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Abraham : le messager d'Harân

Couverture du livre Abraham : le messager d'Harân

Auteur : René Guitton

Date de saisie : 05/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.90 € / 130.54 F

ISBN : 978-2-08-068845-3

GENCOD : 9782080688453

Sorti le : 11/03/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Accablé par la douleur des hommes, mon maître avançait, discret, en perpétuelle réflexion, corps penché, tête rentrée, puis s'ouvrait quand il prenait la parole. Sa voix libre, encore pleine de son adolescence, semblait composée de plusieurs voix qui se chevauchaient, comme si l'une disait les mots et l'autre en soulignait le sens. Il m'avait appris à lire la ligne d'horizon comme le moindre grain de poussière, à étudier jusqu'au chien qui agite la queue pour déceler combien la queue peut parfois agiter le chien. L'écouter c'était comprendre, et le jour vint où il me montra un Dieu visible. Et je le vis ! Je lui avais été donné pour le servir. Mais de nous deux, qui servit l'autre ?»
Avec Abraham, le Messager d'Harân René Guitton écrit ici une oeuvre où l'imaginaire s'inspire des traditions et des légendes. Il entraîne le lecteur des villes mythiques d'Ur et de Babylone aux confins de la Terre sainte, jusqu'aux déserts d'Egypte et d'Arabie, à la découverte du patriarche. Abraham, le Messager d'Harân, une fresque épique où souffle l'immensité du père des croyants.

René Guitton, connaisseur passionné de l'Orient ancien et des religions, a obtenu le prix Montyon de l'Académie française, le prix Lyautey de l'Académie des sciences d'Outre-mer et le prix Liberté, pour son ouvrage : Si nous nous taisons.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait du prologue :

Mon père m'a engendré avec l'une de ses quatre cents femmes, quatre cents favorites ou peut-être plus qui vivaient dans son sérail. On ne les comptait plus. Lui comme moi n'avons jamais su quelle génitrice m'avait mis au monde. Toutes et aucune. Quelle importance ! Les enfants naissaient dans un enchevêtrement d'épouses dévouées à un mari unique qui les honorait toutes. Les nouveau-nés passaient de mère en mère assouvissant les frustrations des mal-aimées. Les filles disparaissaient noyées disait-on, avant d'avoir ouvert les yeux, quand les fils découvraient la volupté charnelle du lait et des mamelles.
Mi-dieu mi-homme mon père imposait ses guerres, ses idées, son histoire et chacun devait y croire. Il se persuadait de détenir la clef de l'univers. Aucun discours ne pouvait ouvrir de brèches dans l'hermétisme de son crâne et nul précepteur n'avait pu le détourner de ses certitudes. Gravées en lui dès la naissance elles l'aidaient à ne percevoir aucune angoisse, aucune tristesse, tant il était pétri d'inhumanité, insensible à toute autre vibration qu'à celle de sa gloire.
Il ne connaissait que le mépris des peuples et vomissait son venin sur tout le genre humain, d'une couleur de peau à l'autre. A l'encontre de tous il nourrissait des sentiments de haine et foulait les anciennes sagesses, orchestrant à son seul profit un amalgame de violence et de sacré. En monarque cruel il poursuivait ceux qui osaient lever la tête : comme des chevaux en hordes, les égarés fuyaient devant le désastre, pour ne laisser d'eux que des fragments de corps sur ses champs de batailles. Ses intrigues et ses machinations alimentaient un quotidien consacré à sa surpuissance et à sa volonté frénétique de domination. À chaque aurore il haranguait les foules qui l'acclamaient d'ailleurs prêchant un paganisme dont il serait le seul dieu.
N'attendez pas de moi pour autant la trahison.
Pourquoi nier ma filiation de sang au pitoyable roi de tous les mondes ? Je la revendique au contraire ; chacun peut s'extraire de la pire condition et en éprouver de la fierté !
Nemrod régnait sur la terre jusque dans les endroits les plus reculés et même jusqu'au fond de moi où il avait pris tout l'espace. Il aurait fallu que je vive dans l'insouciance pour trouver la paix. Le meilleur moyen de m'échapper consistait à ne jamais discuter le passé, le présent ou l'après et à obéir à l'auteur de mes jours même si j'avais conscience de la limite des hommes. Je vivais, le temps m'était compté et je mourrai tôt ou tard comme tu mourras toi aussi qui me lis, toi l'autre moi-même frère en humanité.
Dans sa semi-divinité mon père se prétendait immortel et se riait de ce qu'il nommait mon «désarroi» :
- Tu es en vie, ta mort n'est donc pas d'actualité. Le jour lointain où elle te concernera tu ne seras plus.

Tous ses combattants que je voyais périr à mes côtés dans ses guerres, ne s'interrogeaient-ils pas ?
Mes questions sur la mort et ma crainte du passage ne me préoccupaient jamais autant que mes peurs de la vie. J'allais atteindre bientôt le seuil de l'âge adulte et redoutais l'avenir. J'avais peur du sens des jours mais peur de leur non-sens aussi, de leur absurdité. Souvent la banalité ajoutait à mon angoisse. Pourquoi vivre ? Comment vivre ?

Je m'interrogeais de plus en plus jusqu'à ce que survienne l'événement, jusqu'à ce que mon père m'offre à un autre. Offrir son fils, la chair de sa chair ! Ce fut le cadeau du vaincu au vainqueur.
Aujourd'hui tous deux ont disparu.
Le vainqueur n'est plus, hélas.
N'attendez pas de moi la révolte ou les pleurs devant son absence. Avant de partir il m'avait appris à supporter la douleur en silence. Il a partagé avec moi ses peines, ses interrogations intimes, ses débats intérieurs, jusqu'à la Révélation. Le savoir qu'il m'a transmis m'apparaît aujourd'hui comme une évidence, aussi vrai que le jour succède à la nuit et la nuit au jour. Le spectacle le plus simple peut nous demeurer une énigme si personne à nos côtés ne nous aide à le ressentir. Je croyais avoir inventé mes bravoures quand je ne faisais que reproduire les fausses valeurs de mon père, celles qu'il avait imprimées en moi.


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