de la gare. Je comptais prendre le premier train pour la Laponie, après une nuit de sommeil. Elle m'a indiqué la navette gratuite de l'hôtel stationnée à l'extérieur. J'allais frapper à la porte quand elle s'est ouverte.
Le badge du chauffeur blond annonçait «Ari», mais il m'a confié, à moi, la seule passagère du bus, que son nom était Kari. Le badge appartenait à son frère jumeau qu'il remplaçait (mais surtout que je ne le répète pas, m'a-t-il demandé). Quand il a été clair qu'il ne monterait plus personne, Ari/Kari s'est retourné et a lancé en direction de l'endroit où j'étais assise : «Maintenant nous partons.»
Nous nous sommes traînés derrière un chasse-neige sur la route d'Helsinki. À la radio, un homme chantait, en anglais, le plaisir de rentrer chez soi en voiture pour Noël. J'ai demandé à Kari si ça ne le dérangeait pas de baisser un peu, il a éteint la radio.
Trois étoiles étaient alignées sur la plaque sous le nom de l'hôtel - une de plus qu'à mon habitude - et j'ai ressenti la fierté dérisoire du voyageur pour lequel on a fait un choix flatteur. À l'intérieur, Kari a monté mes bagages à la réception, et là, il est passé de l'autre côté du comptoir pour s'occuper des formalités. Non-fumeur, une seule nuit, ai-je précisé.
Je m'étais à peine installée dans ma chambre que le téléphone a émis des glapissements saccadés, très différents du drrring américain. C'était Kari, pour me dire qu'il terminait son travail dans une heure. «Vous aimez me retrouver dans le hall pour prendre un verre ?»
J'ai accepté, en partie parce que j'étais soulagée qu'au bout du fil ce ne soit pas Pankaj, mon fiancé. L'était-il encore ? Je n'en étais plus très sûre. Ces derniers temps, tout ce qui m'entourait me semblait familier et pourtant décalé, comme la première fois qu'on voyage à l'arrière de sa propre voiture.
Papa était mort une semaine avant mon départ en Laponie. Il avait soixante-six ans, une mort inattendue. Crise cardiaque. C'est Pankaj qui avait répondu au téléphone. J'étais au lit, je m'occupais des factures, dans l'appartement de Morningside Heights que Pankaj et moi partagions depuis presque cinq ans. Il était entré dans la chambre, hésitant, et s'était agenouillé à côté du lit. Pas pour prier.
«Ton père, avait-il dit. Ton père.»
Nous partîmes le soir même pour Rhinebeck, où j'avais grandi. Où mon père avait grandi. Où ma mère avait vécu quinze ans avant de disparaître.
Je commandai une composition florale chez un fleuriste qui venait d'ouvrir, un Hongrois récemment débarqué. Erreur. Un ruban vermeil accroché en diagonale, comme l'écharpe des concurrentes d'un prix de beauté, barrait une couronne tape-à-l'oeil, près du cercueil. En grandes lettres argentées : BIEN AIMER.
Le jour de l'enterrement, pour la première fois, j'enviai l'ignorance de mon frère. Depuis sa naissance, Jeremy n'a jamais parlé, il était donc difficile de savoir s'il comprenait que Papa était mort. Ma famille n'a jamais voulu reconnaître que Jeremy est arriéré ; ma mère disait qu'il était lent. Elle s'est volatilisée quand j'avais quatorze ans, Jeremy six. Dans la vacuité des mois qui suivirent sa disparition, je m'étais convaincue que notre famille était punie de la honte silencieuse qu'elle éprouvait à l'égard de Jeremy. Je répétais le mot défendu encore et encore - arriéréarriéréarriéré - comme si je pouvais défaire ce qui était fait : le désarriérer, ramener ma mère à la maison.
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