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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Kar-wai Wong
Date de saisie : 05/03/2008
Genre : Beaux Livres
Editeur : Ed. X. Barral, Paris, France
Prix : 49.90 € / 327.32 F
ISBN : 978-2-915173-30-7
GENCOD : 9782915173307
Sorti le : 24/01/2008
«My Blueberry Nights» présente les photographies que Wong Kar Wai et Darius Khondji, son directeur de la photographie, ont prises au cours des repérages de son film éponyme.
«Il s'agit de détails, d'espaces ou lieux qui me font réagir. Je les considère parfois comme des personnages.»
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«Il y a tant de choix possibles, chaque endroit représente un personnage. Ce sont eux qui me trouvaient, pas moi. À la fin de la journée, je devais faire des choix. Pourquoi choisir tel endroit plutôt qu'un autre ? Lequel provoque la plus forte réaction chez moi ?»
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«Quand on fait un si long voyage, la plupart du temps, surtout lorsque nous traversions le Nevada, il arrive que l'on roule pendant huit heures sans que le paysage change. On perd alors le sens de l'espace. Heureusement, il existe des petits détails qui distinguent ces espaces, qui sont révélateurs d'une époque, comme ces panneaux, ces néons ou ces publicités.»
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«Après avoir effectué ces trois voyages à travers les États-Unis, j'ai compris quels endroits étaient les plus intéressants pour faire ce film et raconter cette histoire. Je plaisante toujours avec Darius, car lorsque nous avons regardé ensemble ces photos, nous nous sommes dit : le film est terminé. Il était parfois difficile de recréer certains moments incroyables. Après avoir passé quatorze heures sur la route, on se retrouve dans un diner dans le Nevada. Un moment très étrange, comme si nous étions entrés dans la quatrième dimension. On prend des photos, mais on ne pourra jamais recréer ces émotions. Le spectateur ne comprendrait pas ces longues nuits. C'est inoubliable.»
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Extraits de l'entretien réalisé par Serge Toubiana
Quelle relation personnelle entreteniez-vous avec l'Amérique avant de réaliser My Blueberry Nights ?
Je voulais faire ce roadmovie parce que je comprends et connais les États-Unis à travers le cinéma. Grâce au cinéma. En fait, ce roadmovieévoque pour moi des films quej'ai vus par le passé. Quand je vais à New York, je reconnais des lieux où ont été tournés certains films; quand je vais à Memphis, je vois les films d'Elia Kazan et aussi le Mississippi. Quand on va au Nevada, au Nouveau-Mexique, on reconnaît ces paysages filmés par John Ford. C'est donc une expérience très intéressante. Je ne voyage pas en touriste, mais comme un cinéphile.
Étiez-vous fasciné par l'étendue des paysages américains, les routes, les déserts, les villes, vous qui venez de Hong Kong, une ville ou un pays où tout est concentré à la verticale ?
Nous avons commencé notre voyage par New York, qui est une ville très verticale également, un peu à la manière de Hong Kong. On peut voir dans le film un changement de format, le passage du vertical au cinémascope. On a finalement décidé de filmer en cinémascope.
Vous avez fait ces photos au cours de repérages avec votre directeur de la photographie, Darius Khondji. Est-ce que la photographie de repérage est une pratique courante chez vous ? En quoi sert-elle le film à venir ? Est-elle une nécessité en soi, disons indépendante du film à faire ?
Cela m'arrive de faire des photos de repérage. De manière aléatoire. Je prends toujours des photos, mais moins que pour ce film-là . Je n'ai pas besoin de le faire lorsque je travaille avec Chris Doyle, mon directeur de la photographie habituel. Car on se connaît bien et il sait ce que je veux faire, quels seront mes choix. En fait, ces photos en Amérique concernaient plutôt d'autres choses, des références, certains détails sur lesquels je voulais me concentrer, J'ai fait beaucoup de photographies pendant ce voyage américain, Comme c'était la première fois que je travaillais avec Darius, je voulais lui transmettre mon point de vue. Et je désirais aussi comprendre le sien. J'ai proposé à Darius de faire ce voyage ensemble, et de prendre des photos. Chacun de son côté, puis de partager nos impressions. Par moment, je pensais que ses photos étaient meilleures que les miennes, et parfois il regardait les miennes et me disait : «Je comprends ce que vous voulez». Cette collaboration était très intéressante. Quand on regarde les photos, on voit bien que Darius est davantage préoccupé par la lumière et la couleur. Les miennes concernent davantage l'espace. Je pense en termes de mise en scène : comment mettre en scène les personnages dans un espace. Dans mes films, je fais des choix. Je veux que l'on voie telle chose et pas telle autre. Que l'on se concentre sur telle chose. Parfois un lieu peut devenir le personnage principal, en dire beaucoup sur une histoire.
Ce qui émane de vos photographies au premier coup d'oeil, c'est le sens du cadre et le vide, l'absence...
Il s'agit de détails, d'espaces ou lieux qui me font réagir, Je les considère parfois comme des personnages. C'est essentiel pour moi. Avec Darius, nous avons fait trois voyages et passé beaucoup de temps ensemble dans la voiture. On roulait jusqu'à quatorze heures par jour, On regardait le paysage à travers la vitre, parfois on s'arrêtait pour déjeuner, c'était comme une image en mouvement, On a commencé par New York, puis de l'Est vers l'Ouest, en traversant de nombreuses villes comme Chicago, Détroit, Memphis. On voit que certaines de ces villes ont été prospères, mais que leurs industries sont en train de décliner. Certaines villes dépérissent et d'autres ne changent pas.
On a le sentiment que vous avez parcouru les paysages américains, non pour trouver quelque chose, mais pour vous perdre ?
Vous savez, Hong Kong est très petit : on peut aller partout en moins de deux heures. Ce voyage était très agréable, car on passe du temps avec ses collaborateurs, environ deux semaines, juste dans une voiture. Il y a tant de choix possibles, chaque endroit représente un personnage. Ce sont eux qui me trouvaient, pas moi. À la fin de la journée, je devais faire des choix. Pourquoi choisir tel endroit plutôt qu'un autre ? Lequel provoque la plus forte réaction chez moi ?
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