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_ Voyages dans le Reich : des écrivains visitent l'Allemagne de 1933-1945 : récits

Couverture du livre Voyages dans le Reich : des écrivains visitent l'Allemagne de 1933-1945 : récits

Auteur : Oliver Lubrich

Date de saisie : 03/03/2008

Genre : Guides Tourisme, Voyages

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 23.80 € / 156.12 F

ISBN : 978-2-7427-7365-7

GENCOD : 9782742773657

Sorti le : 03/03/2008

Sélectionnée par Alberto Manguel, une anthologie des textes d'écrivains, journalistes, étudiants, professeurs visitant l'Allemagne entre 1933 et 1945. Simenon, V. Woolf, Albert Camus, Jean Genet, Karen Blixen, disent leur perplexité et parfois leur horreur.


  • Les présentations des éditeurs : 01/03/2008

VOYAGES DANS LE REICH
Des écrivains visitent l'Allemagne de 1933 à 1945

Voici une anthologie de textes écrits sur le vif par des hommes et des femmes de lettres qui se sont rendus en Allemagne entre 1933 et 1945.
Beckett, Camus, Simenon, Denis de Rougemont, Virginia Woolf, Karen Blixen, Jean Genêt..., tous contribuent au tableau précis, poignant et fort diversifié de la vie sous le nazisme.
Ils évoquent le monde du travail et les conséquences immédiates de la dictature ; le système de la terreur et la persécution des Juifs ; la propagande politique et la militarisation de la société ; la soumission ordinaire ; l'économie de pénurie, les bombardements ; les travailleurs forcés et les mutilés de guerre, et, enfin, l'issue du conflit. Dépassant la simple description, les observateurs développent des analyses, des modèles d'interprétation, des ébauches d'explication de la domi­nation nazie.
Sélectionnés pour l'édition française par Alberto Manguel, ces textes s'adressent aussi à la nouvelle génération, et ils apportent des réponses inédites aux questions qui hantent aujourd'hui encore l'humanité.

Oliver Lubrich, né en 1970, est professeur de littérature comparée à l'Université Libre de Berlin. Ses recherches au sujet de témoignages d'écrivains du monde entier ayant visité l'Allemagne nazie ont abouti à de nom­breuses publications.



  • La revue de presse Jacques-Pierre Amette - Le Point du 29 mai 2008

L'anthologie «Voyages dans le Reich» comprend ainsi 25 témoignages rédigés à chaud. C'est passionnant, troublant, surprenant...
On constate souvent que les écrivains sont plus subjectifs, influençables, ondoyants, fragmentaires que les correspondants étrangers. Ils subissent le charme des villes fleuries, des populations enthousiastes qui agitent des petits drapeaux. Ces écrivains voyageurs se transforment facilement en touristes, sensibles aux auberges propres, aux géraniums des balcons, aux routes bordées d'arbres fruitiers, à la propreté et à la discipline...
En fermant cette anthologie, on se dit que, dans ces années-là, il valait mieux lire les journaux américains, suédois, anglais, danois ou hongrois plutôt que d'écouter les témoignages si légers de quelques écrivains français passés en coup de vent dans l'Histoire, et sans en connaître la langue. A ce titre, le silence d'un jeune étudiant en philosophie, boursier, résidant plusieurs mois à Berlin, et nommé Jean-Paul Sartre, reste fracassant.


  • Les courts extraits de livres : 01/03/2008

D'autres témoins (Christopher Isherwood, Virginia Woolf) ont adopté une position critique dès le début. Mais eux aussi ont parfois été mis à l'épreuve. Le narrateur de Christopher Isherwood éprouve ainsi des sentiments mêlés : d'un côté, sous la terreur de la dictature qui se met en place, il se sent "plus mal à l'aise" qu'il ne l'a sans doute jamais été ; de l'autre, comme avant, il profite des petites joies de tous les jours - ce dont il a honte : "Je [...] constate avec horreur que je souris. On ne peut s'empêcher de sourire tant il fait beau." Dans ses mémoires, Isherwood se souvient de l'autodafé et qu'il a dit, lui "qui étai[t] dans l'assistance : «Quelle honte !», mais à voix basse seulement". Virginia Woolf constate qu'être confrontée au national-socialisme met son caractère à l'épreuve -une épreuve qu'elle ne passe pas toujours avec héroïsme. "Nous devenons obséquieux", constate-t-elle, et ce dès sa rencontre avec les premières autorités de la dictature, à la douane, où elle se sent soumise à leur pouvoir arbitraire.
Les observateurs étrangers semblent non seu­lement avoir perçu l'Allemagne nazie avec une plus grande acuité, mais aussi avoir décrit leurs expériences avec une plus grande franchise, et avoir été moins embarrassés de témoigner de leurs propres erreurs. Peut-être aussi une forme de honte explique-t-elle que certains témoins allemands de cette époque n'avaient guère envie de voir se refléter leur propre histoire dans les yeux des autres.

