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Auteur : Jules Amédée Barbey d'Aurevilly
Date de saisie : 13/03/2008
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Belles lettres, Paris, France
Prix : 80.00 € / 524.77 F
ISBN : 978-2-251-50001-0
GENCOD : 9782251500010
Sorti le : 15/02/2008
Tout au long de sa carrière littéraire, Barbey d'Aurevilly fut un collaborateur assidu de la presse de son temps et un critique redouté. Cet aspect de son activité littéraire lui importa assez pour qu'il éprouve le désir de recueillir en volumes un grand nombre de ses études critiques. Interrompue en 1889 par sa disparition, cette entreprise éditoriale fut poursuivie par son amie Louise Read qui porta à près de quarante le nombre des recueils édités. Depuis leur édition originale, les titres concernés n'avaient, pour la plupart, jamais été réédités, hormis sous forme de reprint
Le présent volume, le troisième, s'inscrit dans une vaste entreprise, et vise à procurer enfin au grand public l'intégrale de l'Œuvre critique de Barbey d'Aurevilly. Il contient les tomes IX, X, XI et XII de la série Les Œuvres et les Hommes, c'est à dire :
- Les Philosophes et les écrivains religieux, deuxième série (texte établi, présenté et annoté par Dominique Millet-Gérard, professeur de littérature française à l'université de Paris IV-Paris Sorbonne),
- Les Historiens, deuxième série (texte établi, présenté et annoté par Jérôme Grondeux, maître conférence d'histoire contemporaine à l'université de Paris IV-Paris Sorbonne),
- Les Poètes (texte établi, présenté et annoté par Catherine Mayaux, professeur de littérature française à l'université de Cergy-Pontoise),
- Littérature étrangère (texte établi, présenté et annoté par Guillaume Reynes, avec la collaboration de Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l'université de Paris IV-Paris Sorbonne).
Chacun des textes est précédé d'une introduction qui en dégage les enjeux esthétiques et idéologiques, ainsi que d'une notice qui en retrace la genèse. Il comporte des notes, un apparat savant et indique les variantes qui peuvent exister entre la publication préoriginale dans un périodique et le volume publié. Il est en outre enrichi d'un index des noms et d'un index des oeuvres.
Pierre Glaudes, professeur à l'Université de Paris IV-Paris Sorbonne, a consacré l'essentiel de ses travaux aux romanciers et aux essayistes du XIXe siècle. Il est l'auteur d'une thèse sur L Œuvre romanesque de Léon Bloy dont il a par ailleurs édité le Journal (Paris, 1999). De Barbey d'Aurevilly, il a édité les Diaboliques (Paris, 1998) et le Chevalier Des Touches (à paraître).
Catherine Mayaux, professeur de littérature française à l'Université de Cergy-Pontoise, dirige avec Pierre Glaudes, l'édition de l'Œuvre critique de Barbey d'Aurevilly. Spécialiste de poésie, elle s'intéresse aux questions de poétique et travaille sur les rapports entre Bible et littérature.
La réédition de l'intégralité de l'oeuvre critique de Barbey d'Aurevilly se poursuit avec un troisième volume où il est question de philosophie, d'histoire et de poésie...
À sa manière, l'auteur de Port-Royal a fait oeuvre de créateur. Mais pour le reste, quel sens garde jusqu'à nous cet exercice autonome du jugement exercé dans la presse et l'université par des délicats qui jamais n'ont mis la main à la pâte ? Nada. On doit en convenir en découvrant le volume dans lequel se poursuit la réédition intégrale de la géniale critique d'un créateur : Barbey d'Aurevilly. Romancier, nouvelliste, polémiste, le dandy normand ne parle jamais à la légère de ses confrères. À le lire, mille choses nous laissent penser que l'auteur des Diaboliques se sentait à l'étroit dans son siècle plein d'esprits frappeurs et de tables tournantes.
Extrait de l'introduction :
Le volume IX des Œuvres et les Hommes, publié chez l'éditeur Frinzine en 1887, se compose de vingt-et-un chapitres consacrés à des «philosophes et écrivains religieux». C'est là la première constellation de ce «zodiaque de l'esprit humain» que Barbey prétend parcourir, et dont quelques étoiles ont déjà brillé à l'aurore de l'entreprise. Il revient ainsi, quasi-cycliquement, deux ans avant sa mort, à cette catégorie qu'il place, semble-t-il, au sommet d'une hiérarchie des penseurs, et qui se trouvera de nouveau illustrée, de façon posthume, par deux autres volumes.
La différence, par rapport au volume paru sous le même titre vingt-sept ans auparavant, est qu'ici ne sont présentés que des écrivains du XIXe siècle. Le doyen est Joseph de Maistre qui fait le lien, par antiphrase en quelque sorte, avec un XVIIIe siècle constamment présent dans la détestation que lui porte Barbey, que les auteurs qu'il aime le contredisent, ou que ceux qu'il conspue le prolongent (les «fils de Rousseau»...). Nous n'avons point ici de ces effets de perspective qui, dans l'ouverture de la Première Série des Œuvres et les Hommes, nous présentaient des médiévaux ou des classiques à travers le double regard porté sur eux par un éditeur moderne, qui les présente au public, et par Barbey qui lit et parfois ricane par-dessus l'épaule du commentateur.
Ici donc apparaît une relative unité chronologique. Cependant, ces hommes qui pensent et écrivent ensemble ne s'attirent certes pas un jugement uniforme de la part de notre censeur. L'appréhension est manichéenne, et les intéressés se répartissent entre bons et méchants. Barbey excelle à jouer les Dieu le Père et à d'emblée canoniser ou damner, d'une formule sans rémission, l'objet de son observation. Comme le bon grain et l'ivraie de l'Evangile, Joseph de Maistre et Renan se côtoient, ou encore Hello et Rémusat. Le tri, néanmoins, est vite fait : rayonnement, grandeur, éternité d'un côté, de l'autre «petite[s] chose[s]» (p. 41 [35]), grands scandales et infamies que Barbey réduit à leur juste mesure, petits riens, «chosette[s]» (p. 217 [332]). C'est, au fil des pages, et surtout des pages destructrices, une théorie de la décadence qui se monte ; il s'agit de «donner l'idée exacte du temps présent» (p. 170 [255]), d'exhiber «le matérialisme universel qui nous ronge» (p. 170 [256]). Et si Barbey accuse, il le fait avec jubilation ; c'est là qu'apparaît une certaine ambiguïté - la même, au fond, que celle qui régit Les Diaboliques, et, en général, le rapport de Barbey au mal : bonheur de le pointer du doigt, de l'exhiber, pour pouvoir, seul et glorieux, énoncer les clausules triomphantes, «Il faut prendre l'homme par quelque endroit de son esprit ou de son coeur, pour l'arracher à la terre et l'élever vers Dieu» (p. 213 [328]). C'est de l'apologétique quand même.
La table des matières offre un singulier mélange d'écrivains connus et d'ignorés. Il n'est pas tellement étonnant, dans la logique de décadence où se place Barbey, que ceux que la postérité a épargnés soient, justement, les «impuissant[s]» (p. 46 [46]), les histrions ou les rabâcheurs, les Renan, les Michelet, les Dumas. À l'aube du XXIe siècle, il faut avoir lu les disciples de Barbey - Bloy, Huysmans, Claudel, Bernanos -, pour avoir entendu parler de Saint-Bonnet ou Hello. Et il en est d'infiniment plus obscurs, que ne connaît pas même le Nouveau Larousse illustré : l'abbé Monnin, Georges Caumont, Athanase Renard...
Barbey fait montre ici, et c'est un des bonheurs de la lecture, en même temps que le supplice de l'annotateur, d'une immense culture, qui sans doute était naturelle à un esprit distingué de son époque. Horace coule sous sa plume, mais aussi La Fontaine. Il adore les anecdotes, les bons mots historiques, les «traits» qui donnent à sa page cette élégance racée, étrangère à nos modernes journalistes. C'est d'ailleurs une qualité qu'il sait saluer même chez ses pires ennemis : n'évoque-t-il pas, contre la balourdise de Proudhon, la «si princesse élégance» de Voltaire... ? Le «juge d'idées» n'hésite pas à se faire aussi «jug[e] d'expression» (p. 217 [332]) - quitte à trouver au Hello de Physionomies de saints un talent que le Huysmans d'En Route sera beaucoup moins prompt à discerner... Amateur de formules, Barbey ne manque pas d'en user, et nous divertit fort : «Cette affreuse question du divorce, qui a pour solution de violer la famille par la démocratie et de laisser la démocratie dans le ventre qu'elle a violé» (p. 246 [382]) ; «Nous pouvons, nous qui croyons à l'Église, supporter un ennemi de plus à cette Église contre laquelle les portes de l'enfer et les portiers de ce temps ne prévaudront pas» (p. 249 [388]) ; «les obscurités des Lycophron allemands, lesquels ne sont clairs que quand ils sont fous» (p. 198 [299]). La phrase, émaillée de déictiques accusateurs et de points d'exÂclamation triomphants, dit la vivacité d'une pensée qui aime à se couler dans le moule de la conversation d'esprit, très Ancien Régime : et l'on sait que Barbey douait de ce talent certains de ses personnages les plus séduisants, comme la marquise de Fiers. Un des charmes de ce propos est sa richesse en citations de toute sorte, ornement naturel qui dit la grande culture de Barbey, et son attachement aux «fleurs du bien dire», même s'il peut en faire un usage peu conforme au goût dominant de son époque. «M. Barbey d'Aurevilly», écrivait Léon Bloy en 1877, «est le seul homme capable aujourd'hui de faire ce qu'on appelle de la critique et de juger les oeuvres de l'esprit». Dans L'Homme - ouvrage ici présenté -, Hello avait déjà quelques années plus tôt consacré un chapitre à cet art de la critique et opposé à la «critique polie, correcte, mielleuse et médiocre» la «Critique comme Conscience de l'Art», et plaçait l'homme capable de cet exercice sous le patronage de Christophe Colomb. S'il ne livre pas au monde et à la publicité des continents inconnus, Barbey a au moins le mérite de la franchise dans ses dénigrements, et de la ferveur dans ses admirations, et le lecteur moderne lui sera reconnaissant, à côté d'auteurs qu'il peut connaître pour peu qu'il soit familier de Bloy ou de Huysmans, comme Hello ou Blanc de Saint-Bonnet, de lui révéler des inconnus comme l'abbé Monnin, qui célèbre le curé d'Ars, ou l'archiviste Léon Aubineau, qui présente le pittoresque Benoît Labre, ou encore le très obscur Georges Caumont, auteur d'une meditatio mortis «enragée», bien faite pour séduire notre amateur de paradoxes.
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