REGARDS ÉTRANGERS

Quel rôle joue le fait que les auteurs venaient d'autres pays ? Comment l'Allemagne était-elle vue par des étrangers ? Comment apparaît-elle en tant qu'objet d'une littérature de voyage, d'une observation ethnologique ? Quelle image de l'Allemagne peut-on composer à partir des différents textes, quels sont les stéréotypes qui circulaient ? Et quelle signification a le national-socialisme dans ce contexte ?
Un grand nombre de ces voyageurs ne s'inté­ressaient pas exclusivement à la politique. Et ils ne fixaient pas forcément leur attention sur le présent. Leurs idées se nourrissaient de l'Histoire : de la mythologie germanique et du Moyen Age, de la littérature classique et romantique, de Goethe et de Madame de Staël, des contes de Grimm et de Friedrich Nietzsche, de Ludwig van Beethoven et de Richard Wagner, parfois aussi de l'expérience de la Première Guerre mondiale. Pour beaucoup, le paysage allemand était à l'origine d'une fascination exotique. Ce sont des modèles culturels prédéfinis qui ont déterminé la compréhension du IIIe Reich, qui ont été mis en relation avec ce que les voyageurs vivaient dans le présent. Le regard de ces étrangers ne reflète pas seulement les événements actuels, mais il est aussi le point de convergence de traditions historiques.
Ces voyageurs sont comme des ethnologues qui pratiquent "l'observation participative". Si l'Allemagne devient l'objet d'un regard "étranger" et de considérations ethnologiques, la perspective traditionnelle des récits de voyage, le regard de ce qui nous est "propre" sur ce qui nous est "étranger" est, du point de vue de l'Allemagne, inversé. Karen Blixen, par exemple, accumule les associations avec l'Afrique et l'Arabie, elle compare l'Allemagne nazie au Tibet et le fascisme à un islam expansionniste. On peut donc qualifier sa perception de "coloniale" dans la mesure où elle perpétue les modèles des récits de voyage classiques, dans lesquels une Europe éclairée s'approche d'un Autre primitif. Sauf que ce qui n'était ailleurs qu'une barbarie supposée s'est, dans ce cas, avéré bien réel.

ESPACES ET FRONTIÈRES
Dans le texte de Karen Blixen, on voit que d'autres cultures, ou des régions chargées symboliquement (l'Afrique, l'Arabie), peuvent jouer un rôle important dans la perception de l'Allemagne nazie. Comment sont imaginés des pays qui ont une importance particulière par rapport à l'Allemagne et, en même temps, pour la prise de position de ces voyageurs ?
Des voyages en Italie et en Union soviétique permettent de comparer entre elles les perceptions de différentes dictatures. Comment ces régimes autoritaires ont-ils été vus, évalués ? Le fascisme "classique" de Mussolini pouvait-il être compris comme contre-modèle positif du national-socialisme allemand, ou l'Union soviétique vue comme un contrepoids "de gauche" face à Hitler ? Chez Jean Genêt qui, lors de son voyage en Europe, a traversé plusieurs fois l'Italie avant d'arriver en Allemagne, on ne trouve aucune allusion à ce fascisme, seul le fascisme allemand - en tant qu'altérité absolue, provocation radicale - semble l'intéresser. Albert Camus et Virginia Woolf ont eux aussi séjourné en Italie après être passés par l'Allemagne, et il faut lire leurs descriptions en ayant ce contexte à l'esprit. Camus, dans L'Envers et l'Endroit, met en scène son arrivée en Italie avec des sentiments totalement différents de ceux éprouvés en Allemagne, avec une certaine euphorie : "J'entre en Italie. Terre faite à mon âme [...] tout m'est prétexte d'aimer sans mesure." Tandis que Camus, dans les deux cas, ne fait aucune référence directe à la politique, le contraste entre les deux pays (en Italie, Mussolini avait tout de même déjà passé une bonne décennie de plus au pouvoir qu'Hitler en Allemagne) est d'autant plus saisissant chez Virginia Woolf : alors que ses notes sur l'Allemagne (entre le 9 et le 12 mai 1935) sont clairement politiques et que le national-socialisme lui rend le pays insupportable, ses textes sur l'Italie, qui suivent immédiatement (du 13 au 21 mai 1935) ne font aucunement référence au pouvoir fasciste.


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